Le pop-art industriel de Roy Lichtenstein

Le Centre Pompidou consacre actuellement une rétrospective au peintre américain Roy Lichtenstein. Ce maitre du pop-art s’est inspiré de l’industrie autant pour la thématique que pour la technique de ses œuvres.

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Le pop-art industriel de Roy Lichtenstein

Un aileron de compétition et des "brushstrokes" (coups de pinceaux). Un bloc quatre cylindres 2.0 de 300 chevaux et des couleurs primaires. Et surtout des "benday dots", ces points qui rappellent l’impression des magazines dans les années 60. La BMW 320i IMSA 2.0 qui trône depuis début juillet au cœur du Centre George Pompidou ne passe pas inaperçue. Mais elle a encore plus surpris lorsqu’elle a pris le départ des 24 Heures du Mans en 1977. Sa livrée ne répondait cependant pas aux couleurs des sponsors mais aux techniques de Roy Lichtenstein.

Le peintre américain a tout de suite répondu présent quand le commissaire-priseur Hervé Poulain et le constructeur allemand lui demandent de décorer la voiture. L’idée est née en 1975, à l’initiative d’Hervé Poulain, qui avait prié son ami Alexander Calder de peindre une BMW. L’expérience unique s’est transformée en 1976 en série quand Frank Stella réalise à son tour une Art Car. Roy Lichtenstein sera le troisième à se plier à l’exercice.

L’Américain réalise d’abord une maquette de la voiture à laquelle il applique sa technique. Le clou de l’œuvre : le soleil levant qui orne les portières de la voiture. Il rappelle l’un des tableaux les plus célèbres du peintre, "Lever de soleil", qui date de 1965, mais aussi l’un des points culminants des 24 Heures, le lever du jour qui rend la piste si belle mais si dangereuse. Roy Lichtenstein transmet ensuite la maquette à BMW. L’Allemand fait réaliser par un spécialiste de la peinture automobile la voiture puis la présente officiellement au Centre Pompidou, quelques jours avant Le Mans 1977. Cette troisième Art Car de l’histoire remporte les 24 Heures du Mans dans sa catégorie, avec au volant Hervé Poulain et Marcel Mignot.

Une technique mécanique et une peinture industrielle

Trente-six ans plus tard, la Série 3 Roy Lichtenstein retrouve Beaubourg. Le musée consacre en effet jusqu’au 4 novembre 2013 une grande rétrospective au peintre. Placer cette BMW en ouverture résume tout le propos de l’exposition. Elle incarne déjà l’influence décisive de l’industrie de masse sur l’œuvre de Roy Lichtenstein, à l’instar des autres maitres du pop-art. Dans les années 60, le peintre représente des poubelles, des pneus, des balles de golf, autant d’objets produits en grande série par l’industrie américaine. Pour son célèbre "Hot Dog" (1964), il utilise un fond émaillé qui donne de la brillance au tableau. Cet effet s’inspire des portes de réfrigérateurs en inox qui pullulent dans les années 60 aux Etats-Unis.

Cette fascination pour l’industrie et les procédés industriels se retrouvent aussi dans sa façon de peindre. "Je veux que mon tableau ait l’air d’être programmé, je veux cacher la trace de ma main" écrit Roy Lichtenstein. Il met donc au point une technique mécanique pour réaliser les fameux "benday dots" et n’emploie que des aplats de couleur, pour éliminer chaque coup de pinceau.

Cette technique s’avère très complexe et Roy Lichtenstein utilise du Magna pour parvenir à ses fins. Le Magna est une peinture acrylique industrielle qui sert à couvrir de grandes surfaces et s’efface très facilement avec de l’essence de térébenthine. Roy Lichtenstein sublimera cette technique jusque dans ces dernières oeuvres, peintes quelques mois avant son décès en 1997. Il y abandonne alors les thématiques industrielles pour représenter des paysages à la manière des oeuvres chinoises traditionnelles. C’est avec elle que le visiteur quitte l’exposition du Centre Pompidou.

L’exposition Roy Lichtenstein est à découvrir au Centre Georges Pompidou à Paris jusqu’au 4 novembre.

Pauline Ducamp

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