Le plan de restructuration d'Areva entre dans une phase critique

PARIS (Reuters) - Areva va devoir franchir une série d'étapes clés dans sa restructuration au cours des prochaines semaines. L'objectif est d'éviter un report de sa recapitalisation et le risque d'une mise en veille de son plan de sauvetage, ont déclaré à Reuters des sources au fait du processus.

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Areva va devoir franchir une série d'étapes clés dans sa restructuration au cours des prochaines semaines pour éviter un report de sa recapitalisation et le risque d'une mise en veille de son plan de sauvetage, ont déclaré à Reuters des sources au fait du processus.

Tout l'enjeu pour le spécialiste public du nucléaire et pour l'État français sera de recevoir le feu vert de Bruxelles à la restructuration vers la fin du mois de novembre, afin de pouvoir comme prévu lancer deux augmentations de capital d'un montant global de 5 milliards d'euros début 2017. Pour y parvenir, Areva devra donner des gages sur le montant de sa contribution propre aux coûts de sa restructuration, dont la Commission européenne soulignait en juillet qu'il semblait encore soumis "à de fortes incertitudes".

Cette contribution passera d'abord par une offre ferme d'EDF sur son activité réacteurs (Areva NP), attendue le longue date, mais aussi par des engagements d'investisseurs à souscrire à l'augmentation de capital de 3 milliards d'euros réservée à NewCo, la nouvelle entité qui rassemblera ses actifs dédiés au combustible. "La participation d'investisseurs tiers à l'augmentation de capital de NewCo permettrait de limiter la contribution de l'Etat, grosso modo à hauteur d'un milliard d'euros, et fait partie des contreparties données par l'entreprise en échange de l'augmentation de capital", souligne une source interrogée par Reuters.

Cette même source ajoute toutefois que "les délais sont très courts" et doute de la capacité de l'Etat et du groupe à conclure dans les temps leurs négociations avec les candidats potentiels au tour de table de NewCo, à savoir le japonais MHI, le chinois CNNC et le kazakh Kazatomprom.

Un autre bon connaisseur du plan de sauvetage estime en outre que la notion d'investisseur "avisé" et donc les perspectives de croissance du "nouvel Areva" - déjà ajustées à la baisse cet été - seront au coeur de l'examen du dossier par Bruxelles.

"Refiler la patate chaude"

Plusieurs observateurs jugent cependant que le conflit autour de l'EPR finlandais ne devrait pas être un obstacle aux prochaines étapes de la restructuration, pas plus que les anomalies et vérifications en cours sur le parc nucléaire français.

BFM Business, qui a révélé début octobre l'existence de discussions avec le Kazakhstan, a précisé que l'intérêt du pays pour NewCo pourrait être officialisé le 22 octobre, jour qui correspondrait au lancement du processus de sélection des investisseurs qui participeront à la recapitalisation.

Areva a de son côté prévenu en juillet que, dans l'hypothèse où ses augmentations de capital seraient retardées, il solliciterait début 2017 un prêt d'actionnaire pour faire face au remboursement d'un crédit-relais de 1,2 milliard d'euros arrivant à échéance en janvier. Mais le risque serait alors que la recapitalisation n'ait lieu qu'au printemps et que le gouvernement mette en veille le plan de sauvetage dans son ensemble, en pleine campagne électorale, reportant de fait sa mise en oeuvre sine die alors que l'Elysée en avait fixé les grandes lignes dès l'été 2015.

"Le risque que l'élection présidentielle interfère dans le plan de redressement, c'est notre grande crainte depuis quelques mois", a déclaré à Reuters Bruno Blanchon, responsable de la branche Énergie atomique à la CGT. "Des décisions ont été prises en juin 2015 mais leur mise en œuvre n'a cessé d'être retardée et tout s'est passé comme si on attendait l'échéance présidentielle et qu'on cherchait à refiler la patate chaude aux suivants."

Un banquier spécialisé dans le secteur de l'énergie, qui a une connaissance indirecte du dossier, estime lui aussi que "la tentation de ne rien décider parce qu'on a une élection (...) finira peut-être par l'emporter".

Christophe Sirugue, le secrétaire d'État chargé de l'Industrie auprès du ministre de l'Économie et des Finances, a toutefois assuré le 7 octobre que le calendrier du plan de sauvetage d'Areva serait tenu. "La Commission européenne instruit en ce moment ce dossier, dans un esprit de bonne coopération (...) avec mes services, avec un calendrier qui est compatible avec notre objectif de réaliser l'augmentation de capital début 2017, donc nous restons dans le rythme de ce qui a été annoncé", a-t-il dit lors d'une audition à l'Assemblée nationale.

Après l'aval des porteurs d'obligations d'Areva à sa restructuration, les actionnaires du groupe détenu à 87% par l'Etat français se réuniront le 3 novembre pour donner eux aussi leur feu vert au plan de sauvetage. Interrogé sur le calendrier de mise en oeuvre de ce plan, le groupe n'a pas souhaité faire de commentaires.

Pour Reuters, Benjamin Mallet, édité par Jean-Michel Bélot

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