Le private equity s’enracine toujours plus au Maroc et s'intéresse à l'éducation et la santé

Près de 150 millions d'euros ont été investis en 2015 au capital de plus d’une quinzaine d’entreprises marocaines, selon le bilan annuel et les estimations de l'Association marocaine du capital investissement . Les secteurs de la santé et de l’éducation attirent de plus en plus les opérateurs, à coté de l'agro-alimentaire ou de l'énergie. Mais les TRI sont en baisse.

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Le private equity s’enracine toujours plus au Maroc et s'intéresse à l'éducation et la santé

L'an dernier, 606 millions de dirhams (1 000 dirhams = 93 euros) ont été investis ou réinvestis dans 11 entreprises marocaines par des fonds de private equity disposant d’un bureau au Maroc.

C'est ce qui ressort du rapport annuel de l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC), présenté ce jeudi 10 mars , au siège de la CGEM, à Casablanca.

Ce chiffre reflète une recul de 12,9% comparé à 2014. "Mais nous n’a pas pu comptabiliser le fonds Abraaj, qui n’a pas souhaité communiquer ses chiffres, or on sait qu’il a investi au Maroc 150 à 200 millions de dirhams », nuance cependant Omar Chikhaoui, président de l’AMIC (photo).

Pour rappel, Abraaj a racheté en novembre 2015 tout ou partie des parts que le fonds marocain Blue Mango Capital détenait au capital de la clinique d’oncologie privée Al Kindy de Casablanca depuis à peine 8 mois. Abraaj a également pris une participation majoritaire au capital de la clinique spécialisée Menara de Marrakech qui fournit des services d’oncologie et de radiologie.

De plus, d’autres fonds d’investissements - sans bureau au Maroc - sont également entrés l’an passé au capital d’au moins 4 autres entreprises marocaines pour "un investissement total de près de 1 milliard de dirhams", estime-t-il.

Au total selon les estimation données lors de la conférence de l'AMIC ce seraient donc autour de 1,6 milliard de dirhams,soit environ 145 millions d'euros qui auraient été investis au Maroc en 2015. Soit une forte progression sur 2014.

Swicorp basé en Arabie saoudite a notamment investi 125 millions de dirhams dans le capital du glacier Venezia Ice, via le fonds Intaj II.

L'américain TPG Growth et le fonds panafricain basé à Londres Satya Capital du milliardaire soudanais Mo' Ibrahim ont également investi dans les écoles Yassamine pour 250 millions de dirhams et la BERD a investi 495 millions de dirhams (45 millions d’euros) dans la capital de Label Vie.

Le groupe marocain Saham, détenu par le Moulay Hafid Elalamy, actuel ministre de l'industrie et Tana Africa Cap ont, eux, investi ensemble dans le secteur de l’éducation primaire et secondaire via Sana Education.

Ces exemples font apparaître notamment un nouvel engouement du private equity pour les secteurs de la santé et de l’éducation au Maroc. 11% des membres de l’AMIC ont eux-mêmes annoncé penser à investir dans le secteur de la santé et 10% d’entre eux dans l’éducation, dans les 5 prochaines années. Ces deux secteurs sont respectivement les deuxième et quatrième secteurs les plus nommés après l’agro-alimentaire et en 3e position la production d’énergie.

"L'intérêt pour la médecine est lié à la nouvelle loi qui autorise une personne qui n’est pas du secteur de la santé à investir dans le domaine", decrypte Omar Chikhaoui.

A Rabat, le projet de loi 13-131 sur l’exercice de la profession médicale a été adopté en janvier 2015 et stipule effectivement que toute personne a le droit d’investir dans une clinique privée, sans pour autant être médecin.

En parallèle de ces investissements, l’AMIC recense 91 cessions pour un total de 190 millions de dirhams.

Les fonds qui ont quitté, cette année, le capital de sociétés investies 6 ans plus tôt n’ont pas connu le même succès que par le passé. Si le TRI brut, entre 2000 et 2015, atteint en moyenne le niveau très honorable de 13% - soit 8 à 11% de TRI net -, il était encore, entre 2000 et 2014, de 15%.

A titre de comparaison, le TRI net des investissements en capital réalisés en France se monte à 10,7% en moyenne, entre 2004 et 2013, selon l’AFIC.

Cette baisse de performance n’a pas affecté les levées de fonds.

"En 2015, CDG Capital Private Equity a créé le fonds Cap Mezzanine II", indique Omar Benchekroun, senior consultant pour le cabinet Grant Thornton, et co-auteur du rapport annuel de l’AMIC. La première version de ce fonds était notamment entrée à hauteur de 6% au capital du constructeur d’unités industrielles Buzzichelli en 2013.

300 millions d'euros disponibles

Cap Mezzanine II "a bouclé sa levée de fonds. Elle a atteint 450 millions de dirhams", précise Omar Chikhaoui.

Au total, 712 millions de dirhams ont été levés à destination du Maroc, selon le rapport 2015 de l’AMIC, soit 15,8% de plus que l’an dernier.

A noter aussi que 3,2 milliards de dirhams, près de 300 millions d'euros sont encore disponibles auprès de 22 sociétés de gestion pour être investis au Maroc.

Depuis 2011, en moyenne 56% des fonds levées sont le fait des organismes de développement internationaux. "Cela est lié aux accords de libre-échanges avec l’Union européenne, estime Omar Chikhaoui. Dans ce contexte, les organismes de développement internationaux, européens notamment ont développé des stratégies de soutien à l’économie marocaine. Pour eux, le capital investissement est un moyen de participer à la croissance des PME au Maroc

Fait notable par ailleurs, alors que Karim Hajji, directeur de la Bourse de Casablanca, se plaignait (presque), le 23 octobre dernier, que les compagnies d’assurance « épongent toutes les liquidités existantes » à la Bourse, celles-ci n’ont apporté, en moyenne, depuis 2011 que 10% des fonds levés par le private equity.

"Jusqu’à la nouvelle loi sur les Organismes de Placement Collectif en Capital (note 1), les investissements en capital étaient considérés comme des fonds propres dans les comptes des assurances, ce qui demandait des autorisations et une procédure très lourde. Aujourd’hui, ces mêmes investissements sont considérés comme des réserves techniques dans leur bilan. Ils sont donc beaucoup plus légers à manipuler, explique Omar Chikhaoui. Nous avons d’ailleurs organisé une réunion avec eux récemment pour leur présenter le potentiel de notre industrie. »

Les compagnies d’assurances devraient donc logiquement être plus présentes dans les prochaines levées de fonds dont la plus importante est attendue pour fin 2016- début 2017. Il sera alors possible de comparer les montants levés avec ceux de 2013 qui ont été investis entre temps. Cette année, seules deux ou trois sociétés ont levé des fonds, elles devraient être une dizaine pour cette année.

Julie Chaudier, à Casablanca

(1) Pour soutenir les financement en capitaux propres, le Chambre des conseillers marocaine a voté en janvier 2015 la loi 18-14 sur les Organismes de Placement Collectif en Capital (OPCC). Elle élargit notamment le champ d’action des OPCC à toutes les entreprises non cotées et plus seulement aux PME.

[maj : la levée de fonds de Cap Mezzanine est effectivement bouclé et non en cours, selon la version antérieure.

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