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L'Usine Auto

Le pneu français se fait dégommer par le PDG de Titan... et par la crise

Pauline Ducamp , , , ,

Publié le , mis à jour le 20/02/2013 À 12H32

Enquête Les Echos ont publié la lettre de Maurice Taylor à Arnaud Montebourg qui présentait le PDG de Titan comme un potentiel repreneur de l'usine Goodyear Amiens-Nord jusqu'au 12 février dernier. L'industriel américain remet brutalement en cause la pertinence d'une production de pneu sur le sol français. Si, dans ses propos, Maurice Taylor pousse le bouchon un peu trop loin, l'enquête de l'Usine Nouvelle publiée le 7 février dernier ne lui donne pas tout a fait tort sur le fond, en pointant notamment "des coûts sociaux trop élevés" et "le manque de flexibilité des usines françaises" du secteur. Retrouvez-la ci-dessous :

Le pneu français se fait dégommer par le PDG de Titan... et par la crise © D.R.

Voitures de tourisme, génie civil, poids lourds : le marché des pneumatiques recule sur tous les segments. "C’est une baisse historique, constate Vincent Rousset-Rouvière, le directeur de l’activité pneus tourisme pour l’Europe chez Michelin. Sur le marché européen des pneus tourisme, soit 400 millions d’unités par an, la baisse a été de 50 millions d’unités en 2012." Et il ne faut pas attendre de reprise cette année. "Sur un marché européen mature et atone, la stratégie des acteurs se paie cash, prévient Régis Audugé, le directeur général du Syndicat des professionnels du pneu (SPP). Si l’un d’entre eux perd un ou deux points de part de marché, les récupérer est une tâche ardue."

Le segment des pneus TC4 (les gommes pour les voitures particulières, les camionnettes et les 4 x 4) se montre le plus volatile. En 2012, les ventes en première monte, chez les constructeurs, ont reculé de 10%. Conséquence directe de la chute des achats de voitures en France (- 20%). Le remplacement, qui constitue les trois quarts de l’activité des manufacturiers, a lui aussi reculé de 5,8%. "Vu le contexte économique et face aux acteurs d’internet, l’offre chez les distributeurs est supérieure à la demande", explique Christophe Rollet, le directeur général de Point S.

Le pneu en chiffres

  • 50% des pneus tourisme vendus en France sont sortis des usines françaises en 2010.
  • 500 000 tonnes de pneus sont produites par an dans l’Hexagone.
  • 24 247 salariés

Les pneumaticiens ont ralenti leur production. Les sites français souffrent mais conservent cependant un avantage : en majorité, ils produisent des pneus à plus forte valeur ajoutée, moins touchés par la baisse de la demande. L’usine Bridgestone de Béthune (Nord – Pas-de-Calais) produit ainsi des pneus de grandes dimensions, qui chaussent de 14 à 18 pouces et équipent plutôt des berlines. A contrario, les ventes de pneus de marques de distributeurs ont chuté de 20% en 2012. Les importations en provenance d’Asie ont, elles aussi, reculé. "Les conducteurs préfèrent dépenser quelques euros de plus pour des produits de qualité que de se rabattre sur du bas de gamme", assure Régis Audugé.

Une forte spécialisation

Les usines françaises ne dépendent pas seulement du marché automobile. Plus de la moitié d’entre elles produisent des pneus industriels. Depuis les années 1980, les manufacturiers ont organisé leur production par zone : 75% des pneus vendus en Europe sont produits sur le Vieux Continent, avec une forte spécialisation par site. "L’approche de ce marché B to B est plus rationnelle", précise Bruno Muret, le directeur pour les questions économiques du Syndicat national du caoutchouc et des polymères (SNCP). Rationnel ne veut pourtant pas dire paisible : les ventes de pneus pour le génie civil, destinés aux engins de chantier, ont chuté en France de 45% en 2011 comme en 2012, après l’arrêt de projets de grands travaux. "Sur les poids lourds, la baisse a été de 8%, car les entreprises de transport roulent moins", déplore Régis Audugé. Ce marché reste moins fluctuant : les clients demandent plus de services que les particuliers. "Chaque semaine, nos monteurs spécialisés continuent de se rendre dans les entreprises et de réaliser des travaux d’entretien", observe Christophe Rollet.

Le marché du pneu agricole a, lui, progressé de 5,6% l’an passé : il s’en est vendu 239 547 unités en France. Les prix agricoles se tiennent bien et les ventes de pneus et de services suivent. Mais ce scénario ne semble pas bénéfique pour tout le monde. Le pneu agricole, très technique, demande des investissements que les quantités vendues ne permettent pas toujours de rentabiliser. "Un certain nombre de généralistes sont déjà sortis du secteur, explique Henri Dumontier, le directeur général de Goodyear Dunlop France. Nous avons, nous aussi, décidé de cesser la production de pneu agricole en Europe." À côté de coûts sociaux trop élevés, les spécialistes évoquent surtout un manque de flexibilité des usines françaises. "Les pneumaticiens reportent les stocks chez les distributeurs et veulent qu’un pneu passe le moins de temps possible dans leur usine, souligne un observateur évoquant le cas du site Goodyear d’Amiens Nord. Sur un marché aussi exigeant, si on ne peut pas adapter l’outil de production, le moindre faux pas a des conséquences immédiates. Les usines ferment."

Pauline Ducamp

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