Le plan en trois actes d'Engie pour devenir leader des énergies renouvelables

Les trois mamelles qui feront définitivement passer Engie dans l’ère du bas carbone : ne plus s’exposer aux marchés des commodités, miser sur les renouvelables et laisser émerger de nouvelles technologies. 

Partager


Gérard Mestrallet et Isabelle Kocher - CC Youtube

La perte de 4,6 milliards d’euros, due à 8,4 milliards de dépréciations d’actifs, enregistrée par Engie en 2015 marque le début d’une transformation profonde du groupe. Gérard Mestrallet, le PDG, décrit un bouleversement du monde de l’énergie qui voit le prix des commodités (pétrole, gaz et électricité) s’effondrer.

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

Plutôt qu’une transition énergétique, le grand patron parle "d’une révolution" marquée par une "révolution technologique qui voit les technologies renouvelables et de stockage devenir de plus en plus compétitives, une révolution digitale qui transforme notre rapport à la ville, à la maison et aux transports, une révolution culturelle avec le souci climatique".

"Il y a deux ans, nous avions fait le choix stratégique d’être l’énergéticien de la transition énergétique en Europe et l’électricien de référence du monde en croissance. Maintenant, nous allons devenir le leader de la transition énergétique dans le monde", assure-t-il.

Isabelle Kocher Directrice générale déléguée, qui prendra la direction générale en mai, use pour sa part d’une métaphore sportive : "Dans une équipe de rugby, nous serions le numéro 10 (Ndr : l’ouvreur) pour être au centre du jeu et rendre le changement possible". Le groupe se donne 3 ans, dans le cadre du plan Lean 2018, pour réaliser cette ambition qui s’axe autour de trois actions.

1- Céder les actifs thermiques exposés aux marchés.

Dans les trois ans qui viennent le groupe va céder 15 milliards d’euros d’actifs, essentiellement des actifs thermiques, qui sont soumis aux variations des prix des commodités. Et le groupe ne rigole pas sur ce plan ! A peine annoncé, Engie a déjà réalisé un tiers de ce plan.

Mercredi 24 février, Engie a cédé 4,5 milliards d’euros de centrales thermiques (10GW) en Amérique du Nord. Jeudi 25 février au matin, le groupe a cédé, pour un milliard d’euros, une centrale à charbon de 2GW en Inde et une de 1 GW en Indonésie.

Avec ces deux cessions, Engie a diminué de 20 % sa capacité de charbon installée dans le monde. Il y a quelques semaines, le groupe avait déjà annoncé la fermeture de la centrale Rugeley en Angleterre, la plus grande du groupe d’une puissance de 1,2 GW.

"L’ensemble des cessions permettra de redessiner et simplifier notre portefeuille", assure Isabelle Kocher. En particulier, il s’agit de faire en sorte que 85 % de l’ebitda en 2018 ne soit plus exposé aux prix des matières premières mais soit consacré à des activités dont le tarif est régulé.

2- Investir dans le bas carbone et les services énergétiques

En 2018, la société veut que 90 % de son ebitda soit lié à des activités peu émettrices de CO2, à savoir les renouvelables et le gaz. Si le groupe a prévu 15 milliards de cession d’actifs dans les trois ans à venir, il vise aussi 22 milliards d’euros d’investissements. Hors 7 milliards d’euros de maintenance, il reste 10,5 milliards d’euros de développement de l’existant et 4,5 milliards d’euros de nouvelles opportunités. 68 % de ces opportunités concerneront l’aval, c’est-à-dire : l’efficacité énergétique, le renouvelables décentralisés, les réseaux de chaleur et de froid… Le groupe met en exemple l’acquisition, ce 25 février, de la société OpTerra, qui fait d’Engie le numéro trois américain des services à l'énergie.

3- Miser sur le digital et les ruptures technologiques

Sur les trois ans qui viennent, en plus des investissements industriels, Engie va consacrer 1,5 milliard d’euros aux technologies émergentes et au digital. Le groupe veut laisser le temps à des technologies aujourd’hui non compétitives de se développer à l’abri du grand groupe.

Ainsi Isabelle Kocher évoque le déploiement d’innovations à des horizons de plus de cinq ans comme la destruction du CO2, la génération d’hydrogène grâce au renouvelables, aux technologies de stockage… "Si on viabilise le process de destruction du CO2 ou la génération de gaz vert, on change complétement le profil de la transition énergétique", promet Isabelle Kocher.

Exploration-production et nucléaire ?

En menant ces trois chantiers de front, le groupe assure un retour à la rentabilité dès l’année prochaine avec un résultat net de 2,4 à 2,7 milliards d’euros. Reste toutefois quelques inconnues. D’une part, les dépréciations d’actifs de 2015 concernent entre autres l’exploration-production de pétrole et de gaz, une activité héritée de GDF.

Engie mène une revue de tous ses actifs qui pourraient faire partie des cessions d’ici 2018. Mais cette activité présente aussi l’avantage de donner à Engie une bonne connaissance du secteur pétrolier amont et de parler d’égal à égal avec les grands fournisseurs de gaz. Son évolution sera à manier avec prudence.

D’autre part, quid du nucléaire ? Engie exploite sept réacteurs en Belgique et a même obtenu la possibilité de prolonger les deux réacteurs de Doel 1 et Doel 2 de dix ans. Le désengagement de l’atome n’est pas à l’ordre du jour, d’autant plus que le groupe n’exclut pas de sa stratégie les grands centres de production d’électricité à la condition qu’ils soient peu émetteurs de CO2.

Mais Engie a aussi dans ses cartons deux projets de constructions de nouveaux réacteurs en Turquie et en Angleterre. Gérard Mestrallet considère que ces projets, très capitalistiques, ne sont possibles que si les Etats apportent de fortes garanties aux investisseurs.

Ludovic Dupin

Partager

NEWSLETTER Energie
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Recevez directement leurs décryptages et analyses dans votre boîte mail:

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

L'inscription aux newsletters vaut acceptation des Conditions Générales d'Utilisation. Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS