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L'Usine Auto

Le plan de mobilité accélère la mutation de la gestion des flottes automobiles

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Enquête Autopartage, covoiturage, voitures plus vertes… Les mobilités des salariés sont l’occasion de repenser la gestion des flottes.

Le plan de mobilité accélère la mutation de la gestion des flottes automobiles
Pour réduire leur empreinte carbone, les entreprises diversifient les modes de déplacement de leurs salariés.

C'est encore timide, voire un peu confidentiel. La mise en place de plans de mobilité (PDM) au sein des entreprises, théoriquement obligatoire pour les sites de plus de 100 personnes depuis le 1er janvier 2018, démarre tout doucement. Selon une enquête réalisée en juin auprès de 300 chefs d’entreprise par Viavoice pour le compte de l’Observatoire du véhicule d’entreprise (OVE), seuls 14 % d’entre eux ont effectivement mis en place un PDM.

Anciennement appelé plan de déplacements d’entreprise, le PDM est inscrit dans la loi de transition énergétique du 17 août 2015. Il consiste en un ensemble de mesures qui visent à augmenter l’efficacité de déplacement des salariés d’une entreprise pour diminuer les émissions polluantes et réduire le trafic routier. Auparavant, le respect de ces mesures dépendait du bon vouloir des entreprises. Depuis le 1er janvier, force est de constater que les sanctions en cas de non-application sont légères. La société qui ne s’est pas dotée d’un PDM perd pour l’instant le droit de toucher des aides de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Que seule une poignée d’industriels reçoit.

« Le démarrage est timide. Seules les grandes entreprises ont commencé à s’y atteler. Du côté des PME et des ETI, il y a un manque de connaissance de cette nouvelle disposition. Nous avons engagé dans un travail de communication avec elles », explique Christelle Bortolini, experte en management des mobilités à l’Ademe. Même si les sanctions sont symboliques, l’obligation n’en est pas moins là. « Si nous avons lancé un PDM en juin 2018, c’est certes pour des raisons environnementales, mais aussi parce que nous nous devons d’être en conformité avec la loi », souligne Éric Andrieu, le directeur des services généraux de GSK France [lire page 44]. Il ne faudrait toutefois pas réduire ce dispositif à du greenwashing. La mise en place d’un PDM peut conduire à la réorganisation complète d’une flotte car cette démarche consiste à analyser à tous les niveaux l’ensemble des déplacements des salariés, comme d’ailleurs des sous-traitants présents sur un site industriel. « Le PDM concerne les sites dont l’employeur a la responsabilité et englobe toutes les personnes présentes, y compris les fournisseurs », précise François Piot, le président de l’OVE.

Moins de trajets, moins de pollution

Les conséquences pour la gestion de la flotte automobile ne sont pas négligeables. La mise en place d’un PDM implique de mener une réflexion sur la composition du parc automobile (motorisation, type de véhicules…), les modes et fréquences d’utilisation, l’attribution des voitures… « Cela oblige l’entreprise à s’arrêter sur le sujet et de passer au crible les coûts d’exploitation de sa flotte pour les améliorer », pointe François Piot. Exemple, l’entreprise de BTP Cardinal Edifice a mené une réflexion sur la mobilité, avec l’aide de l’Ademe et de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Rennes (Ille-et-Vilaine) dans le cadre du plan Bretagne mobilité augmentée (BMA). Plusieurs chantiers ont été ­lancés, notamment la réorganisation des affections des véhicules pour optimiser les kilométrages parcourus, des formations à l’éco-conduite, une meilleure planification des déplacements entre chantiers pour éviter les trajets inutiles. « Un PDM devient une arme d’amélioration de la compétitivité et de transformation », remarque Jean-Luc Hannequin, le responsable du projet BMA à la CCI de Rennes. L’entreprise bretonne a mis en place de nouveaux outils numériques comme le Building information modeling (BIM), ce qui a aidé à optimiser les déplacements des chauffeurs.

Pour moins polluer, l’un des meilleurs moyens est sans doute de partager les véhicules de flotte au lieu de les attribuer nominalement. Le développement des PDM dans les entreprises devrait favoriser l’autopartage ainsi que le covoiturage puisque ces systèmes entraînent logiquement une réduction du nombre de voitures en flotte et de la fréquence des déplacements, donc des émissions polluantes. Selon Mobility Tech Green, l’un des leaders français des solutions d’autopartage, ce dispositif permet de réduire la taille d’une flotte d’environ 30 %. Le marché européen de l’autopartage est appelé à se développer de façon exponentielle. Selon une étude menée par le cabinet Deloitte en 2017, le nombre d’utilisateurs passera de 2,2 millions en 2014 à 15,6 millions en 2020. GSK France a lancé une réflexion sur le sujet pour sa flotte de voitures de service. Airbus de son côté a sauté le pas. Dans le cadre de son PDM, la totalité de ses 450 véhicules de service ou utilitaires sont désormais en autopartage [lire ci-dessous].

Proche de l’autopartage, le covoiturage ne concerne pas directement les flottes, mais plutôt les trajets entre domicile et travail. Il participe au changement des mentalités vis-à-vis de la voiture individuelle. C’est pourquoi les PDM ont très souvent un volet covoiturage important, ne serait-ce que pour inciter des salariés ayant une voiture de fonction à la laisser au garage. Le groupe Thales, par exemple, a profité d’un regroupement de ses sites bordelais sur un seul campus, à Mérignac (Gironde), pour lancer son PDM. Pas moins de 2 400 personnes sont réunies dans un ensemble plus vaste, l’Aéroparc, où l’on retrouve Dassault Aviation, Airbus et d’autres entreprises de l’aéronautique, du spatial et de la défense. « C’était l’occasion d’inciter nos salariés à diversifier leurs modes de transport, de se tourner vers le vélo, les transports en commun ou le covoiturage », explique Pierre-Emmanuel Raux, le directeur du campus de Thales. L’objectif est d’augmenter de 50 % le nombre de covoitureurs en passant de 200 à 300. Le groupe prévoit de doubler la part du vélo dans les déplacements de ses salariés, à 16 %.

Des applications d’autopartage et de covoiturage

Mettre en place un PDM implique l’adoption de nouveaux outils numériques. Pour collecter des données sur les fréquences d’utilisation des véhicules et la consommation de carburant, les outils de télématique embarquée sont devenus indispensables. De même, pour qu’un système d’autopartage ou de covoiturage soit convivial et facile à utiliser, il faut pouvoir garantir des trajets « point à point », un système de réservation, de paiement et de déverrouillage utilisable via un smartphone ou un badge sécurisé. L’un des acteurs français de l’autopartage, la société Drivy, a lancé une application pour les professionnels permettant de gérer le véhicule à partir de son téléphone mobile. « La proportion de clients professionnels n’a fait que progresser depuis ce lancement », indique Quentin Lestavel, le directeur France et Belgique de Drivy. « Pour pratiquer le covoiturage, les salariés veulent du porte-à-porte, avec une grande flexibilité des horaires », explique Julien Honnart, le PDG et fondateur de Klaxit, spécialiste des solutions numériques de covoiturage, qui a lancé une déclinaison pour les entreprises de ses produits. Le développement des PDM semble avoir une véritable influence sur le développement commercial de Klaxit : « Le plan a été une motivation importante pour la moitié des 40 nouveaux clients engrangés depuis début 2018 », se réjouit Julien Honnart.

Le lancement d’un PDM est également une bonne occasion de « verdir » la flotte. Même si le diesel n’est pas encore près de perdre sa place dans le choix des gestionnaires de flottes – gros rouleurs obligent –, l’augmentation du nombre de véhicules moins polluants, hybrides ou 100 % électriques est inéluctable. « Dans le contexte de la transition énergétique, c’est une opportunité pour modifier la composition des flottes. Beaucoup d’entreprises travaillent sur ces sujets. L’adoption d’un PDM a des conséquences directes sur le choix des véhicules », confirme Régis Masera, le directeur consulting du loueur Arval France.

GSK a mis six vélos électriques à la disposition de ses salariés.


Un plan en cinq étapes

  • Définir les contours du projet: l’entreprise doit se poser la question du périmètre du plan : s’agit-il seulement de réaliser quelques ajustements ou d’une refonte complète des mobilités (méthodes de travail, gestion de la flotte…) ? Dans tous les cas, il faut prévoir un pilotage clair du projet, avec quelques référents au sein de l’entreprise.
  • Établir un diagnostic des pratiques: il est nécessaire de réaliser un mapping quantifié des pratiques, en privilégiant une approche collaborative avec les parties prenantes. Cette étape concerne aussi bien les trajets domicile-travail (en moyenne 60 % des mobilités) que les trajets professionnels, qui peuvent inclure ceux des fournisseurs.
  • Préconiser des solutions: une fois le diagnostic établi, arrive le moment du choix de solutions adaptées : covoiturage, autopartage, télétravail, vélos électriques… L’important est ne pas forcer les salariés à changer leurs pratiques, mais de les convaincre du bien-fondé des solutions préconisées.
  • Mettre en œuvre les nouvelles mobilités: la communication et la pédagogie jouent un rôle central à cette étape. Le changement doit être porté par des membres de la direction générale. Destiné en premier lieu aux conducteurs, le plan de mobilité concerne aussi les différents services de l’entreprise, rouages de la conduite du changement.
  • Mesurer et ajuster: un premier bilan peut être fait au bout de deux ou trois mois, un second après six mois et un dernier au bout d’un an. Des ajustements seront peut-être nécessaires, comme l’ajout de véhicules en autopartage. Les questions à se poser : ces moyens sont-ils utilisés, à quelle fréquence, par quels publics ?

 

3 QUESTIONS A

« Il y aura un basculement du diesel vers l’essence, puis l’hybride »

Éric Andrieu,directeur des services généraux, GSK France


Dans quelles conditions avez-vous été amené à déclencher un plan de mobilité ?

Nous avons déposé notre plan de mobilité en juin, un an après le déménagement de notre siège social de Marly-le-Roi (Yvelines) à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). Cet événement important a été l’occasion de resensibiliser nos salariés à leurs modes de déplacement et, notamment, de les inciter à prendre plus les transports en commun plutôt que la voiture individuelle. C’est d’autant plus crucial que nous ne disposons plus que de 250 places de parking, contre 800 auparavant, pour environ 600 collaborateurs.

Quelles mesures avez-vous prises ?

Nous avons versé une prime aux salariés qui renonçaient à venir en voiture, instauré le remboursement à 80 % de la carte Navigo et offert la possibilité de prendre un second jour de télétravail par semaine. Nous venons de promouvoir le covoiturage avec la société Klaxit et avons mis en service six vélos à assistance électrique avec la société Cyclez. Dans le domaine de la flotte automobile, nous travaillons avec le loueur Arval pour réduire la part du diesel au profit de l’essence et proposer des modèles hybrides. Ce mouvement sera progressif. Par exemple, pour les visiteurs médicaux, qui sont de gros rouleurs, il faudra envisager un basculement du diesel vers l’essence, puis vers l’hybride, même si les prix de ces voitures sont encore un dissuasifs.

Quels bénéfices pensez-vous retirer du plan de mobilité ?

Ils sont de deux ordres. Tout d’abord, nous travaillons dans une industrie de santé engagée dans la protection de l’environnement et nous sommes conscients de la nécessité de trouver des modes de déplacement alternatifs pour le futur. Le plan de mobilité nous oblige à anticiper l’avenir et à nous poser les bonnes questions. Ensuite, nous sommes conscients des problématiques de circulation qui vont apparaître rapidement avec l’installation de nouvelles entreprises autour de nous. Si nous voulons continuer à attirer des talents, nous devons être innovants.

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