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Le plan de Jean-Paul Beisson pour réinventer Altis

Ridha Loukil ,

Publié le

Entretien Depuis sa vente par IBM et Infineon en 2010, Altis vit une transition délicate. D’une culture mono client, elle cherche à passer sur le marché libre des semi-conducteurs, avec plusieurs clients, des produits propres et des services pointus de fonderie. Jean-Paul Beisson, son PDG depuis 2006, nous expose sa stratégie de développement.

Le plan de Jean-Paul Beisson pour réinventer Altis © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Les entreprises citées

En partenariat avec Industrie Explorer

L’Usine Nouvelle - Quel est le principal changement opéré depuis la sortie d’IBM et Infineon en 2010 ?
Jean-Paul Beisson - C’est la diversification de la clientèle. En 2010, nous avions comme seul client Infineon pour qui nous fabriquions des composants sans fil pour téléphones mobiles, des circuits pour cartes à puce et des composants utilisés dans les disques durs, décodeurs, etc. A la fin 2012, Infineon et les deux entités qui en ont été détachées (les puces pour téléphones mobiles cédées à Intel et les puces pour téléphones sans fil fixes externalisés au sein de la société Lantiq), ne représenteront plus que 20 à 25% de notre activité. Et en 2014, leur part devrait baisser à 15%. C’est un changement fondamental. Après avoir été une société mono client, nous sommes en train de devenir comme n’importe quelle autre société sur le marché libre des semi-conducteurs.

Qui sont-ils vos nouveaux clients ?
Nous en avons principalement deux. Le premier est IBM. C’est un ancien client qui est de retour chez nous pour lui fabriquer des commutateurs radiofréquences, ces composants qui servent à changer de fréquence dans le téléphone mobile. Aujourd’hui, ces circuits sont réalisés dans 80% des cas en arséniure de gallium. IBM propose une alternative en silicium sur isolant qu’il est le seul au monde à maitriser. Cette solution offre l’avantage de diviser les coûts par un facteur 10 tout en améliorant les performances techniques. Nous réalisons aussi pour IBM des amplificateurs de puissance et des émetteurs-récepteurs radio, toujours en silicium sur isolant. L’américain devrait représenter 20 à 25% de notre activité à la fin de 2012 puis monter à 40% en 2014.

Le second client est STMicroelectronics qui nous a choisis comme seconde source pour la fabrication de ses puces accompagnant ses détecteurs de mouvements embarqués dans les téléphones mobiles. Le transfert de technologie nécessaire a pris du retard. STMicroelectronics devrait représenter 15% de notre activité en 2014. Le reste de l’activité est constitué de services de fonderie pour 10 à 15 clients aujourd’hui. Nous espérons porter le nombre de client dans ce domaine entre 50 et 70 en 2012.

Justement, sur le marché des services de fonderie, comment comptez-vous tenir face à des géants comme TSMC ou UMC ?
Nous n’avons aucunement l’intention de concurrencer les géants des services de fonderie comme les taïwanais TSMC et UMC, ou l’américain GlobalFounderies. Ces fondeurs opèrent dans les circuits numériques, avec une finesse de gravure qui descend à 28 nm et bientôt à 20 nm. Nous proposons nos services de fabrication dans un domaine différent, celui des circuits analogiques et mixtes qui, eux, se contentent d’une gravure de 130 nm, voire 180 nm. Nos procédés de gravure actuels en 130 nm suffisent largement.

Nous n’avons pas besoin de nous lancer dans une course technologique inutile à coup de milliards d’investissement. Nous n’en avons de toute façon pas les moyens. Ceci ne nous dispense pas d’être extrêmement attentifs sur les coûts. C’est pourquoi nous avons mis en place en 2010 un PSE avec la suppression de 400 postes, essentiellement dans des fonctions de bureau. Nous avons également réorganisé notre production en passant de 5 équipes de 8 heures (3 équipes travaillent pendant que 2 sont au repos) à 4 équipes de 12 heures (2 équipes travaillent pendant que 2 sont repos), comme cela est la règle chez les autres fondeurs de semiconducteurs. A la clé, un gain de productivité de 20%.

N’est-ce pas risqué à long terme de ne pas investir dans l’évolution de votre outil de production ?
Nous continuons à investir dans notre outil de production. Nous consacrons chaque année entre 20 et 30 millions d’euros à cet effet. Mais nous le faisons avec beaucoup de prudence. Au lieu d’acheter l’équipement nec plus ultra, nous privilégions le matériel d’occasion ou sorti il y a 5 ans sur le marché. Nous le payons ainsi jusqu’à dix fois moins cher. Ceci nous laisse toute latitude pour investir 10 à 15% de notre chiffre d’affaires en R&D. C’est un modèle industriel qui a fait ses preuves chez TowerJazz. Le fondeur israélien a multiplié par cinq son chiffre d’affaires (611 millions de dollars en 2011) en cinq ans et depuis deux ans est bénéficiaire avec une marge brute de 25 à 30%.

Vous avez dans les cartons un projet de produit en propre. De quoi s’agit-il ?
Nous avons en effet l’ambition de disposer de notre propre produit. Il s’agit de la mémoire non volatile CB-Ram, l’une des candidates à la succession de la mémoire flash actuelle. Nous travaillons sur cette technologie depuis 2003 et depuis 2008 nous avons un partenariat avec la start-up américaine Adesto Technology, la société la plus avancée dans ce domaine. Cette mémoire utilise un électrolyte en sandwich entre deux électrodes pour stocker de façon réversible l’information. Par rapport à la mémoire flash, elle offre l’avantage d’être 10 à 100 fois plus rapide, tout étant supérieure en endurance, coût et densité. Alors qu’Adesto Technology compte la proposer en puce à part pour le stockage de données, nous privilégions les applications embarquées, notamment dans les microcontrôleurs. Notre procédé de gravure en 130 nm est parfaitement adapté à cette technologie. Nous nous préparons à fournir cet été les premiers échantillons de 1 Mbit à deux clients chinois. Cette puce devrait générer 15% de nos revenus en 2014.

Quels sont vos objectifs financiers ?
Nous misons sur une croissance de 25 à 30% par an pour atteindre un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros à l’horizon 2015-2016, contre 110 à 120 millions d’euros prévu pour 2012. Après la période de transition 2010-2012, nous espérons passer à une situation bénéficiaire en 2013. L’effectif, qui se situe aujourd’hui autour de 1000 personnes, ne devrait pas beaucoup bouger, même si nous continuons à embaucher 40 à 50 personnes par an dans les fonctions R&D, commerciales et marketing.

Le parcours de Jean-Paul Beisson
Ingénieur de Centrale Lyon, Jean-Paul Beisson, 58 ans, occupe le poste de PDG d’Altis Semiconductor depuis 2006. Il est membre de l’équipe de management depuis la création de la société en 1999. Auparavant, il passé 20 ans chez IBM, où il a occupé différents postes de direction dans la division microélectronique de Big Blue.

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