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L'Usine Maroc

Le patronat marocain s’alarme de la "désindustrialisation" du royaume

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A l'occasion d'une rencontre avec le nouveau ministre de l'Industrie, le patronat marocain a exprimé son "inquiétude" sur le devenir de l'industrie du Maroc dont la part dans le PIB a chuté de 2 points depuis 2005. Il demande un plan d'urgence comprenant notamment des mesures de protection des entreprises nationales.

Le patronat marocain s’alarme de la désindustrialisation du royaume
La rencontre le 13 novembre entre la présidente de la CGEM et les ministres
© dr

Alerte ! c’est le message de la CGEM, le patronat marocain à propos de l’industrie. En pleine discussion de la loi de finance 2014, et alors que le nouveau ministre de l’Industrie, du commerce, de l’investissement et de l’économie numérique Moulay Hafid Elalamy n’est en poste que depuis quelques semaines, Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc a tiré la sonnette d’alarme, auprès d’un ministre… qui fut lui-même patron des patrons marocains de 2006 à 2009 et figure du monde des affaires et de l'entrepreneuriat dans le pays.

Moulay Hafid Elalamy nommé début octobre à l'occasion d'un changement de coalition gouvernementale s’est rendu mercredi 13 novembre au siège de la Confédération à Casablanca pour écouter les doléances des chefs d'entreprises accompagné de Mohamed Abbou, ministre délégué au Commerce extérieur et Mamoun Bouhadhoud, ministre délégué en charge des petites entreprises et de l'intégration du secteur informel.

La CGEM leur a demandé "un plan d’urgence pour l’industrie marocaine, source de création d’emplois et de valeur ajoutée pérenne".

Miriem Bensalah-Chaqroun, citée par communiqué a fait part  de "l’inquiétude que suscite la dégradation du secteur de l’industrie, qui fournit 2,2 millions de postes de travail, soit 21% des emplois du pays. Depuis 2009, l’industrie perd 25 000 emplois par an". Selon elle, l'industrie "contribue aujourd’hui à moins de 15% du PIB alors que sa part était de 17% en 2005".
Pour un peu, on se croirait dans un débat à Paris…

Que ce soit pour le marché intérieur ou l’exportation, l’industrie, rappelle la CGEM est une "source de stabilité économique et sociale et un rempart contre la dégradation de la balance commerciale".

DEFICIT COMMERCIAL

Le problème ? En 2012, le Maroc a déploré un déficit commercial record de 201 milliards de dirhams (17,99 milliards d'euros), soit un taux de couverture des importations de 47,8%. Sur les 9 premiers mois de 2013, ce déficit s’est encore élevé à 147 milliards de dirhams.

La dépendance aux hydrocarbures importés explique pour partie ces mauvais résultats, mais les analyses internationales du FMI ou de banques comme Natixis pointent régulièrement le manque de compétitivité de l’économie intérieure marocaine.

Celle-ci tourne à deux vitesses, avec d’un côté un fort développement des activités liées aux investissements directs étrangers comme ceux de Renault à Tanger ou Safran et bientôt Bombardier à Casablanca et de l’autre un marché intérieur sur lequel les entreprises du cru sont à la peine. Ce qu’illustre la morosité dans le secteur du bâtiment ou les difficultés actuelles du sidérurgiste Maghreb Steel.

Dans un interview à L'Usine Nouvelle, début septembre Abdelhamid Souiri, patron de la Fédération de la métallurgie (FIMME) indiquait ainsi : "nos coûts de revient dans ce secteur sont trop élevés. Si la conjoncture est bonne, les industriels marocains parviennent à vendre leurs produits, mais lorsqu’elle est moins porteuse, les acheteurs rechignent sur les prix et vont voir ailleurs".

Comment lutter contre ce bulletin de santé médiocre ? Miriem Bensalah-Chaqroun propose plusieurs leviers d’action pour "réindustrialiser" le Maroc, entre autres : "se doter d’une véritable stratégie industrielle, combattre la concurrence déloyale, matérialisée par l’informel, et le manque de normes».

PLAN NATIONAL

En creux, cela signifie que la logique du Plan national pour l'émergence industrielle, lancé en 2009 et pierre angulaire de la stratégie industrielle du royaume ayant survécu à l'alternance islamiste de fin 2011 ne suffit plus même s'il constitue un fort élément d'attractivité auprès des investisseurs internationaux pour un pays qui n'avait pas jusque là de tradition dans le manufacturing.

Le PIB marocain s'élevera en 2013 à 104,8 milliards de dollars, selon le FMI, soit 3250 dollars per capita par an (environ dix fois moins que la moyenne européenne). En forte reprise, la croissance devrait être de 5,1% cette année, du fait d'une bonne récolte agricole puis 3,8% en 2014. Les deux points noirs de l'économie du royaume sont d’abord les échanges extérieurs avec un déficit courant de 7,2% du PIB cette année, selon le FMI, compensé notamment par l'important afflux d'investissements étrangers et ensuite le déficit public. Celui-ci devrait se chiffrer sur 2013 à 5,5% (contre plus de 7% en 2012), selon Bank Al Maghrib, la banque centrale. Pour cela malgé de fortes attentes sociales, le projet de loi de finances 2014 discuté à la Chambre des représentants n’est guère expansif....

Autre "combat" de la CGEM : intégrer l’industrie dans tous les chantiers de développement économique grâce à une "véritable stratégie de compensation industrielle".

En clair, il s’agirait de réserver une part importante des contrats aux industriels marocains notamment dans les grands chantiers publics qui émaillent le royaume depuis une dizaine d'années dans l’énergie (éolien, centrales à charbon ou solaire…), les infrastructures (ports) ou les transports (tramway, LGV). De contrats souvent emportés par des entreprises françaises telles Gdf-Suez, Alstom ou Edf, espagnoles comme Acciona ou encore saoudienne comme Acwa.

Le nouveau code des marchés publics qui doit être publié d’ici à début 2014 fait explicitement référence à cette problématique de sourcing local. Même si les conditions de son application ne sont pas encore très claires.

Mercredi, les administrateurs de la CGEM sont donc intervenus auprès des ministres "sur la question des champions nationaux, de la préférence nationale dans la commande publique, de la problématique des délais de paiements et de la régionalisation des stratégies industrielles. Ils ont également insisté sur l’implication des autres départements ministériels, tels l’Intérieur, l’Emploi et la Formation Professionnelle dans l’opérationnalisation des différentes mesures à entreprendre", indique le communiqué de la CGEM.

LE MINISTRE DE L INDUSTRIE APPROUVE

Et le ministre de l'Industrie ? Moulay Hafid Elalamy s'est dit totalement en phase avec ces points, selon la CGEM. Promettant de "définir, de manière concertée avec la CGEM, les contours du renouveau industriel et à y intégrer la compensation industrielle comme vecteur de croissance". Le ministre a par ailleurs fortement mis l’accent sur l'importance des investissements directs étrangers pour le développement économique du pays.

Alors que le Maroc a conclu au fil des ans une demi douzaine accords de libre-échange majeurs, Mohamed Abbou, ministre du Commerce Extérieur s'est dit "disposé à opérer une évaluation approfondie" de ces accords "et à faire jouer pleinement les mécanismes de défense commerciale dans le cadre de ce que prévoient les règles de l'OMC".

Un sujet brûlant puisque le sidérurgiste Maghreb Steel explique par exemple ses difficultés actuelles par les pratiques, selon lui de dumping à l'importation de géants comme ArcelorMittal ou Tata Steel. Ce en quoi l'Etat vient de lui donner en partie raison et s'apprête à imposer des droits anti-dumping.

Au final, voilà là donc pour le nouveau ministre de l'IndustrIe, lui même propriétaire du grand groupe privé Saham, une sérieuse entrée en matière. D'autant qu'à Rabat tout comme à Paris, l'heure est à la rigueur. Après l'annulation de 15 milliards de dirhams d'investissements publics en mars dernier, un nouveau coup de rabot de 10 milliards serait à l'ordre du jour, selon Reuters pour tenir les objectifs de déficit public, soit 5,5% sur 2013.

Pierre-Olivier Rouaud

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