LE PHILOSOPHE A DE L'ABATTAGEAncien professeur agrégé, venu à l'industrie par curiosité, le directeur général de Doux vient de souffler Codivol à ses concurrents.

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LE PHILOSOPHE A DE L'ABATTAGE

Ancien professeur agrégé, venu à l'industrie par curiosité, le directeur général de Doux vient de souffler Codivol à ses concurrents.



A le voir, il ne paie pas de mine. Avec son pardessus couleur mastic, ses lunettes d'enseignant et son chapeau passe-partout, on ne croirait jamais qu'il vient de négocier, à la barbe de sérieux concurrents, l'achat de la société Codivol, spécialisée dans l'abattage de dindes et de poulets certifiés. Briec Bounoure, directeur général de Doux, numéro1 européen de la volaille, à Châteaulin (7milliards de francs de chiffre d'affaires), est en effet peu loquace. Son parcours? A quoi bon en parler? Ses activités? Cela n'intéresse personne. A jouer ainsi les misanthropes, il échapperait presque à son interlocuteur que ce décideur breton de 54ans est agrégé de philosophie, ancien professeur de khâgne, ex-chauffeur-livreur, conseiller en recrutement, mais de toute façon "marin et paysan". "C'est un personnage absolument inclassable", souligne Jacques Baguenard, directeur de l'ESC de Brest, ami de longue date de Briec Bounoure et qui avoue le rencontrer plus souvent dans les halls de l'aéroport que dans les rues de la ville. L'intéressé ne dément pas. "Je suis plastique, adaptable. Et j'aurais beaucoup aimé être chirurgien, car, dans ce métier, ce qu'on dit on le fait, et on le prouve." Philosophe, parce que "passionné de savoir", il a eu pourtant maintes occasions de se bagarrer sur le terrain. Son engouement pour le hockey sur glace, et la pratique qu'il a pu en avoir pendant ses classes, prépa comprise, en est un témoignage éclatant. D'ailleurs, il en a diffusé le goût dans l'entreprise via l'équipe "Albatros", qu'il a montée lui-même et qui joue sous les couleurs de Doux. Mais, après l'agrégation de philosophie, qu'il a préparée en solitaire à Quimper, et après plusieurs années d'enseignement au lycée de Brest, ce sont les expériences multiples qui s'enchaînent dans des PME de la région, jusqu'à la création d'une société de recrutement au nom symbolique de "Score". Ce qui l'amène à côtoyer Albert Cam, l'ancien patron des Rallyes bleus, pour lequel il étudie les implantations d'hypers, et Charles Doux, qui lui confie des recrutements, et avec qui il sympathise. Et là, sous l'amicale pression du patron, la curiosité aidant, en 1980, il met le pied dans les lieux. Faisant de tout, de l'accrochage des poulets au tri des abats en fabrication, du transport, de la vente. Vivement intéressé par les études de marché, les aspects de marketing, qui exigent, un peu comme en philosophie, de travailler par hypothèses et de faire des paris, il donne des cours à l'ESC de Brest. Aujourd'hui fier de l'expansion et de l'indépendance de l'entreprise, il n'en reste pas moins entiché de philosophie, comme en témoigne son bureau jonché d'ouvrages d'Alain, de Kant ou de Karl Popper. "J'aurais voulu mener plusieurs vies à la fois, mais je suis un paresseux", explique-t-il, plutôt provocateur. Mais on sait bien que les plus actifs se trouvent parmi eux.



USINE NOUVELLE N°2494

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