Le plasma s'attaque au textile

Le traitement des matériaux par le plasma intéresse le secteur du textile, en vue de modifier la surface des fibres, pour les rendre notamment hydrophiles et antitaches.

Partager

Le plasma va-t-il connaître une deuxième jeunesse ? Appréciée depuis plusieurs années par les industriels du bâtiment, de la sidérurgie et de l'automobile pour modifier les propriétés des métaux ou des plastiques, cette technique de traitement de surfaces connaît aujourd'hui un regain d'intérêt dans le secteur du textile. Son principe : un champ électromagnétique entre deux électrodes ionise un gaz dans une enceinte. Les particules formées vont modifier l'état de surface des matériaux exposés. Une fois traitées, ces surfaces peuvent devenir imperméables à l'eau ou à l'huile et donc être antitache...
Depuis 2005, scientifiques, fabricants d'équipements et industriels du textile, issus de huit pays européens, ont travaillé ensemble dans le projet Acteco pour développer l'emploi du plasma dans l'industrie textile et agroalimentaire. Le programme s'est s'achevé le 7 avril 2009. Partenaire du projet dans l'Hexagone, l'Institut français du textile et de l'habillement (IFTH) a travaillé pendant quatre ans sur l'amélioration des procédés -en jouant sur la nature des gaz et la puissance électromagnétique -et sur la qualification des performances obtenues. « Le plasma a été utilisé dans le textile pour la première fois dans les années 1990, mais la technique était mal maîtrisée, explique Bruno Chevet, le responsable recherche et innovation à l'IFTH Rhône-Alpes-Paca. Aujourd'hui, le plasma sous pression atmosphérique permet de traiter en continu le textile, contrairement au plasma sous vide, plus ancien, qui nécessite des systèmes d'aspiration dans une enceinte confinée. »
Les premiers résultats d'Acteco ont permis de montrer comment la nature des gaz utilisés et des radicaux libres issus du plasma détermine les effets obtenus à la surface des textiles. Ainsi, le traitement par l'oxygène sur du polyester améliore l'hydrophilie des fibres, tandis qu'un gaz fluoré comme le CF4 rend au contraire une surface aussi hydrophobe que le PTFE (le Téflon). D'autres combinaisons de gaz ont été étudiées. Par exemple, le CF4 avec un monomère fluoré est utilisé pour obtenir des fibres oléophobes, tandis qu'un mélange d'éthylène et de propylène a permis de rendre un tissu oléophile. Le traitement à l'argon augmente la dureté des fibres.

Cibler la fonctionnalité conférée aux fibres

Les avantages du plasma semblent nombreux. « Par rapport à des techniques classiques de bain, il n'utilise pas d'eau. Le bilan énergétique est meilleur, puisqu'il n'y a ni chauffage du bain, ni séchage », explique Thierry Sindzingre, le PDG d'Acxys Technologies, qui fabrique des équipements plasma pour l'industrie. Autre intérêt : la possibilité de traiter des surfaces très minces, « de l'ordre de quelques monocouches d'atomes ».
« Cela permet de mieux doser et de cibler la fonctionnalité conférée aux fibres, explique Bruno Chevet. En revanche, on ne peut pas les traiter en profondeur », souligne-t-il. Quant à la fonctionnalité antibactérienne, très attendue, notamment pour le secteur médical, elle ne semble « pas encore totalement au point ». Les industriels du textile utilisant le plasma restent discrets sur leurs procédés de fabrication. Mais leur nombre est appelé à augmenter prochainement, si l'on en croit l'IFTH. L'italien Saati Group Spa, pour la fabrication de textiles techniques et le français Cousin Biotech dans le médical, font déjà partie des utilisateurs...

Adrien Cahuzac
0 Commentaire

Le plasma s'attaque au textile

Tous les champs sont obligatoires

Votre email ne sera pas publié

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS