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L'Usine de l'Energie

Le PDG de Total justifie sa venue en Arabie saoudite malgré l'affaire Jamal Khashoggi

Simon Chodorge , , , ,

Publié le , mis à jour le 23/10/2018 À 07H57

[ACTUALISÉ] Le 22 octobre, le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a annoncé qu'il se rendrait au Future Investment Summit en Arabie saoudite. Les défections de l'événement se sont multipliées après la disparition du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi. Après avoir reconnu sa mort, le royaume pourrait voir certains de ses partenariats commerciaux menacés.

Le PDG de Total justifie sa venue en Arabie saoudite malgré l'affaire Jamal Khashoggi
Patrick Pouyanné, PDG de Total, a annoncé qu'il se rendrait au Future Investment Initiative en Arabie saoudite.
© L'Usine Nouvelle

Actualisation du 23 octobre : Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a annoncé le lundi 22 octobre qu'il participerait à la conférence sur les investissements prévue du 23 au 25 octobre à Riyad en Arabie saoudite. Plusieurs dirigeants d'entreprises et hauts responsables ont renoncé à se rendre au Future Investment Summit (FII) à la suite de la disparition du journaliste et opposant saoudien Jamal Khashoggi le 2 octobre dernier au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul (Turquie).

"Total n'a jamais été favorable aux mesures de sanctions et d'isolement, par exemple contre la Russie, l'Iran ou le Qatar, ni aux mesures de boycott. C'est la position que j'ai exprimée à plusieurs reprises et qui a été appliquée de manière constante : le groupe a toujours considéré préférable de maintenir avec ses pays partenaires un dialogue franc et exigeant, dans lequel nous rappelons nos valeurs", déclare Patrick Pouyanné dans un communiqué.

"Les politiques de boycott et de retrait de l’investissement ne font que pénaliser les populations. Par leur présence, les entreprises occidentales ont un rôle important à jouer en la matière. Je suis intimement persuadé que la politique de la « chaise vide » ne fait pas avancer les choses, notamment quand il s’agit du respect des droits de l’Homme", ajoute le dirigeant.

Début octobre, Total a annoncé la signature d'un accord avec Saudi Aramco pour lancer les études d'ingénierie en vue d'un gigantesque complexe pétrochimique à Jubail (Arabie Saoudite).

La crise diplomatique va-t-elle tourner aux sanctions commerciales pour l’Arabie saoudite ? Le jeudi 18 octobre, le ministre de l’Économie et des Finances a annoncé qu’il ne se rendrait pas au Future Investment Initiative qui doit se tenir à Riyad du 23 au 25 octobre. Bruno Le Maire se place ainsi dans le sillage de nombreux dirigeants qui ont annulé leur venue après la mort d’un journaliste de l’opposition saoudienne.

"Le président de la République l'a dit très clairement, les faits sont très graves", a déclaré le ministre français. "L'essentiel maintenant, c'est que toute la vérité, toute la lumière soit faite sur cette affaire", a-t-il ajouté.

L'Arabie saoudite reconnaît la mort de Jamal Khashoggi

Rappel des faits : Le 2 octobre, après s’être rendu au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul (Turquie), le journaliste saoudien Jamal Khashoggi disparaît. Initialement proche du pouvoir, l’auteur était exilé aux États-Unis depuis 2017 et critiquait régulièrement le prince héritier, Mohammed ben Salmane. Les conditions de sa disparition avaient renforcé la thèse d’un assassinat par les services secrets du royaume. Plusieurs médias turcs ont ainsi fait référence à un enregistrement où l’on entendrait le journaliste être interrogé, torturé, puis tué.

Après deux semaines de dénégation, Riyad a reconnu le 20 octobre la mort du journaliste à l'intérieur du consulat, tout en niant qu'il ait été torturé ou que son meurtre fut prémédité. Le 21 octobre, le ministre saoudien des Affaires étrangères a parlé de "terrible erreur" à la télévision américaine, d'une "opération non autorisée" par le royaume et dont le prince héritier n'était pas au courant. Une thèse contredite par plusieurs médias.

Les dirigeants de BNP Paribas, Société générale et du FMI annulent leur venue

Après l'annulation de plusieurs dirigeants américains, les Français ont été un peu plus lents à se manifester mais quelques uns ont fait savoir qu'ils ne se rendraient pas en Arabie saoudite pour l'événement consacré à l'investissement. Parmi eux, le président de BNP Paribas Jean Lemierre et le directeur général de Société générale Frédéric Oudéa ont annoncé qu’ils ne participeraient pas. Un peu plus tard, le 21 octobre, le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy a annoncé qu'il ne se rendrait pas dans le royaume, officiellement pour pouvoir participer à une réunion d'entreprises sur l'énergie avec le président Emmanuel Macron.

De la même manière, Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), a annoncé le report de son voyage au Moyen-Orient, alors qu’elle figurait dans les têtes d’affiche de l’événement. Depuis, le site internet du forum a retiré la liste de ses intervenants.

Selon cette liste, les entreprises Eurazeo et Thales font partie des Français attendus à Riyad. Celles-ci n’ont pas encore fait de commentaires sur leur participation.

SoftBank au coeur du tumulte

Côté étranger, le président exécutif de Ford, la directrice de la branche cloud de Google, le patron de Siemens et le PDG d’Uber ont annoncé leur retrait. Richard Branson, le fondateur du groupe Virgin et milliardaire britannique, est allé jusqu’à annoncer l’interruption de ses projets avec le royaume. Selon le Financial Times, l’Arabie saoudite aurait décidé de répliquer en se retirant d’un accord sur le Virgin Hyperloop qui devait être conclu lors du Future Investment Initiative.

Le japonais SoftBank Group est aussi au coeur du tumulte. Son fonds Vision Fund est financé pour près de moitié par l’Arabie saoudite. Doté de près de 100 milliards de dollars (86,4 milliards d'euros), il s’agirait aussi du plus grand fonds d'investissement technologique au monde. Le lundi 15 octobre, SoftBank Groupe chutait de 7,27% en Bourse, ce qui a porté à près de 20% le recul subi par le titre en deux semaines.

Les liens entre le conglomérat et le royaume saoudien s'étendent au-delà de Visio. SoftBank et l'Arabie saoudite ont annoncé en mars qu'ils projetaient de construire la plus grande ferme solaire du monde. Riyad a aussi nommé Masayoshi Son, le fondateur et PDG de SoftBank, conseiller pour son projet de ville futuriste high-tech Neom et a annoncé en octobre 2017 qu'il envisageait de vendre une part importante de la compagnie Saudi Electricity au fonds Vision.

“Riyad et l'Arabie saoudite sont des partenaires stratégiques"

Organisé par le fonds souverain saoudien (PIF), le Future Investment Initiative est terni par ces annulations. La défection générale risque aussi d’accentuer la pression sur le prince héritier. À 33 ans, Mohammed ben Salmane pilote les réformes économiques du royaume et ses investissements technologiques.

Est-ce que cette crise diplomatique risque néanmoins de compromettre les partenariats commerciaux entre la France et l’Arabie saoudite ? Cela n’est pas certain, surtout si le mystère venait à perdurer sur le rôle de Mohammed ben Salmane dans la mort du journaliste. Bruno Le Maire est d’ailleurs resté mesuré dans son intervention sur LCP : “Riyad et l'Arabie saoudite sont des partenaires stratégiques pour la France, à bien des titres. Ça ne remet pas en cause ce partenariat stratégique."

Simon Chodorge, avec Reuters.

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