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L'Usine Matières premières

Le pétrole très compétitif, une aubaine pour les entreprises ?

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Publié le

La chute des prix du baril ferait économiser 8 à 10 milliards d’euros aux entreprises françaises, autant que le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. Mais cette manne est inégalement répartie.

C’est peut-être ce qui différencie la politique de la conjoncture : l’une saupoudre soigneusement ses aides, l’autre ne se soucie pas d’égalitarisme. Le montant des économies réalisées par les entreprises françaises sur leur facture pétrolière élargie devrait égaler le montant du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (Cice). Mais, loin de s’éparpiller façon puzzle sur l’ensemble des secteurs d’activité, notre enquête révèle que ces 8 à 10 milliards d’économies profitent davantage au raffinage, à la pétrochimie, à une partie du transport et, marginalement, à la pêche.

Marges historiques pour le raffinage

Le bas prix du pétrole ranime le raffinage français et européen, en souffrance depuis de nombreuses années. Plus qu’une augmentation, c’est un retour des bénéfices que connaît le secteur. Le raffinage français a perdu 3,5 milliards d’euros en cinq ans. Cette année, les marges sont remontées en flèche grâce à la faiblesse des cours du brut et à une forte demande de carburants. Au premier semestre, Total a vu les résultats de son activité raffinage progresser de près de 330 % pour atteindre environ 2,5 milliards d’euros, celle-ci rattrapant presque l’exploration-production, en baisse.

Quant à faire durer l’embellie… "Garder de bonnes marges n’est pas du ressort des raffineurs. Celles-ci sont liées au prix du brent, c’est assez mathématique. La seule chose à faire est de baisser le point mort des raffineries…", juge Francis Duseux, le président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip). Total l’a fait à Anvers, ExxonMobil à Rotterdam. Mais "ce sont des opérations qui frôlent le milliard d’euros d’investissements, ce qui n’est pas à la portée de toutes les bourses", reconnaît un professionnel du secteur. D’autant que les marges engrangées vont être mises à contribution rapidement. Elles paieront notamment de lourdes mises à jour environnementales. Mais, chez les majors intégrées, qui sont majoritaires, elles vont surtout "limiter la baisse des investissements dans l’exploration-production", prédit un analyste.

L’impact majeur sera le ralentissement de la restructuration du secteur. Si les cours restent bas, les fermetures nécessaires – un quart des raffineries européennes d’ici à 2030 – pourraient être retardées de quelques années. "La surcapacité reste une tendance lourde… ", rappelle Francis Duseux. Aussi, pour profiter de la situation, nombreux sont les raffineurs repoussant à janvier les opérations de grande maintenance, qui immobilisent une raffinerie six à huit semaines.

La chimie réduit ses coûts

"Si le pétrole suivait cette tendance sur toute l’année 2015, la facture énergétique serait allégée de 1,4 milliard d’euros pour la chimie française", estime Didier Le Vély, le directeur des affaires économiques et internationales de l’Union des industries chimiques (UIC). En France, la facture hydrocarbures du secteur s’élevait à 7,5 milliards d’euros en 2013. Un tiers de ces hydrocarbures est destiné à un usage énergétique et deux tiers servent de matière première pour la chimie de base, la pétrochimie et l’industrie des engrais.

Le secteur réalise 82 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dont 60 % à l’export. "La chute du prix du pétrole bénéficie tout autant à nos concurrents", tempère Didier Le Vély. Voire plus ! La baisse de l’euro face au dollar dope les exportations, mais amortit la chute des cours du pétrole en rendant cette baisse moins sensible en Europe qu’aux États-Unis. La valeur du baril, réduite de moitié en dollars entre l’été 2014 et l’été 2015, n’a baissé que de 30 % une fois libellée en euros sur la même période. Et "les différentiels de compétitivité sur les grandes matières plastiques entre la base nafta [à partir de pétrole, ndlr] et la base gaz restent préoccupants".

Quant au gain sur les achats, le secteur ne s’attend pas à en profiter. "90 % de notre consommation en hydrocarbures part en chimie de base pour fabriquer des engrais ou des matières plastiques, explique Didier Le Vély. Il s’agit de produits de commodités de gros volumes, dont les prix sont indexés, l’essentiel de la marge est donc retranscrit aux clients. Les bénéficiaires sont surtout les industries en aval, comme la construction, l’automobile, l’agriculture…"

Les plasturgistes, oubliés de la baisse

Une affirmation que réfutent totalement les plasturgistes, les grands absents de cette liste. "Entre l’extraction de pétrole brut et la vente d’une pièce plastique, il existe tout une chaîne de valeur. Notre baromètre des matières plastiques indique que les acteurs en amont de notre industrie captent l’essentiel de la baisse du brut", déclare Florence Poivey, la présidente de la Fédération de la plasturgie et des composites. Depuis le début de l’année, les marges des pétrochimistes ont doublé, sans aucun effet positif pour les industries aval et en premier lieu la plasturgie. Les plasturgistes français achètent 90 % de leurs matières en Europe. Si cette situation persiste, "il deviendra inévitable que les industriels regardent vers les États-Unis ou le Moyen-Orient", où la baisse des prix des hydrocarbures est répercutée par les transformateurs. Une menace récurrente, empêchée par deux facteurs. D’une part, les grands acteurs de la pétrochimie ne sont pas disposés à pratiquer sur le marché européen les prix observés, par exemple, outre-Atlantique, prix tirés à la baisse par l’abondance des gaz de schiste. D’autre part, les plasturgistes, qui travaillent à partir de grades très précis, ont peu de choix pour sourcer leurs matières.

Le secteur primaire reprend son souffle

Les agriculteurs, gros consommateurs de plastiques (bâches de maraîchage, tuyaux de drainage, films pour balles de fourrage), confirment que, sur ce poste, ils ne voient rien venir. "Ces produits ont baissé de 2 à 5 % fin 2014, puis flambé à nouveau", affirme Luc Sytsma, le responsable des agro-équipements chez InVivo. Pas de baisse non plus sur les factures d’engrais azotés, dont le gaz représente 60 % du coût du produit fini. Dominique Villette, le responsable du département fertilisants d’InVivo, l’explique par la décorrélation progressive entre les prix du pétrole et ceux du gaz. "Les sources d’approvisionnement se sont diversifiées depuis une dizaine d’années, notamment avec le développement du GPL et des gaz de schiste. En outre, le cours des engrais azotés est de plus en plus régi par la demande et de moins en moins par les coûts de production". Les agriculteurs, en revanche, bénéficient directement de la baisse du prix du gazole non routier, qui représente en moyenne 60 euros par hectare et par an, contre 72 euros en 2013.

La baisse des prix du pétrole a redonné le sourire aux professionnels de la pêche. Le litre de gazole pêche, détaxé, est passé de 70 centimes en 2013 à 45 centimes à la fin du mois d’août, se rapprochant de l’objectif des 40 centimes revendiqué par les marins-pêcheurs. Et ce sont principalement les hommes qui en bénéficient. "Selon le principe de la répartition à la part, dans la mesure où les salariés participent au paiement du carburant, cette baisse a une incidence sur les salaires, qui augmentent", explique Hubert Carré, le directeur général du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins. Ce qui est aussi une forme d’investissement sur l’avenir, dans une activité peu attractive. Cette baisse va également conforter les excédents bruts d’exploitation et donc permettre aux entreprises de pêche d’investir. Ce répit vient à point pour une profession qui avait déjà entamé sa mutation dans un climat de rigueur drastique. "La hausse précédente avait beaucoup affecté l’exploitation des navires et favorisé des changements de pratiques pour baisser la consommation", confirme le secrétaire général de la Fédération des organisations de producteurs de pêche artisanale, Victor Bouvard.

La mer roule, la route cale

Le transport routier ne bénéficie pas vraiment de la conjoncture. "Quand le gazole baisse, on répercute la baisse. C’est un mécanisme connu par les entreprises. Il y a juste un impact de quelques jours sur la trésorerie », rappelle Nicolas Paulissen, le délégué général de la Fédération nationale des transports routiers (FNTR). Ce mécanisme institué en 2006 isole les charges de carburant sur la facture. Plus que la chute des cours, « c’est le Cice qui a fait du bien à nos entreprises", affirme Nicolas Paulissen. Mais comme "le gazole représente tout de même 22,4 % du coût de revient du transport sur la longue distance", les chargeurs en profitent un peu : une baisse de 50 % du brut correspond à une réduction de quelque 3 % de leur facture.

Le transport maritime, lui, fait partie des grands gagnants du contre-choc pétrolier. "C’est une bonne nouvelle, dans un contexte difficile de taux de fret bas, dus à des surcapacités", reconnaît Éric Banel, le délégué général d’Armateurs de France. Au deuxième trimestre, l’armateur CMA-CGM a enregistré une hausse de 66,7 % de son résultat net par rapport au même trimestre un an plus tôt. La direction indique que les coûts unitaires ont baissé de 10,9 % grâce à la baisse du pétrole. Le poste carburant représente globalement 40 % du coût du transport de marchandises. "Malgré une croissance de l’activité atone (1 à 2 % au second trimestre), cela a permis aux armateurs de retrouver leurs marges et de la disponibilité pour se développer et investir", ajoute Éric Banel. Les armateurs comptent bien capitaliser sur cette amélioration. D’abord en stockant, bien que leurs capacités ne dépassent pas quelques mois. La plupart des compagnies ont des contrats de un à trois ans sur leurs achats de fioul, mais ils sont réajustés quand le cours du pétrole fluctue. Les gains sont vite consommés : sur les ferries, cette baisse a permis aux compagnies de passer le cap de la directive " soufre ", qui impose de ne pas dépasser un taux de 0,1 % de soufre dans le carburant, de la Manche à la mer Baltique.

Le transport aérien sur un nuage

La baisse du pétrole est une aubaine pour les compagnies aériennes, dont les marges sont longtemps restées au ras du plancher. Elle explique en grande partie le quasi-doublement de leurs bénéfices, qui passeraient de 16 à 30 milliards de dollars entre 2014 et 2015, d’après l’Association internationale du transport aérien (Aita). Et pour cause : le carburant (du kérosène issu du pétrole raffiné) représente 30 à 40 % de leurs coûts. Cette part et les volumes en jeu ont convaincu depuis longtemps déjà les compagnies d’optimiser leurs stratégies d’achats, en recourant à divers outils de couverture pour réduire et lisser leurs coûts. Des stratégies qui ont évolué avec la volatilité des cours du pétrole [lire ci-contre].

Comme souvent, les fédérations professionnelles sont réticentes à reconnaître des hausses de marges. Mais les chiffres ne trompent pas sur la disparité des gains. Disparité selon les secteurs, mais aussi entre l’amont et l’aval, avec des rétentions de marges. Heureusement, en tirant la consommation, le pouvoir d’achat rendu aux Français, évalué entre 6 et 10 milliards d’euros, devrait soulager au tirage celles qui ont perdu au grattage. 

 

Infographie : L'Usine Nouvelle. Sources : CPDP, UFIP, UN 

 

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