Le pétrole et l’acier pèsent sur Imerys, qui résiste

La chute des cours du pétrole pénalise le spécialiste des minéraux industriels, qui annonce 209 millions de dépréciations d’actifs après le gel de sa production de proppants pour les gaz de schiste et un résultat net divisé par quatre. Pour faire face, Imerys coupe dans les coûts et mise sur l'innovation.

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Des coûts resserrés à tous les niveaux, la mise sous cocon des activités liées au secteur des hydrocarbures non-conventionnels et des dépréciations d’actifs importantes… La stratégie d’Imerys en cette période de "vents contraires", comme les a qualifiés son PDG Gilles Michel ce vendredi 12 février à Paris, se veut éminemment rassurante pour les actionnaires. Ces derniers se verront d’ailleurs proposer un dividende en hausse lors de l’assemblée générale du 4 mai malgré un résultat net part du groupe divisé par quatre : 68,4 millions d’euros, contre 271,6 millions en 2014. Un résultat net qui ne rend justice ni au au résultat courant (avant dépréciation), en hausse de 8% à 341,5 millions, ni au chiffre d’affaires, en hausse de 10,8%, ni à la marge opérationnelle (13,2%).

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Tempête sur les pétroles de schiste

L’activité solutions pour l’exploitation pétrolière est celle qui a le plus souffert de la conjoncture. La chute des prix du pétrole a entraîné la mise sous cocon des capacités de production de produits spéciaux d’Imerys (des proppants céramique qui maintiennent ouvertes les failles dans la fracturation hydraulique et permettent au pétrole et au gaz de percoler à travers la roche rendue poreuse) à destination des producteurs de pétrole et gaz de schiste.

Certes, la dépréciation d’actifs (209 millions d’euros, soit la moitié des actifs de la branche proppants et un peu moins de deux tiers des capitaux engagés) est importante en regard du chiffre d’affaires de la branche (inférieur à 1% du chiffre d'affaires groupe). Mais Imerys avait "réalisé un investissement important juste avant la crise", rappelle Gilles Michel. La branche a donc "un chiffre d’affaires faible, mais un potentiel de chiffre d’affaires fort" qui explique le "choix de maintenir un outil industriel sous cocon, en état de marche, et des équipes" pour le maintenir. "Nous ne sortons pas de l’activité. Nous avons pris cette décision sur le strict critère des perspectives de cash-flow, devenues inférieures aux actifs engagés. Mais nous ne remettons pas en cause l’analyse qui nous avait amenés à y entrer", précise Gilles Michel. "Les choses s’inverseront à un moment donné, le prix du pétrole remontera et la production américaine redémarrera. Et même plus tôt que nous n’avons pu le penser, car les producteurs se sont ajustés et ont abaissé leur point mort, de 60 dollars à 45 dollars le baril", affirme le PDG. Gilles Michel veut croire qu’alors, ses proppants céramique, partiellement substitués par du sable dans les puits les moins profonds, à moins forte pression et à plus faible température redeviendront indispensables : "A ce moment-là, nous serons le deuxième producteur américain de produits de spécialité que nous aspirons à être."

D’autres activités du groupe ont souffert en 2015 : les produits à destination de l’industrie papetière, qui pâtit du recul des marchés de l’impression et d’écriture ; ainsi que les toitures terre cuite (tuiles), à un niveau historiquement bas en France.

Mais tous les vents ne sont pas contraires pour Imerys, qui fait 19% de son chiffre d’affaires 2015 sur la construction, en pleine reprise aux Etats-Unis, et 15% sur les minéraux orientés consommateur (alimentation, électronique grand public, cosmétique). Le dynamisme des marchés automobiles américain et européen ont aussi porté le groupe, qui réalise 10% de son CA sur ce secteur.

Des acquisitions bien digérées

Les nombreuses emplettes du groupe en 2015, enfin, ont certes alourdi la dette (1,48 milliard au 31 décembre 2015), mais le ratio dette nette sur Ebitda est contenu à 2. Le rachat de la société grecque S&B a déjà contribué positivement à la marge du groupe, au bout de dix mois. Trois autres acquisitions plus récentes - la division PCC (carbonate de calcium) de Solvay, l’activité kaolin hydraté (pour papier) de BASF aux Etats-Unis et la PME française Matisco (accessoires métalliques pour toitures) - viennent compléter l’offre et seront évaluées en 2016.

Adaptation et innovation

Fidèle à son habitude de ne pas faire de prospective lors de l’annonce de résultats, le spécialiste des minéraux industriels et matériaux de construction a présenté le 12 février le bilan d’une année difficile, tout en insistant sur l’adaptabilité du groupe. Le prix du pétrole est en chute libre ? Gel de la production et maintien des capacités jusqu’au retour à meilleure fortune. L’économie chinoise hoquète ? Le recentrage est immédiat, avec des fermetures d’activités sur les moins rentables et le renforcement de celles à marge positive. La production d’acier baisse pour la première fois depuis 2009 ? Baisse des coûts opérationnels et traque des frais généraux. Les usages évoluent, avec une demande en hausse sur les aciers spéciaux ? Cap sur l’innovation. Gilles Michel rappelle que les engagements de dépenses sur la R&D ont été maintenus, car "il est indispensable de renouveler l’offre dans les segments où nous sommes présents. C’est ainsi qu’on génère du cash-flow qui permet à son tour le renouvellement. Si Apple était resté à l’iPhone 4, il ne serait plus Apple. Donc il a fait l’iPhone 5 et l’iPhone 6."

Myrtille Delamarche

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