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Le pari de l'explosion des services sur les mobiles

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Dossier Le marché de la téléphonie mobile s'enfièvre. L'OPE hostile tentée par Vodafone sur Mannesmann le prouve. A l'origine de cette spéculation, le pari que le mobile sera le vecteur privilégié d'accès aux services Internet.

Le pari de l'explosion des services sur les mobiles

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D'un côté, des téléphones mobiles bradés à 1 franc et des minutes de communication gratuites le week-end ; de l'autre, une OPE évaluée à 813 milliards de francs pour s'emparer du leader européen de la téléphonie mobile. Au centre, le client, enjeu de toutes les batailles commerciales que se livrent les opérateurs, mais aussi de toutes les enchères boursières, l'abonné étant valorisé 50 000 francs dans le cas de l'offre du britannique Vodafone sur l'allemand Mannesmann ! Pourquoi donc toute cette spéculation ? La forte envolée du nombre d'adeptes au téléphone mobile ne saurait l'expliquer ! Elle repose en fait sur un pari : le mobile devrait être demain bien plus qu'un simple téléphone. Il devrait permettre de consulter ses e-mails ou son compte en banque, de recevoir des informations ou des images, d'acheter ou de boursicoter en ligne... Reste à savoir à quelle vitesse le téléphone mobile va basculer dans l'ère de l'Internet mobile. Selon Pierre Bardon, directeur général de SFR, qui s'exprimait à l'occasion des Journées de l'Idate, organisées à Montpellier, " les grands mouvements financiers actuels, qui visent à faire émerger quelques grands acteurs des télécommunications européens, risquent d'accélérer le passage à la téléphonie mobile de troisième génération. " Jusqu'à présent, ce sont les équipementiers qui ont joué un rôle moteur. En effet, bien que la croissance du marché continue à dépasser toutes les espérances - la barre du milliard d'abonnés mobiles devrait être franchie en 2003 -, ils se sont très tôt interrogés sur le successeur du téléphone mobile GSM. L'idée, avec la troisième génération, étant d'ouvrir les réseaux mobiles au transport des données. La ruée pour contrôler l'ouverture sur Internet Leur intérêt se comprend aisément. Les fabricants de terminaux, Nokia, Ericsson et Motorola en tête, envisagent d'étendre leurs prérogatives. Du simple téléphone miniaturisé à l'ordinateur de poche, en passant par la montre, toute une gamme d'outils de communication personnelle mobiles sont à l'étude. Mieux. Ils devraient être un moyen d'accès privilégié à Internet. Pourquoi, dès lors, ne pas tenter de profiter de l'avantage que procure le contrôle de l'écran qui s'affiche sous les yeux des clients ? Laurent Samama, directeur général de Nokia France, le reconnaît : " On peut avoir toutes les tentations, on essaie de voir comment chacun se positionne dans la chaîne de la valeur avant de se décider. " Cette tentation d'aller vers les services est aussi au coeur des préoccupations des fournisseurs d'équipement de réseaux. Même si la perspective d'installer une nouvelle couverture de réseau radio est alléchante, l'envie de croquer dans le marché des services les titille. Mais ces ambitions ne vont pas sans susciter des contre-attaques. La remise en cause de l'hégémonie du PC comme porte d'entrée sur Internet ne laisse pas les acteurs de l'informatique indifférents. Bill Gates est déjà monté au créneau. Il tente d'imposer son logiciel Windows CE dans le coeur des mobiles du futur. Le bras de fer est engagé avec le camp adverse dirigé par Nokia, Ericsson, Motorola et Matsushita, qui ont choisi de s'allier au britannique Psion pour promouvoir son système d'exploitation, Epoc. Le récent accord signé entre Nokia et 3Com pour profiter de l'environnement applicatif du Palm vise à renforcer la plate-forme. Accords et alliances se multiplient dans cette guerre de position. Les opérateurs mobiles voient cette remise en cause de leurs investissements d'un oeil plus méfiant. " Situés à l'extrémité de la chaîne, ils se retrouvent seuls à prendre le risque ", commente Hans-Eckhard Krueger, directeur de T-Mobil. Or, comme le souligne Martin Bouygues, " le déploiement d'un réseau UMTS en France nécessiterait un investissement de 20 à 40 milliards de francs. " Il reste en tout cas peu de temps aux opérateurs pour peaufiner leur modèle économique. Selon le calendrier très serré fixé par Bruxelles, les réseaux UMTS devraient en effet s'ouvrir commercialement en 2002. Les expériences pilotes se multiplient Mais de nombreuses incertitudes demeurent. En particulier, la réponse des consommateurs à cet avenir de services mobiles tous azimuts. La plupart des opérateurs, limités par les capacités de leur réseau et engagés dans une course folle à l'abonné, n'ont guère eu le loisir de tester la réceptivité de leurs clients. Seuls quelques-uns ont déjà mené des expériences pilotes. C'est le cas du japonais NTT DoCoMo, qui envisage de basculer vers la troisième génération de téléphonie mobile dès 2001. Il a lancé au début de l'année une offre de services Internet mobiles très agressive, qui a déjà séduit 2 millions de clients. En Finlande, où le taux de pénétration de la téléphonie mobile dépasse les 60 %, l'opérateur Sonera réalise déjà 7 % de son chiffre d'affaires avec les services de données - la majorité des revenus provient du succès des services d'envoi de messages courts (SMS). Les services SMS sont ainsi en train de s'imposer partout en Europe. " L'envoi de mini-messages entre les abonnés des trois opérateurs français est imminent ", souligne Arnaud Jagoda, responsable des services de France Télécom Mobiles. Plus sophistiqués, les services Wap, qui donnent accès à une version allégée, voire squelettique du Web, sont également en préparation chez la plupart des opérateurs en Europe. SFR en a lancé une version en mai avec Alcatel, mais il s'agissait plutôt d'un coup de marketing. France Télécom commercialise à son tour une offre Wap en cette fin d'année. Mais la plupart des opérateurs se plaignent des retards des industriels. Nokia a dû reporter la mise sur le marché du 7110. Et les infrastructures GPRS, qui devraient accélérer le déploiement de services de données sur les réseaux GSM existants, ne sont pas encore au point. Au-delà des tests des plates-formes technologiques, les opérateurs s'interrogent aussi sur les contenus à proposer et les revenus qu'ils pourront générer. De même que Vivendi travaille, avec Canal Plus et Havas, à la définition de portails, Bouygues Telecom collabore avec TF1 et commercialise déjà le service Scoop, qui permet de recevoir régulièrement des informations thématiques (sport, " news "...). Chacun a également en ligne de mire le commerce électronique. Mais il faudra alors compter avec les banques. France Télécom a lancé une expérimentation, Iti Achat. Et Bouygues Telecom s'est associé à Sagem et aux Banques populaires. Aujourd'hui, les opérateurs créent des bouquets de services propriétaires en s'adressant à des partenaires privilégiés, avec l'idée de fidéliser leurs clients et d'accroître leurs revenus. Demain, l'irruption d'Internet contribuera à ouvrir l'accès au téléphone mobile à des plates-formes de services concurrentes. Les opérateurs risquent-ils de perdre le contrôle de l'abonné si convoité ? La guerre des portails mobiles ne fait que commencer. Les enjeux de l'internet mobile Pour les équipementiers Les opportunités Vendre une gamme de nouveaux terminaux Vendre des infrastructures de réseau Obtenir des revenus liés aux services Les risques Concurrence des acteurs de l'informatique Microsoft veut imposer Windows CE Pour les opérateurs Les opportunités Accroître le volume des communications Fidéliser les clients Obtenir des revenus liés aux services Les risques Perdre le contrôle exclusif du client Etre confronté à la concurrence d'autres portails mobiles Virgin invente l'opérateur mobile virtuel Richard Branson n'a pas failli à sa réputation de provocateur en se lançant dans une nouvelle aventure : celle de la téléphonie mobile. Le cinquième opérateur de téléphonie mobile britannique, tel qu'il se définit, se singularise d'emblée. Pas question pour lui d'investir des milliards de livres dans un réseau. L'idée : capitaliser sur son point fort, la marque, pour séduire les clients. Véritable opérateur de services, il s'appuie sur le réseau de l'opérateur One 2 One avec lequel il a signé un accord. Dans un premier temps, Virgin se lance dans la bataille avec des offres de téléphonie mobile prépayées. Mais ce que Richard Branson inaugure est bien une nouvelle ère où des sociétés qui ont une marque forte vont tenter de la valoriser auprès des adeptes du portable. Que ce soit en vendant des minutes de communication téléphonique, en développant des services ou des offres de commerce électronique. L'opérateur virtuel est né...

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