Le PDG de Veolia milite pour la construction "d'une équipe de France du démantèlement nucléaire"

Début 2013, Veolia signait un accord avec le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), marquant ainsi sa volonté de devenir un important acteur du démantèlement nucléaire. Dix mois plus tard, le spécialiste de l’eau et des déchets a débuté ses premiers travaux à Marcoule et à Cadarache. Antoine Frérot, PDG de Veolia Environnement, détaille les ambitions de son groupe.

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Le PDG de Veolia milite pour la construction

L'Usine Nouvelle - Quelles sont les ambitions de Veolia en matière de démantèlement nucléaire ?

Antoine Frérot - La problématique du démantèlement se situe au carrefour d’enjeux industriels et environnementaux majeurs. Il y a de nombreux acteurs impliqués, l’ingénierie d’un côté, le BTP de l’autre, des acteurs du nettoyage, de la gestion de déchets… Il manque une compétence d’ensemblier qui permet de cartographier, de caractériser et d’analyser les différents éléments d’une centrale nucléaire.

L’expérience de Veolia en matière de démantèlement de grands complexes industriels, comme des plates-formes pétrolières et des centrales à charbon, lui permet de jouer ce rôle. Par ailleurs, Veolia apporte une garantie d’indépendance par rapport à la filière nucléaire puisque nous ne sommes ni constructeur ni exploitant.

Veolia peut-il déjà jouer ce rôle ?

Pour y parvenir, il faut créer un certain nombre de compétences qui n’existent nulle part aujourd’hui. C’est pourquoi nous avons décidé de nous associer avec le CEA et d’autres acteurs comme Areva pour construire une équipe de France du démantèlement nucléaire. Il nous faut bâtir une compétence technique en matière de cartographie et de métrologie. Par ailleurs, il faut travailler sur les sujets de la robotique et de la réduction des volumes de déchets.

Avez-vous déjà une expérience nucléaire ?

Nous sommes déjà sous-traitants de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) pour les déchets faiblement radioactifs. Nous réalisons le même type d’opérations au Royaume-Uni. Enfin, lors de la catastrophe de Fukushima, Veolia a traité, en partenariat avec Areva, les eaux très fortement radioactives utilisées pour refroidir les réacteurs accidentés. Aujourd’hui, nous avons commencé à travailler avec le CEA. Nous avons obtenu deux contrats intéressants. L’un sur le site de Marcoule (Gard) avec un gros travail de caractérisation de l’unité de stockage des produits de fission. L’autre, à Cadarache (Bouches-du-Rhône) pour réaliser la caractérisation radiologique de l’ensemble du site.

Avant Fessenheim, il y a d’autres choses à faire.

 

Le démantèlement de Fessenheim est déjà un sujet d’intérêt pour vous ?

Non, pour l’instant, nous travaillons sur des sites plus petits. En France, il y a déjà vingt réacteurs à l’arrêt dont tous ceux de la filière graphite-gaz. Ils sont fermés et non démantelés. Avant Fessenheim, il y a d’autres choses à faire.

Quelle part de marché visez-vous ?

Le marché mondial est très important. Deux cents milliards d’euros au cours des vingt prochaines années avec 300 réacteurs de puissance ou expérimentaux à déconstruire, principalement en France, en Allemagne, au Japon, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Rien qu’en France, la Cour des comptes a chiffré à 32 milliards d’euros le coût de l’assainissement et du démantèlement des installations nucléaires. Ce sont des montants considérables. Nous visons, d’ici à trois à quatre ans, un chiffre d’affaires de quelques centaines de millions d’euros.

La France va vraisemblablement prolonger la durée de vie de ses réacteurs et donc repousser leur démantèlement. Est-ce un problème ?

Le fait que la France prolonge ses réacteurs n’empêche pas qu’il y a largement de quoi faire ailleurs pour expérimenter et mettre en place une nouvelle filière française du démantèlement.

Un des grands donneurs d’ordre sera EDF. La rivalité entre l’électricien et votre entreprise va-t-elle poser problème ?

Veolia et EDF travaillent déjà ensemble dans bien des domaines. Il ne faut pas confondre le désaccord entre les hommes et la logique industrielle de deux grands groupes. L’intérêt général avant tout !

Propos recueillis pas Ludovic Dupin

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