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Le président d'Engie Gérard Mestrallet à la manoeuvre d'un grand projet culturel dans le désert saoudien d'Al-Ula

Simon Chodorge , ,

Publié le

Le prince héritier saoudien a profité de sa visite en France pour signer un accord pour un gigantesque projet de développement touristique. Le montant est estimé entre 50 et 100 milliards d'euros d'investissements. Gérard Mestrallet, président du conseil d'administration d'Engie, a négocié l'accord et présidera l'agence chargée de mobiliser les acteurs français. Le défi, raconte-t-il à L'Usine Nouvelle : transformer le désert d’Al-Ula en attraction culturelle.

Le président d'Engie Gérard Mestrallet à la manoeuvre d'un grand projet culturel dans le désert saoudien d'Al-Ula
Mohammed Ben Salman et Emmanuel Macron s’apprêtent à signer un accord de dix ans pour un projet gigantesque autour du site archéologique d’Al-Ula.
© Pascal Guittet

La visite à Paris du prince héritier saoudien se conclut le mardi 10 avril. Le développement du tourisme en Arabie Saoudite fut au coeur des discussions entre Mohammed Ben Salmane et Emmanuel Macron. Ils s’apprêtent à signer un accord de dix ans pour un projet gigantesque autour du site archéologique d’Al-Ula, au nord-ouest du pays. Un chantier ambitieux dont le coût est estimé entre 50 et 100 milliards d’euros.

Autour des vestiges de la cité nabatéenne d’Hégra, c’est une zone de 22 000 km² qui est concernée par ce traité, à 200 kilomètres de la Mer Rouge. Un espace désertique de la taille de la Sardaigne que l’Arabie Saoudite entend transformer en attraction culturelle et touristique.

Le président d’Engie au coeur des négociations

L’accord prévoit la création en mai d’une agence, dont l’Etat français sera le seul actionnaire mais dont les frais de fonctionnement seront couverts par l’Arabie Saoudite. Elle aura pour but de “mobiliser les acteurs et les savoir-faire français dans le domaine culturel, archéologique, scientifique et hôtelier”, confie à L'Usine Nouvelle Gérard Mestrallet, le futur président de cette agence. Également président du conseil d’administration d’Engie, il a été désigné en 2017 par l’Elysée pour négocier l’accord entre l’Arabie Saoudite et la France.

“Engie est le deuxième investisseur français en Arabie Saoudite après Total”, explique Gérard Mestrallet. Le groupe énergétique fournit ainsi 10% de l’électricité et 11% de l’eau du royaume. “Par ailleurs, j’ai été choisi récemment par l’Arabie Saoudite pour entrer au conseil de l’EDF local, la Saudi Electricity Company. Je suis le seul non saoudien. Ils ont des grands projets de réforme de leur système énergétique, et je suis là pour leur éviter de faire les mêmes erreurs que l’Europe.”

Un objectif de 1,5 à 2,5 millions de visiteurs par an

Le site touristique devrait ouvrir entièrement en 2035, après quoi l’Arabie Saoudite espère y accueillir entre 1,5 et 2,5 millions de visiteurs par an, contre 20 000 à 3000 aujourd’hui. Le projet est colossal, Gérard Mestrallet liste tous les travaux à venir : “Le développement sera touristique au départ mais il sera aussi agricole. Les Saoudiens veulent une agriculture durable : des palmiers, des dattiers, des productions agricoles pour les thermalistes et pour les produits sanitaires biologiques.” Sur ce sujet, il doit rencontrer le ministre français de l’Agriculture dans les prochains jours.

“Il y aura aussi un développement urbain puisqu’il y aura beaucoup plus d’habitants, notamment temporaires. Il faudra des infrastructures routières et développer l’aéroportuaire. L’aéroport d’Al-Lula sera très rapidement insuffisant”, ajoute le président de l’agence.

Le projet vise une énergie 100 % renouvelable. L’eau sera acheminée et dessalée depuis la Mer Rouge. Sur tous ces chantiers, Gérard Mestrallet parle de nombreux appels d’offres à venir. “Des groupes français sont susceptibles d’être intéressés. Dans le domaine des infrastructures routières, il y a les grands groupes de BTP : Vinci, Bouygues, Eiffage. Dans le domaine hôtelier et touristique il y a Accor, Pierre & Vacances ou Sodexo.”

Des discussions avec Thales autour des recherches archéologiques

Dans le domaine de l’archéologie aussi, les industriels devraient jouer un rôle. Depuis 2001, une mission franco-saoudienne oeuvre sur place sous la direction d’une chercheuse du CNRS. L’Arabie Saoudite souhaite désormais une accélération des recherches. “Cela va nécessiter des moyens financiers, des moyens humains mais aussi des moyens technologiques”, prédit Gérard Mestrallet.

“J’ai eu une réunion avec Patrice Caine [PDG de Thales] sur ce sujet. Il est très intéressé parce que Thales a déjà des protocoles utilisant des satellites, des drones et des dirigeables. Cela permettrait de rendre quasiment automatique la recherche des inscriptions sur les roches, sans avoir forcément des personnes à pied qui arpentent ce territoire gigantesque”, explique le président du conseil d’administration d’Engie.

Pour l’instant, aucun contrat n’est signé et les appels d’offres seront ouverts à toutes les entreprises internationales. “Je serai conduit à une neutralité totale”, assure Gérard Mestrallet. “Mon objectif, c’est que les groupes français pensent à Al-Ula suffisamment tôt pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes.”

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1 commentaire

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11/04/2018 - 11h12 -

Quel beau pays de la culture que l'Arabie Saoudite! Exemplaire même... Non mais franchement, qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour pomper le fric des Saoudiens... On peut se demander pourquoi M. Mestrallet, "le parrain du vieux monde de l’énergie" (vivement la retraite!...) se retrouve à porter ce projet... C'est vrai que le Yemen, c'est moins accueillant, ils ont de sites archéologiques tout pourris et de toute façon les saoudiens ont bombé leurs hôtels et infrastructures (histoire d'éviter la concurrence culturelle sans doute?...).
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