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Le patron de Mitsubishi Heavy Industries dévoile sa vision d’un Alstom partiellement "japonisé"

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Shunichi Miyanaga, le PDG de MHI, a présenté devant la presse, ce mardi 17 juin, avec le patron de Siemens son offre pour Alstom. L’occasion pour le japonais, d’afficher sa vision à long terme pour l’alliance qu’il propose et d’éclaircir la façon dont le français pourrait se passer de ses turbines à gaz après les avoir cédées à Siemens.

Le patron de Mitsubishi Heavy Industries dévoile sa vision d’un Alstom partiellement japonisé © Astrid Gouzik - L'Usine Nouvelle

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"Intégrité, long terme et harmonie". C’est par ce résumé de la philosophie affichée dans son entreprise que Shunichi Miyanaga, le patron de Mitsubishi Heavy Industries, a conclu la conférence de presse de ce mardi 17 juin. MHI et Siemens ont présenté leur offre pour Alstom. Le duo a fonctionné sur l’estrade. Joe Kaeser, le PDG de Siemens, s’est montré offensif et a insisté sur la "supériorité" de leur offre qui valorise, selon lui, l’énergie d’Alstom de 1,9 milliard d’euros de plus que celle de General Electric et promet 2 000 emplois et apprentis contre 1 000 emplois pour l’américain. Le japonais, de son côté, a mis en avant la manière "à la japonaise, en douceur" avec laquelle MHI entendait procéder avec Alstom.

Pour Shunichi Miyanaga, la part de 10% qu’il propose de prendre dans le capital d’Alstom, est une façon "de montrer qu’on est là pour soutenir Alstom sur le long terme". Dans cette optique, le dirigeant estime qu’il serait "très utile" que l’Etat prenne aussi une participation dans Alstom. "J’espère que le gouvernement investira", a-t-il ainsi déclaré. Le Japonais s’est montré soucieux de ne pas effrayer des Français attachés à leur fleuron de l’énergie et du rail : "Nous proposons d’être actionnaire minoritaire car nous souhaitons qu’Alstom reste indépendant et français." Et d’insister, à propos d’Alstom et des filiales dans la vapeur, les réseaux et l’hydroélectricité, dont il prendrait des participations minoritaires : "La gouvernance sera le fait d’Alstom."

Les turbines à gaz de MHPS remplaceraient celles d’Alstom

Le PDG de MHI a précisé ses plans pour ces activités. "Nous voulons développer des synergies profitables aux deux entreprises", a résumé le dirigeant. Et d’abord pour le cœur d’Alstom, le thermique. C’est la coentreprise MHI-Hitachi, MHPS, opérationnelle depuis février et dont MHI détient 65%, qui prendra 40% des turbines à vapeur d’Alstom, a-t-il précisé. Pourquoi laisser Siemens amputer Alstom de ses turbines à gaz ? "Nous sommes très fiers de notre technologie dans le gaz, nous voulons continuer à la développer et à la diffuser, a répondu le dirigeant. La collaboration d’Alstom est essentielle pour cela. C’est commode pour nous que Siemens joue le rôle qu’il joue."

Les turbines à gaz de l’alliance MHI-Alstom, ce seraient donc celles du japonais, qui veut être présent en Europe quand le marché repartira. Reste que la séparation des activités d’Alstom dans le gaz et la vapeur ne serait pas simple, tant ces activités sont imbriquées dans les usines d’Alstom et dans les services de maintenance/modernisation que propose le français. Elles sont aussi naturellement liées dans les centrales à cycle combiné, où une turbine vapeur est couplée à une turbine à gaz. Avec son haut rendement, ce type de centrales devient la norme dans le gaz, notamment en Europe. Le japonais a prévu que la diffusion de ses technologies dans le gaz chez Alstom prendrait quelques années. En attendant, MHI et Siemens se sont mis d’accord pour que l’allemand et ses turbines à gaz soutiennent Alstom dans cette phase de transition.

Pour les turbines à vapeur de plus forte puissance d’Alstom pour le charbon et le nucléaire, comme pour les équipements du français dans l’hydroélectricité et les réseaux, Shunichi Miyanaga a exprimé son souhait de les introduire au Japon et plus généralement en Asie, notamment à travers les projets financés par des fonds japonais à l’export. Il s’est aussi prévalu d’un rang de numéro un mondial dans les centrales clés en mains, secteur qui soutiendrait l’activité d’Alstom.

Le Japonais espère séduire le gouvernement et les syndicats comme pour dissiper les doutes quant à sa collaboration avec Alstom alors que MHPS et le français resteront concurrents dans la vapeur. Pas sûr que cela suffise. C’est d’abord Patrick Kron et le conseil d’administration d’Alstom que "l’harmonie" japonaise devra convaincre.

Manuel Moragues

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1 commentaire

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17/06/2014 - 21h04 -

Et bien Mr Montebourg doit être fier de lui, on arrive à un dépeçage de la bête encore vivante, avec des Chinois au lieu des Américains ! Et la France dans tout ça ? Alstom est perdue, comme tant d’autres par le passé, et d’autres à venir… Nos entreprises sont sous capitalisées, quand allez-vous comprendre ça, bande d’ignares du gouvernement ?
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