COP21

Le PDG de Saint-Gobain, Pierre-André de Chalendar, publie sa profession de foi climatique

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PDG de Saint-Gobain et président d’Entreprises pour l’environnement, Pierre-André de Chalendar vient de publier "Notre combat pour le climat" (Le Passeur Editeur, 152 pages). Il détaille dans ce livre sa profession de foi, résumée par le sous-titre : "Un monde décarboné et en croissance, c’est possible". Un avenir qui passe par les entreprises.

Photo Pascal Guittet

A la veille de la COP21, Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain, lance un avertissement : "Les Etats ne tiendront leurs objectifs qu’avec la participation pleine et entière des entreprises." Dans son livre "Notre combat pour le climat" publié au Passeur Editeur, le dirigeant pointe la place centrale des entreprises et en particulier de l’industrie dans les nécessaires efforts pour maintenir le réchauffement climatique sous les 2°C. Avec pour corollaire qu’il faut donner aux entreprises les moyens d’agir.

Si Pierre-André de Chalendar reconnaît que "les entreprises (essentiellement industrielles et productrices d’énergie) représentent environ 50% des émissions globales de gaz à effet de serre", il ne cache pas son agacement : "les premiers émetteurs de gaz à effet de serre, ce sont les entreprises… C’est à elles d’agir en priorité… Combien de fois n’avons-nous pas entendu cette assertion de la part des gouvernements, des institutions internationales et des ONG !"

Il refuse l’image d’une industrie comme "mal nécessaire" et, face à "l’utopie mortifère" des "plus extrémistes des défenseurs de la nature" qui considèrent "qu’un monde sans industrie serait paisible", le dirigeant assène ses convictions : "L’industrie, c’est la vie." Et c’est l’avenir : "Le monde de demain aura toujours besoin de davantage d’énergie, d’acier, d’aluminium, de matériaux de construction, d’automobiles, de chimie, de machines, de tubes et de câbles."

Pas question de décroissance

On l’aura compris, il n’est pas question de décroissance pour Pierre-André de Chalendar, qui mise sur le progrès technologique pour transformer les activités industrielles et les mettre au service d’une économie décarbonée et en croissance. L’optimisme est louable. Et naturel pour le chef d’entreprise, qui concède qu’"il est rare que l’entreprise se situe dans la perspective de la fin du monde" et pour qui "les crises sont faites pour être surmontées et […] peuvent se transformer en facteur de progrès". Le dirigeant reste là forcément dans le registre de la profession de foi.

Dénonçant "une nouvelle hystérie antientreprises [qui] se propage, leur contestant le droit de s’associer aux négociations sur le climat", le PDG se félicite au contraire de leur reconnaissance. "Il y a quelques années, les entreprises étaient considérées comme la source du problème plutôt que la solution. Cette situation s’est aujourd’hui inversée." Une avancée que le dirigeant explique par la "mobilisation" des entreprises : "Depuis des années, elles se sont engagées dans des investissements lourds pour diminuer leur empreinte carbone." Plus encore, dans les pays industrialisés, elles mènent "à un rythme accéléré" la décarbonation de leurs activités.

"Il est donc plus que temps que leur point de vue soit mieux entendu", en conclut-il. La foi peut enjoliver la réalité à en croire une étude réalisée avec Accenture par l’ONG britannique CDP sur une centaine d’entreprises françaises dont près de la totalité du CAC40. Sur tout l’échantillon, EDF, Veolia et Engie (ex-GDF Suez) ont pratiquement été les seuls à réduire leurs émissions de CO2 en 2015, les autres les ont augmentées. Le rapport pointe aussi que seuls 4% d’entre elles ont des objectifs allant au-delà de 2020.

Aveu d’impuissance

Le PDG de Saint-Gobain (qui fait partie de ces 4% avec un objectif à 2025 de 20% de réduction) idéalise peut-être parfois ses homologues, mais il ne fait pas mystère de leur impératif premier : "Toutes les entreprises connaissent parfaitement les dangers [du réchauffement climatique] mais savent aussi que réduire les émissions de gaz à effet de serre risque de dégrader leur compétitivité globale", pointe le dirigeant, qui corrèle le comportement vertueux de l’Europe en matière de CO2 et sa désindustrialisation au profit des pays émergents. Son constat - les entreprises "arrivent à la limite de ce qu’elles peuvent faire seules. Elles ont besoin de stratégies de long terme" - sonne comme un aveu d’impuissance pour des entreprises au cœur d’un système économique qu’il défend pourtant avec force.

Reste que miser sur les entreprises, et en particulier les grandes, pour lutter contre le réchauffement climatique - comme semblent le faire l’ONU et les Etats - implique de jouer avec leurs règles. Et de les entendre. Pierre-André de Chalendar s’en fait leur porte-parole quand il énumère : "Les seules exigences des entreprises européennes, c’est que la transition énergétique n’affecte pas leur compétitivité, qu’elle ne crée pas d’écarts de concurrence insupportables avec celles des autres grandes zones économiques, qu’un signe clair soit donné sur le prix du carbone, et que l’on se situe toujours dans une logique de croissance." Un cahier des charges précis pour la COP21.

Manuel Moragues

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