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Quotidien des Usines

Le plus dur reste à faire

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Après cinq ans d'existence, Areva est fin prêt pour profiter de la reprise des marchés du nucléaire. A l'heure du renouvellement du mandat d'Anne Lauvergeon, les chantiers s'accumulent pour le leader mondial.

Passera ? Passera pas ? Le 3 juillet expirera le mandat d'Anne Lauvergeon, l'énergique présidente du directoire d'Areva. La partie n'est pas encore gagnée pour la patronne du numéro 1 mondial du nucléaire, candidate affichée à sa propre succession. Sa victoire était présentée comme acquise mi-mai. Des allégations qui ont agacé Bercy et le conseil de surveillance, qui veulent garder la haute main sur la nomination du prochain directoire. Du coup, la présidente d'Areva, dûment tancée par un ministre de l'Economie qui ne la porte pas dans son coeur, garde le silence en public. Après cinq ans de pouvoir exercé sans partage, Anne Lauvergeon, 46 ans, sacrée « femme la plus puissante du monde » par le magazine américain « Fortune », a vu ses détracteurs sortir du bois. Ennemis politiques à la rancune tenace, dirigeants remerciés, rivaux ambitieux, vieille garde des « corpsards » (Mines) malmenés par les façons sans ambages de l'ex-sherpa de François Mitterrand... Ils assènent leurs coups sans relâche. Leurs reproches ? On confondrait le groupe et sa patronne. Le périmètre mis en place par Anne Lauvergeon, qui intègre le cycle du combustible et les réacteurs nucléaires, ne dégagerait aucune synergie. La structure empêcherait l'ouverture du capital et bloquerait le mariage du pôle réacteur avec Alstom...

« Il serait masochiste de casser en deux un groupe que l'on a mis cinq ans à construire et qui correspond aux demandes des clients du nucléaire », proteste un membre du conseil de surveillance. Selon lui, qu'Anne Lauvergeon reste ou non à la tête d'Areva, le groupe intégré poursuivra sur sa lancée. Avec deux objectifs : atteindre un tiers du marché mondial dans le nucléaire (amont, aval et réacteurs), avec une marge à deux chiffres. Et pour le pôle transmission et distribution (T & D), rester parmi les leaders mondiaux tout en augmentant la marge opérationnelle, pour atteindre les 6-7 % d'ABB et de Siemens, ses grands rivaux. Mais au-delà de ces objectifs simples, la réalité est plus complexe. Et les défis se bousculent pour Areva.

Il faut d'abord réussir, dans les temps, la construction du premier EPR (european pressurized reactor), en Finlande, à Olkiluoto. Un objectif qui semble déjà hors de portée. Même en tenant compte des mesures d'accélération prises par Areva, ensemblier du chantier, le retard actuel atteint huit à neuf mois. Selon l'électricien TVO, le client finlandais, une livraison dans les temps, en 2009, ne semble plus réaliste. A terme, les pénalités pourraient être lourdes pour Areva. « Mais nous négocions en ce moment une extension de délais avec le consortium de fournisseurs », indique TVO.

Les dirigeants d'Areva minimisent l'impact du retard. A la fois sur les finances du groupe et sur son image. L'important, affirment-ils, c'est que ce réacteur, né de la coopération franco-allemande (avec Siemens) fonctionne de façon fiable. Une nécessité en effet, alors qu'a démarré en France le 15 juin le débat public sur l'installation de la tête de série EPR à Flamanville.

L'enjeu est de taille. L'EPR finlandais doit bien sûr tenir ses promesses d'économie, de productivité et de sûreté. Mais, au-delà, Areva doit rassurer sur sa capacité à mener des projets complexes pour convaincre sur d'autres marchés clés. Et d'abord les Etats-Unis.

Le rêve américain

 

Car l'Amérique, c'est le marché à ne pas décevoir pour Areva. Phénomène amorcé il y a environ cinq ans, le redémarrage du nucléaire est réel outre-Atlantique. Couvercles de cuve, viroles, échangeurs de chaleur... ces éléments de renouvellement de centrales fabriqués pour les exploitants américains pèsent 80 % de l'activité de l'usine Saint-Marcel, à Chalon-sur-Sâone, pourtant promise à la fermeture en 1999. Et ce n'est pas fini. La prolongation des centrales installées dans les années 60 et 70 pour quarante ans (104 réacteurs, deux fois la France), représente un marché pour quinze à vingt ans. Mais le « défi américain » va au-delà. Le dernier « Energy bill » et la fin programmée de la doctrine Carter (gel) annoncent de nouvelles centrales. Et, à moyen terme, la construction d'une unité de traitement du combustible. Un marché pour lequel Areva a développé la technologie coex, qui intègre traitement et recyclage du combustible.

Avec 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires sur des activités récurrentes aux Etats-Unis en 2005, les Américains eux-mêmes le reconnaissent : « Areva est déjà l'un des leaders du nucléaire américain, très bien placé pour profiter de la relance du marché », s'exclame Steve Kerekes, porte-parole de l'Institut de l'énergie nucléaire (NEI), le lobby de l'atome civil à Washington. De fait, l'alliance avec Constellation en septembre, le soutien de poids de l'ingénieriste Bechtel et la nomination de Spencer Abraham, ex-secrétaire d'Etat à l'énergie à la tête d'Areva Inc. la division américaine, concourent à l'accélération de la certification américaine de l'EPR lancée l'an dernier.

Amplifier les synergies commerciales

 

Ce marché est essentiel pour Areva : « quand il redémarrera, son regain sera un signal pour les autres pays, estime Philippe Roos, ingénieur à la division des études économiques du Crédit agricole. Et notamment pour la Grande-Bretagne (d'où Areva est absent), face au nouveau poids lourd Toshiba-Westinghouse, à cheval entre le Japon, l'Angleterre et les Etats-Unis. Mais aussi en Espagne, en Amérique du Sud, en Inde... Quant à la Chine, l'incertitude est totale pour les quatre réacteurs de génération III. Le groupe compte sur la construction de nombreuses centrales de génération II, pour laquelle 35 à 40 tranches sont prévues d'ici à 2020.

Pour gagner sur tous les tableaux, Anne Lauvergeon compte amplifier les synergies commerciales entre ses pôles : combustible, réacteurs, services, équipements électriques... Cet axe, qui est l'un des points forts pour justifier la cohérence d'Areva, laisse sceptique Dominique Vignon, ex-patron de Framatome : « Je ne crois pas aux synergies fortes entre les différents métiers. Il n'y a pas eu de contrat significatif en ce sens, ni de réductions de coûts », avance-t-il.

Reste pour Areva et son mana-gement à assurer le financement de la croissance. Le groupe a de l'argent et pas de dettes. Mais il en faudra plus. Les investissements dans T & D, déjà doublés cette année, devraient encore croître pour achever la restructuration et bénéficier à plein des marchés porteurs dans le Golfe ou en Asie.

Pour Areva, d'autres projets, plus lourds, sont au programme, à commencer par Georges Besse II, la future usine d'enrichissement par centrifugation, construite à Tricastin avec le britannique Urenco. Celle-ci, auquel ne manque pour démarrer les travaux que la ratification des accords d'Almelo par les Pays-Bas, coûtera 3 milliards d'euros. Enfin, Areva a prévu aussi d'investir 300 à 400 millions d'euros sur cinq ans dans ses mines d'uranium.

Le groupe, qui verse de confortables dividendes au CEA, son principal actionnaire (276 millions d'euros, 75 % du bénéfice net) devra faire appel aux banques, faute de pouvoir solliciter les marchés financiers. Car l'ouverture du capital, soutenue par Nicolas Sarkozy, a été enterrée par Dominique de Villepin.

Une stratégie industrielle par trop bousculée

 

Ces atermoiements, qui n'ont que faire des stratégies industrielles, agacent, en interne notamment. « Le fait, par exemple, que la BNP pousse au rapprochement avec Alstom dans le seul but de garantir ses prêts est très irritant », note un représentant du personnel CFE-CGC. Tous veulent pourtant que l'Etat reste majoritaire. Sans exclure d'autres partenaires. « Il est extrêmement utile pour une entreprise qui appartient à l'Etat d'avoir un actionnaire minoritaire sérieux, qui impose une bonne gestion, loin des interventions intempestives » rappelle Jean Syrota, l'ex-patron de la Cogema.

Nul risque qu'un Martin Bouygues ne le contredise ; le nouvel actionnaire d'Alstom affiche depuis deux ans son intérêt pour le nucléaire... Quant à Anne Lauvergeon, si elle passe avec succès son épreuve de juillet, il ne lui reste plus qu'à espérer que le vent tourne politiquement. Mais les partisans de la privatisation ne se bousculent pas. L'ex-secrétaire générale adjointe de l'Elysée sous François Mitterrand ne peut espérer que de... Nicolas Sarkozy. 1

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