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L'Usine Aéro

Le plan en 8 étapes de DCNS pour remporter le méga-contrat australien

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Publié le , mis à jour le 27/04/2016 À 10H01

Retour sur une négociation menée tambour battant par les Australiens et les Français. L’offre japonaise a longtemps été considérée comme favorite. Mais l’approche intégrée de "l’équipe France" a su mettre en avant les qualités de l’offre française, notamment dans la coopération d’état à état.

Pour les fabricants de sous-marins, c’était le contrat du siècle : le remplacement de la flotte vieillissante de sous-marins Collins, de conception suédoise, qui devraient quitter le service d’ici à 2025. L’Australie va acheter 12 sous-marins pour un montant de 34 milliards d’euros au français DCNS.

Présélectionnés au printemps, trois compétiteurs étaient en lice : le français DCNS, son rival de toujours, l’allemand ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS), et le consortium japonais composé de Kawasaki Heavy Industries et Mitsubishi Heavy Industries.

Les candidats étaient départagés selon cinq critères : le design des sous-marins, leur industrialisation, leur maintenance sur trente ans, leur capacité à intégrer un système de combat américain et leur prix, élément déterminant de l’offre.

Eté 2014

L’Australie entame ses réflexions sur le remplacement de sa flotte de sous-marins. Les relations avec le fabricant suédois sont mauvaises, et il est clair que l’Australie changera de fournisseur. A la fin de l’année, Hervé Guillou, fraîchement arrivé à la tête de DCNS, fait du marché australien une priorité. "A l’époque, dit-on dans l’entourage du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, tout le monde pense que ce sont les Japonais qui seront choisis". Les Australiens font d’ailleurs peu de mystères sur leur préférence pour le Japon.

novembre 2014

François Hollande se déplace en Australie. Premiers entretiens au sommet de l’état avec les Australiens. On revient de ce déplacement "avec la sensation qu’il y a quelque chose à jouer", explique-t-on côté français, où l’on adopte une organisation proche de celle mise en place pour la négociation du Rafale, c’est-à-dire une intégration forte du ministère de la Défense et des industriels concernés (DCNS, Thales, Sagem), et de la Direction générale de l’Armement (DGA), ainsi que des services du Premier ministre et du ministère des Affaires étrangères. Avec un point régulier, tous les trois ou quatre mois sur l’avancée du dossier. Le cabinet de Le Drian fait un point avec DCNS tous les quinze jours.

Février 2015

Il s’agira d’une compétition, un "beauty contest" (concours de beauté) dans le jargon et non d’un appel d’offre. "A cette date, la France n’est même pas sûre d’être dans la short list" avoue-t-on à l’Hôtel de Brienne. Le Drian décide de continuer l’effort. Il faut être deuxième sur la liste au cas où les Japonais connaîtraient un pépin… Il apparaît rapidement que le système d’arme sera américain (une compétition est engagée entre Raytheon et Lockheed). Il faut donc s’assurer que sur la plate-forme (le sous-marin en lui-même), les Américains resteront neutres (voire seront bienveillants…) vis-à-vis de l’offre française.

Eté 2015

Déplacement à Washington du ministre Le Drian qui évoque le contrat avec les Américains. La réponse est claire : Washington ne mettra pas de bâtons dans les roues de Paris.

 

 

 

 

 

Septembre-Novembre 2015

Le marché est divisé en deux. Le gouvernement australien attend une offre provisoire et une offre définitive de la part des industriels concernés. Elle s’accompagne d’une offre de coopération d’Etat à Etat, et notamment le champ de la coopération entre les marines nationales. Et là, la France a de solides atouts à faire valoir, notamment l’étendue du champs d’intervention de la flotte française, notamment par rapport aux flottes de sous-marins allemands, cantonnés à la Baltique et à la mer du Nord, et à la flotte japonais, au rayon d’action lui aussi plus réduit. "Nous avons proposé une offre de coopération industrielle de deux ordres", indique-t-on dans l’entourage du ministre : celle du savoir-faire de la DGA sur l’accompagnement de ce type de projet, et une coopération sur des modèles de sous-marins ultérieurs.

29 février 2016

Le ministre de la Défense retourne en Australie, cette fois-ci à Sydney, Canberra et Adelaïde. Il visite le chantier ASC, qui est le partenaire retenu pour le futur programme. Le ministre présente les arguments français. "Nous avons fait valoir que le choix rationnel devait être selon nous celui de la France" explique-t-on à l’Hôtel de Brienne. A cette époque, tout le monde est encore persuadé que le Japon va l’emporter…

Début avril 2016

Le calendrier s’emballe. Les Australiens choisissent de tenir leur calendrier, et même de l’accélérer. La suite est connue. La semaine dernière, le comité chargé d’évaluer les offres des trois groupes industriels juge que l’offre japonaise n’est pas "fiable". "On a commencé à y croire" dit-on dans l’entourage du ministre de la Défense. Dans le week-end, Malcolm Turnbull, le premier ministre australien, appelle son homologue Manuel Valls pour l’avertir : C’est DCNS qui construira les douze sous-marins.

 

26 avril 2016

Le méga-contrat est annoncé, mais il reste encore de nombreuses choses à négocier et à élucider. Sur cet ensemble de 35 milliards d’euros, tout ne reviendra pas à DCNS et à ses sous-traitants, loin de là. Environ un tiers du marché (quelque 10 milliards d’euros) concerne le système de combat. Une compétition est engagée entre Raytheon et Lockheed : "Il y a de bonne chance pour que Thales soit retenu comme fournisseur".

 

Le contrat est certes une très bonne nouvelle pour l'industrie de défense française, DCNS en premier lieu, mais aussi toute une série de sous-traitants (Thales, Sagem, Jaumont Electric, Schneider Electrics France, Aubert & Duval, Manoir Industries, X Blue...). Mais il est très difficile de calculer les retombées sur le tissu industriel.

Dans le contrat, il y a une part d’ingénierie importante (environ 4000 heures), dont une très grande partie devrait être effectuée dans les bureaux de DCNS à Lorient. Sur la fabrication, c’est beaucoup moins clair. DCNS intervient comme maître d’oeuvre intégrateur et comme soutien pour le maintien en condition opérationnelle des navires pendant 25 ans.

On ne sait pas concrètement où seront fabriqués les douze sous-marins. "Les Australiens veulent acquérir la capacité à produire leurs propres équipements et l’offre française a clairement vocation à les aider à développer leurs capacités souveraines" indique-t-on au ministère de la Défense.

L’Australie a donc envie de produire la majeure partie (dix à douze exemplaires) des douze sous-marins sur son sol. Seulement, il lui faudra arbitrer entre le transfert de technologie (qui devrait être beaucoup plus rapide qu’avec le Brésil sur les Scorpène) et le possible retard dans le calendrier que pourrait occasionner ce transfert.

Or les sous-marins australiens sont vieux et le pays ne peut pas se permettre une trop grande dérive dans ce programme qui prévoit la livraison du premier exemplaire en 2027, une production de navires pendant quinze à vingt ans, et plus de vingt ans de coopération dans le maintien des capacités opérationnelles.

Il y a donc fort à parier que plusieurs exemplaires seront produits en France. Mais les capacités de DCNS en la matière ne sont pas non plus extensibles, puisqu’il est actuellement en train de produire des Barracuda pour la marine Française en remplacement des sous-marins nucléaires d’attaque de type Rubis, qui seront progressivement retirés des capacités françaises. 

Patrick Déniel

 

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2 commentaires

Nom profil

26/04/2016 - 23h06 -

Une part importante (4000 h)=> 4000 heures c'est trois années.homme c'est vraiment de cela dont on parle? Ou 4000 année.homme?
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Nom profil

26/04/2016 - 16h54 -

Bonjour,

Je pense que les heures d'ingénierie précisées manquent de quelques 0.
En effet, 4 000 heures, ce n'est jamais que 2 ou 3 personnes pendant 1 an.
Je pense que 400 000 ou 4 000 000 d'heures est plus probable
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