Le pétrole et le gaz de schiste changent la donne, y compris en Europe

Economie, géopolitique, environnement… L’Europe a beau ne pas avoir encore engagé d’exploration massive dans le gaz de schiste, elle est déjà affectée par la révolution liée aux hydrocarbures non conventionnels, à en croire les débats menés par le cercle de Belém et le Centre hydrocarbures non conventionnels.

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Le pétrole et le gaz de schiste changent la donne, y compris en Europe
Visit with French journalists to Chesapeake sights in DFW area. Forth worth au Texas gaz de schiste energie USA

Mardi 20 septembre, le think-tank Le cercle de Belém et le Centre hydrocarbures non conventionnels (CHNC) organisaient un colloque intitulé : "Comment la révolution des schistes bouleversera le paysage énergétique européen." Selon les participants, que l’Europe finisse ou non par s’engager sur le chemin du gaz de schiste, sa politique énergétique et sa géopolitique sont influencées par ce nouveau paradigme de l’énergie mondiale.

"Qu’on le veuille ou non, l’Europe sera impactée par le phénomène. A commencer par la France qui importe quasiment 100 % de son gaz et de son pétrole", assure Jean-Louis Schilansky, président du CHNC. "Je ne sais pas s’il y aura un jour de l’exploration-production du gaz de schiste en Europe. Mais au-delà de cet aspect direct, l’aspect indirect est indéniable", explique-t-il. Les experts réunis, favorables à l’exploration de ce potentiel en France, notent son influence majeure sur trois points : l’économie, la géopolitique et l’environnement.

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Une facture divisée par deux

Depuis mi-2014, le baril a perdu 50 % de sa valeur et aucune prévision haussière n’est émise à court terme. L’une des causes est la production américaine de pétrole de schiste qui représente à elle-seule environ 5 % de la production mondiale. "Il y a cinq ans, la France avait une facture pétrolière de 70 milliards d’euros. Sans mettre un seul euro dans le pétrole de schiste, notre pays a bénéficié d’une division par deux de sa facture", constate Thierry Salmona, conseiller du président d’Imérys, qui produit des propants pour l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Outre cet impact purement économique, le gaz de schiste a désormais rejoint physiquement les terres européennes via les méthaniers américains qui ont rejoint les côtes portugaises et françaises depuis début 2016.

L’autre impact sans doute plus important est celui sur la géopolitique. "Depuis la seconde guerre mondiale, la géopolitique internationale a été liée aux forts besoins énergétiques américains. Mais la révolution des gaz de schiste change la donne", assure Pierre Bentata, professeur d’économie à l’ESC Troyes (Aube). "Les gaz et pétrole de schiste sont une bonne nouvelle pour l’humanité d’un point de vue géopolitique car ils sont mieux répartis dans l’écorce terrestre", explique Hélène Timoshkin, économiste au cabinet Asterès.

Une moindre dépendance à l’OPEP

Dix pays dans le monde produisent 67 % du pétrole conventionnels mondial et quatre produisent 50 % du gaz. Les hydrocarbures non conventionnels provoquent la fragmentation de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Pour faire remonter les cours, l’Opep a cherché, en vain, à s’entendre sur une baisse de la production mais n’y est pas parvenu. "L’évolution technologique a, comme souvent, détruit un cartel", constate Pierre Bentata.

Le dernier impact porte sur le climat. "D’un point de vue environnemental, les gaz et pétrole de schiste sont une mauvaise nouvelle pour aller vers la transition énergétique. L’avenir, ce n’est pas le gaz de schiste et le pétrole de schiste", assure Hélène Timoshkin. Mais elle veut croire que le gaz, l’énergie fossile la moins émettrice de CO2, peut servir à pallier le charbon dans les zone très consommatrices : Etats-Unis, Allemagne, Chine, Inde… "Est-ce que le gaz de schiste n’est pas un sursis donné à l’humanité pour faire une transition énergétique à moindre coût ?", propose-t-elle.

Un nouveau débat en France

Depuis juillet 2011, la France interdit l’utilisation de la fracturation hydraulique, seule technologie disponible pour explorer et exploiter les hydrocarbures non conventionnels. A l‘approche de la campagne présidentielle, les experts espèrent que le sujet reviendra sur le devant de la table. "Le débat dans notre pays a été avorté. C’était un débat d’opinion, un débat idéologique", déplore Jean-Louis Schilansky, président du CHNC.

Déjà, certains candidats potentiels ont pris position sur le sujet. Bruno Lemaire s’est dit opposé à toute exploitation. Arnaud Montebourg, pourtant soutien des hydrocarbures non conventionnels alors qu’il était ministre de l'Industrie, s’oppose désormais à tout développement. Nicolas Sarkozy s’est, en revanche, prononcé en faveur d’une exploration du sous-sol français. Selon des études géologiques américaines, la France posséderait le premier potentiel de gaz de schiste en Europe. Mais sans réelles explorations du sous-sol, impossible de savoir si ces ressources existent réellement et si elles sont économiquement exploitables.

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