"Le principe de précaution n'est pas un bon instrument"

Aurélie Barbaux

Publié le

Entretien François Ewald, directeur de l’Ecole nationale d'assurance (Enass), président de l'Observatoire du principe de précaution et professeur au Cnam.

Le principe de précaution n'est pas un bon instrument
François Ewald a publié, en partenariat avec l'Institut de l'entreprise, "Aux risques d'innover. Les entreprises face au principe de précaution", aux éditions Autrement.
© Hervé Boutet

Sommaire du dossier

  • "Le principe de précaution n'est pas un bon instrument"

Le principe de précaution empêche t-il vraiment d’innover ?

Cela dépend des secteurs. Il y a ceux qui en profitent, comme le transport ou le bâtiment. Pour eux, notamment dans le cadre du réchauffement climatique, le principe de précaution est un vecteur de demandes d’innovations, souvent subventionnées par l’Etat. Il y a aussi ceux qui se repensent totalement, telle la chimie, ou ceux qui n’ont pas attendu le principe de précaution pour entrer dans cette logique, comme le nucléaire. Mais certains sont dans l’impasse, à l’image de l’agriculture, dont le schéma de transformation passait par la chimie, avec une alternative dans les OGM. Les deux portes sont condamnées.

Que vous inspire le rapport de l’Afsset sur les nanomatériaux ?

La situation rappelle celle des OGM, il y a dix ans. Il y a là aussi des associations virulentes, la recherche de la construction d’un rapport de forces et toute une symbolique de l’innovation technologique. Pourtant, cette question n’est pas encore devenue « populaire ». Il est vrai qu’elle est complexe. Les nanotechnologies sont en effet susceptibles de réparer ou de compenser un défaut, mais aussi, désormais, d’améliorer les performances de l’homme. Ce ne sont donc pas seulement des questions de risque ou de danger qui sont en cause, mais aussi des questions philosophiques, voire éthiques, sur le droit à modifier la nature.

Comment réagissent les entreprises ?

Les entreprises cherchent à s’adapter aux changements de leur environnement. Elles se sont engagées dans un processus de refondation, face à ces nouvelles exigences. L’activité industrielle a perdu de sa légitimité. Avant, l’Etat la protégeait en définissant un cadre. Être dans les normes ne suffit plus. Et l’entreprise a de nouveaux partenaires, comme les riverains et les citoyens. L’industriel doit alors devenir un entrepreneur philosophe, qui explique en quoi son activité porte le monde vers plus de perfection.

Finalement, êtes-vous toujours aussi réticent ?

Le principe de précaution est reconnu dans les grands traités internationaux. Il donne aux Etats des instruments juridiques pour traiter des problèmes d’environnement dans un contexte de grande incertitude sur le long terme. Vouloir le supprimer aujourd’hui, en France, n’aurait pas de sens. Avec l’expérience, ma position est de dire que, si la fin – la protection des personnes et de l’environnement – est justifiée, le principe de précaution n’est pas un bon instrument pour l’atteindre.

Propos recueillis par Aurélie Barbaux

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