"Le problème de l’Europe, c’est une crise de confiance générale"

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L’Usine Nouvelle - Allez-vous vous tourner vers le low-cost pour renforcer votre conquête des émergents ?
Jean-Dominique Sénard -
Le groupe est un groupe premium, et la question ne se pose pas. C’est d’autant plus vrai que la marque Michelin - qui fait 75 à 80% de la production du groupe - est entièrement premium, quel que soit le segment, et porte la technologie du groupe au sommet. Nous possédons aussi d’autres marques, qui jouent un rôle parfois régional, comme Goodrich aux Etats-Unis ou Kleber en Europe, Warrior en Chine, qui travaille en co-production avec une joint-venture chinoise. Ces marques soutiennent la marque premium. Il est important d’être présent avec ces marques dans des segments de marché non-premium, car les clients ont des attentes différentes. Nous fournissons à nos distributeurs dans le monde une offre complète. Ces segments vont grandir, comme le premium, de manière équilibrée.

Comment se porte votre coentreprise chinoise et comptez-vous développer ce modèle en joint-venture ?
Elle existe depuis un an maintenant et a commencé à produire ces premiers pneus à la marque Warrior. Dans le cadre de la segmentation des produits, ce type de joint-venture ne nous oblige pas à faire des acquisitions couteuses, souvent difficiles à gérer après. Chaque fois qu’un pneu de cette catégorie est vendu, c’est le réseau Michelin qui en profite. Ce modèle va se renforcer car quand Michelin grandit dans le premium, la croissance dans les autres segments doit l’accompagner.

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Après cette vague d’ouverture dans les BRIC et aux Etats-Unis, avez-vous d’autres pays en ligne de mire pour de nouvelles implantations industrielles ?
Il ne faut pas l’exclure. La Chine n’est pas au bout de son histoire. Il faut aussi raisonner en matière de présence commerciale, certains pays se développant fortement, comme l’Indonésie, toute l’Asie du Sud-Est en général, où 250 millions de personnes découvrent la croissance et où les besoins de mobilité augmentent.

Depuis cinq ans, Michelin a adopté une forte dimension internationale. Celle-ci va-t-elle se retrouver dans le management du groupe ?
C’est un de nos défis. Il faut former des équipes locales, qui prennent en charge localement les affaires de Michelin. Pérenniser des équipes générales de management prend du temps. Par ailleurs, la féminisation est aussi un de nos objectifs.

Face à la forte croissance des pays émergents, d’où vient la faiblesse actuelle de l’Europe ?
Le problème de l’Europe, c’est une crise de confiance générale. C’est un sujet politique plus qu’un sujet économique. L’Europe ne souffre pas de maladie intrinsèque qui la rendrait moins compétitive que d’autres. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il n’y a pas de raison que l’Europe connaisse un taux de croissance inférieur à d’autres pays matures.

On parle pourtant de déficit de compétitivité dans la zone euro et notamment en France…
C’est vrai. C’est d’ailleurs une bonne chose que la prise de conscience du déficit de la compétitivité soit largement partagée. Quand je regarde ce qui se passe en Amérique du Nord et en Grande-Bretagne, je m’interroge. Ces deux pays connaissent aujourd’hui une « renaissance industrielle ». Michelin a d’ailleurs pris la décision, il y a trois mois, d’installer une nouvelle usine de génie civil aux États-Unis, décision que nous n’avions pas prise depuis au moins trente-cinq ans, ce n’est pas banal. Rappelez-vous comment nous parlions de l’Amérique du Nord, il y a encore peu. Tous les propos sur la désindustrialisation, la destruction de l’emploi industriel, la mort de l’automobile. Et regardez ce qui se passe aujourd’hui, avec un peu de pragmatisme et d’intelligence, un pays peut se relancer industriellement.

C’est une question de coût du travail, comme on l’affirme souvent ?
L’évolution dans ce domaine n’a pas été la bonne. Le coût du travail a augmenté en France assez significativement. Alors qu’il avait un certain avantage compétitif dans ce domaine, notre pays l’a perdu. En Allemagne, en revanche, le coût du travail a plutôt baissé. Ce décrochage relatif est important, car si ce mouvement se poursuivait, il faudrait s’en préoccuper. Mais attention, le coût du travail n’est pas le seul facteur qui permet d’envisager des investissements dans l’avenir. Même dans les pays émergents, le coût du travail va augmenter et nous allons vers une convergence. On le voit aujourd’hui avec le Brésil.

Première partie : "Michelin connaît l’une des croissances les plus importantes de son histoire"
Suite : "La France peut redevenir une puissance industrielle"

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