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L'Usine de l'Energie

Le photovoltaïque, à quel prix ?

Ludovic Dupin ,

Publié le

Enquête Le gouvernement a décidé de réduire son soutien financier à cette énergie en pleine croissance. Les industriels croient, eux, que la rentabilité est à portée de leurs mains, à condition de pouvoir continuer à déployer des panneaux...

Le photovoltaïque, à quel prix ?
Si elle s'en donne les moyens, la France peut devenir compétitive dans le photovoltaïque. Ici, la centrale de Gabardan (Landes) réalisée par Exosun.
© D.R.

Une filière coûteuse qui finance l'industrie chinoise ! Depuis que le gouvernement a instauré, début décembre, un moratoire de trois mois sur les tarifs de rachats, la filière française du photovoltaïque accuse le coup. Le rapport que remet Jean-Michel Charpin au gouvernement le 11 février lui donnera-t-il le coup de grâce ? La concertation avec les acteurs du photovoltaïque s'est mal passée. "L'ensemble de la filière considère mortifères les propositions du gouvernement", assure Arnaud Mine, le président du Ser-Soler (la branche solaire du syndicat des énergies renouvelables). "Nous attendions un signal fort. Le moratoire a envoyé un message d'incertitude", regrette Christian Dumbs, le directeur France de l'allemand Schott Solar.

"Le soutien au photovoltaïque a coûté de l'argent. L'effort s'arrête au moment où la filière commence à porter ses fruits, avec la création de 20 000 emplois en deux ans", constate David Guinard, le directeur général de Photosol et membre du bureau de l'Association des producteurs d'énergie solaire indépendants, l'Apesi. Brutal, le moratoire a permis de révéler les handicaps d'une filière. Tour d'horizon des défauts à corriger pour faire du photovoltaïque une industrie compétitive en France.

Miser directement sur la seconde génération

Il n'y a pas de secret. Si les panneaux chinois inondent le monde (29 % du marché mondial et 25 % des importations françaises), c'est parce qu'ils sont moins chers, effet de masse oblige. "Dans une filière où le coût de la main-d'oeuvre est marginal, la compétitivité du process industriel est un enjeu majeur", rappelle Richard Loyen, le délégué général d'Enerplan, l'association professionnelle de l'énergie solaire.

La France doit miser sur la deuxième génération du photovoltaïque, en particulier les couches minces. Leur industrialisation est plus simple que les technologies silicium actuelles. Elles permettent d'envisager des modules à 0,5 à 0,70 euro/W, contre trois fois plus aujourd'hui.

"La France n'est pas en avance, mais le marché des couches minces est encore petit et il y a des places à prendre", précise Jean-Pierre Joly, le directeur général de l'Institut national de l'énergie solaire (Ines). Pour passer du labo à l'usine, "il faut que nos grands groupes, comme Total, GDF Suez, Saint-Gobain, prennent le risque de tester les nouvelles technologies", estime Robert de Franclieu, le directeur général d'Apollon Solar. La France doit aussi miser sur une des ses particularités : l'obligation d'intégrer les panneaux au bâti. Une contrainte qui peut se transformer en force pour développer des modules de qualité et faire obstacle aux importations.

Voir grand

Pour le gouvernement, la chose est entendue. Installer 500 MW chaque année permettra d'atteindre les objectifs fixés dans le cadre du Grenelle de l'environnement. La France s'est engagée à générer 1 100 MW en 2012 et 5 400 MW en 2020 à partir de l'énergie photovoltaïque. Problème : ce plafond de 500 MW ne correspond à aucune logique industrielle.

La filière le juge bien trop bas pour développer un marché intérieur. "C'est seulement à partir de 800 MW ou de 1 GW qu'il est possible de créer un réel marché de référence", juge Guillerme Huguen, le directeur général adjoint de Saint-Gobain Solar. La société, qui réfléchit à la construction d'une usine en France, ne cache pas que le plafond gouvernemental est trop faible pour investir. À titre de comparaison, le marché allemand des nouvelles installations se situera entre 3 et 5 GW en 2011.

Voir grand, c'est miser sur l'avenir. Lorsque le photovoltaïque sera compétitif en Europe, c'est-à-dire que le coût de production sera égal au coût d'achat de l'électricité, il faudra fournir des milliards d'euros d'équipements. Cette parité interviendra d'ici cinq à six ans en Italie, contre neuf à dix ans en France...

Repenser le financement

Le moratoire pose un problème financier. Avec l'explosion des projets (plus 4 000 MW de photovoltaïque en attente de raccordement fin 2010), le gouvernement a prédit une augmentation de la CSPE, la contribution au service public de l'électricité, et donc de la facture d'électricité. Le premier à craindre cette hausse est EDF. L'électricien français veut accroître ses tarifs pour financer ses propres besoins. Il est donc désireux d'exclure de sa facture les sommes qui ne lui reviennent pas. Une position compréhensible. "EDF est un rouleau compresseur et le photovoltaïque a la malchance d'être sur son chemin", s'attriste un industriel.

Sortir le photovoltaïque des charges d'EDF est compliqué à court terme. Il faut au moins repenser les tarifs de rachats, situés entre 0,27 et 0,58 euro/KWh. "La France a maintenu longtemps des tarifs trop élevés qui ont bénéficié aux investisseurs, pas aux industriels", lance Jan Jacob Boom-Wichers, le directeur de Rec Solar France.

"Le coût des panneaux a diminué de 40 % en deux ans. Il est normal que les aides suivent", estime Stéphane Moreau, le fondateur d'Evasol. La filière a besoin de visibilité et réclame que les baisses soient indexées sur des éléments prévisibles. Beaucoup militent pour un système à l'allemande de "corridor" : les tarifs baissent à chaque fois qu'un volume annuel d'installation est atteint.

Promouvoir l'autoconsommation

Le photovoltaïque milite pour l'autoconsommation... interdite jusque-là en France. Le principe est de mettre un peu d'intelligence dans la maison pour que certains appareils électriques, comme le sèche-linge, se déclenchent quand les panneaux photovoltaïques produisent. "Pour ERDF, il n'y a pas de problème technique ou intellectuel à l'autoconsommation", déclare Marc Bussieras, le directeur réseau chez ERDF.

Pourtant, jusqu'à maintenant, le gouvernement se refuse à envisager cette solution. Michèle Bellon, la présidente du directoire d'ERDF, juge l'autoconsommation intéressante. Mais elle rappelle que "60 % des installations photovoltaïques résidentielles en France présentent des problèmes de disjoncteur ou de prise au sol..."

De son côté, Jean-Pierre Joly rapporte que "les expérimentations allemandes n'auraient pas été probantes". L'autoconsommation sera viable avec le développement des voitures électriques, des systèmes de stockage et des réseaux intelligents, précise le délégué général de l'Ines.

Soutenir la filière à l'export

La France aime se comparer à l'Allemagne. Qu'elle le fasse pour le photovoltaïque ! Si l'Allemagne a un marché intérieur florissant, c'est aussi parce qu'elle a misé sur l'export. Les panneaux d'outre-Rhin représentent 20 % du marché mondial. "Le photovoltaïque ce n'est pas seulement ce que nous posons sur nos toits, c'est aussi ce que nous exportons", milite Emmanuel Arène, le directeur de la division photovoltaïque de Soitec, une société française qui mise sur sa technologie de concentration photovoltaïque destinée aux pays chauds.

"Nous attendons un soutien pour bénéficier des structures diplomatiques et des structures d'échanges", ajoute-t-il. Le pays peut aussi exporter son savoir-faire. EDF EN a ainsi triplé son parc photovoltaïque en 2010 en déployant 265 MW, dont les trois quarts à l'étranger. La petite filière tricolore a exporté pour 426 millions d'euros de panneaux photovoltaïques en 2010.

Promesses d'un avenir radieux ? Peut-être. La France possède des géants de l'énergie (EDF, GDF Suez, Total) et du BTP (Vinci, Bouygues, Eiffage). Avec l'émergence des bâtiments à énergie positive et des réseaux intelligents dans le monde, il y a la possibilité de créer une véritable "équipe de France du soleil".

SOUS LE SOLEIL DE NOS VOISINS

ESPAGNE LE DÉSASTRE 3,5 GW installés En 2007, le pays décide de soutenir sa filière. Avec un tarif de rachat de 440 euros le MWh garanti sur vingt-cinq ans, l'État table sur un parc de 400 MW à l'horizon 2010. Mais dès 2008, près de 3 100 MW sont installés. Face à cette bulle spéculative, le gouvernement revoit les tarifs à la baisse. Résultat, des centaines de faillites et 20 000 emplois perdus. ALLEMAGNE LE MODÈLE 16 à 19 GW installés L'Allemagne n'a pas raté le virage. Son industrie produit 20 % des panneaux photovoltaïques dans le monde. Le pays a misé sur un marché intérieur fort avec 50 à 70 GW installés en 2020 et sur l'exportation. Revers de la médaille, en 2011, il en coûtera 13 milliards d'euros aux consommateurs allemands, malgré une baisse des tarifs de rachat de 15 % en juillet prochain. ITALIE LE LEADER 2,4 GW installés Malgré des baisses de tarifs de rachat en vue, l'Italie connaît une forte croissance depuis deux ans. Son parc devrait doubler en 2011. L'une des raisons de cet engouement ? Le pays sera le premier où cette énergie sera compétitive. Il possède un ensoleillement important et le prix de l'électricité y est élevé : 13,7 euros le KWh, contre seulement 6,56 euros en France, grâce au nucléaire.

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