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L'Usine Santé

Le patron du Leem exige "un nouveau Conseil stratégique des industries de santé pour travailler avec l'Etat"

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Entretien En 2014, l’industrie pharmaceutique a souffert, multipliant les plans sociaux en France. Patrick Errard , président du Leem, le syndicat du secteur, et directeur général de la filiale française japonais Astellas Pharma, confie à L’Usine Nouvelle les enjeux qui l’attendent.

Le patron du Leem exige un nouveau Conseil stratégique des industries de santé pour travailler avec l'Etat © Leem.org

L’Usine Nouvelle - 2014 a été une année difficile pour la pharmacie, toujours en récession. Etes-vous plus optimiste pour 2015 ?

Patrick Errard - L’année dernière a été difficile pour le pays, pour notre système de soins, et donc aussi pour l’industrie du médicament. Comme nous sommes traditionnellement une variable d’ajustement de la situation déficitaire des comptes sociaux, nous avons été particulièrement touchés par les mesures d’économies souhaitées par le gouvernement. Je suis un optimisme, mais dans l’action. Or notre pays a besoin d’une politique de régulation économique et de réformes structurelles profondes.

Le Leem poursuit ses réformes internes

Après avoir initié l’an dernier une gouvernance plus resserrée et plus représentative des différents typologies de laboratoires pharmaceutiques (génériques, médicaments non remboursables, PME…), le syndicat du secteur, le Leem, promet de nouveaux changements. Plus de transversalité dans les expertises, des commissions au rôle renforcé, une ouverture accrue avec la Bourse de l’emploi et l’Observatoire des nouveaux métiers… Il s’offrira aussi un nouveau siège, en regroupant toutes ses équipes porte Maillot, à Paris.

Allez-vous mettre fin à la politique de la chaise vide dans les discussions avec le gouvernement, que le G5 jugeait contre-productive ?

Je m’insurge contre cette idée, car nous n’avons jamais interrompu le dialogue avec l’Etat. Nous avons interrompu les travaux du Conseil stratégique des industries de santé (CSIS) car il y avait une contradiction entre une contribution sans précédent à des économies de court terme destructrices pour notre industrie et l’idée de faire de notre secteur un enjeu stratégique pour l’attractivité de la France.

Dans ce cas, comment comptez-vous échanger avec l’Etat?

Nous souhaitons avoir un outil de dialogue stratégique, qui donne une vision moyen-long terme et de la visibilité. Lors de sa création en 2004, le CSIS était un conseil stratégique sous l’égide du Premier Ministre visant à fixer les quelques orientations qui fondent un pacte gagnant-gagnant. Au fur et à mesure, c’est devenu un catalogue de mesures dont on peut se poser la question de la portée. Nous voulons un nouveau CSIS qui nous permette de prendre conjointement avec l’Etat des mesures simples, efficaces et implémentables, articulées autour de trois enjeux stratégiques.

Quels sont ces enjeux ?

Relever trois types de défis. Un défi autour de l’innovation et de la manière dont notre pays entend garantir au patient un accès rapide et égalitaire au médicament innovant. Un défi autour de l’efficience des technologies de santé. Je pense en effet que le médicament de demain n’est plus un médicament isolé, il est le compagnon d’un ensemble de technologies qui peuvent toucher à la télémédecine, aux biomarqueurs, à la prévention... Il faut donner à notre système de soins les capacités de restituer l’efficience de ces innovations dans un paradigme qui ne soit plus comptable. Le troisième enjeu est l’attractivité du pays, tant dans le domaine de la production que de la recherche clinique et de l’expertise scientifique.

Les plans sociaux se poursuivent dans la pharmacie, qui est repassée sous la barre des 100 000 salariés. Comment sauver la production ?

C’est un sujet prioritaire, mais qui répond en France à deux situations très différentes. D’un côté, il faut faire tout ce qui est possible pour préserver le tissu industriel existant. Ce tissu s’appuie essentiellement sur la production de médicaments de chimie traditionnelle : des médicaments plutôt matures voire des génériques à prix bas et aux marges de plus en plus réduites. Le sujet est alors notre compétitivité relative par rapport à nos pays voisins. Il pose les questions des marges par rapport aux normes écologiques, de sécurité, de qualité, qui guident la fabrication en France.

D’un autre côté, comment attirer les nouvelles productions de biomédicaments et biosimilaires, ces produits issus du vivant ? Ce sont les industries de demain, mais elles obéissent à des règles qui ne sont pas du tout les mêmes ! L’enjeu est différent, c’est la question de l’attractivité : donner de la stabilité et de la lisibilité sur les prix, de l’accès à l’innovation rapidement, protéger les brevets... Dans un cas comme dans l’autre, le sujet de la compétitivité fiscale reste un point de discussion majeur.

Que vous inspire le système fixé par le gouvernement sur les traitements de l’Hépatite C ?

Nous avons une politique conventionnelle avec le Comité économique des produits de santé (CEPS) pour fixer le prix des médicaments. L’arrivée d’une innovation de rupture dans le traitement de l’hépatite C a clairement montré les limites de la régulation et du financement de ce type de produit. Je veux bien admettre que devant l’urgence de la situation il était nécessaire de fixer une règle spécifique, mais j’espère que ce type d’intervention ne sera qu’exceptionnel. Notre contrat cadre avec le CEPS, fixé pour trois ans, vient à expiration en décembre. Dès le printemps, nous allons travailler à la refonte de cet accord afin d’inclure un certain nombre de mesures qui permettront de résoudre la question clé de l’accès à l’innovation dans un cadre qui soit juste et lisible pour tous.

Quatre ans après l’affaire Mediator, la confiance est-elle rétablie entre l’industrie pharmaceutique et le grand public ?

Je pense qu’elle n’a jamais été perdue. Selon nos enquêtes, les gens croient en leur médecin, en leurs hôpitaux, en la capacité des médicaments à les soigner lorsqu’ils sont malades, et au potentiel de l’innovation comme le montre par exemple le succès du Téléthon... Mais il y a une rupture de continuité entre ce que nous émettons et ce qui est reçu. C’est là où l’on retrouve des politiques, des médias, certaines associations de patients ou professionnels de santé qui émettent des doutes sur quelques sujets. Je suis ouvert à la discussion : s’il y a des failles, c’est à nous de les corriger, c’est le principe même de la déontologie. Il faut que nous soyons factuels dans notre façon de dire les choses, sans déni, mais les médias doivent combattre la tentation du sensationnel.

La loi oblige désormais à publier les liens d’intérêt entre les laboratoires et les médecins. Ne pouvez-vous pas encore faire des efforts dans la transparence?

Les industriels du médicament détiennent le record absolu de la régulation en matière de transparence ! La transparence des liens d’intérêt n’est qu’un exemple : il y a aussi le système d’évaluation du médicament, la pharmacovigilance, les règles protégeant les lanceurs d’alerte, la création de notre propre comité de déontologie, le Codeem... Le paradoxe, c’est qu’il n’y a pas de proportionnalité entre l’effort que nous portons et le résultat perçu. C’est sans doute lié à un manque de pédagogie de notre part. La société civile comprend difficilement les arcanes du système et peut la juger opaque, à tort. 

La santé, tout comme l’agroalimentaire, est un secteur sensible où une étincelle met très vite le feu à un baril de poudre. Ceci doit nous rendre encore plus exigeants en matière de déontologie.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

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