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L'Usine de l'Energie

Le paquebot EDF face à des vents contraires

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L’entreprise manque d’agilité pour naviguer dans la transition énergétique. Le salut passe par ses filiales, qui pourraient voguer seules.

Le paquebot EDF face à des vents contraires
EDF Énergies nouvelles a déjà installé plus de 10 gigawatts d’énergie solaire et éolienne dans le monde.

Un Titanic en pleine tempête énergétique. L’image en dit long sur les inquiétudes quant à l’avenir du deuxième producteur mondial d’électricité. Pourtant, EDF, qui s’est longtemps cru insubmersible, de l’aveu même de son actuel capitaine, Jean-Bernard Lévy, ne se résume pas à ce paquebot. Sous son pavillon français, navigue un groupe international de près de 170 000 personnes – dont près de 100 000 dans l’Hexagone –, qui a réalisé 71,2?milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2016. Le navire fait face, depuis des années, à des vents contraires et affiche des paramètres de navigation instables. Peut-il sombrer ? Son armateur, l’État français, qui détient 84,3 % du capital, ne le permettra pas. EDF produit 83 % de l’électricité consommée en France et gère 71 % des capacités de production. Est-il pour autant armé pour affronter la transition énergétique et les tempêtes à répétition qui l’accompagnent, comme la déferlante des énergies ­renouvelables (EnR), les cours bas de l’énergie, les réglementations européennes, la stagnation voire la baisse des consommations en France, sans parler du recul de la production d’électricité d’origine nucléaire voulu par le gouvernement ?

Le vaisseau amiral, EDF SA, avec ses 63,13 gigawatts (GW) de puissance nucléaire et ses 20 GW d’hydraulique, tangue. Ancré dans le nucléaire, il aura bien du mal à changer de cap avant de nombreuses années. La décision d’investir 24?milliards d’euros dans la construction de deux réacteurs EPR à ­Hinkley Point, au Royaume-Uni, semble hasardeuse. Le rachat – sur ordre de l’État – de la division des réacteurs nucléaires d’Areva, rebaptisée de son ancien nom, Framatome, et la volonté de prolonger au-delà de quarante ans la durée de vie de ses centrales nucléaires limitent ses marges de manœuvre. Pire, EDF est freiné par les arrêts répétés et prolongés pour maintenance, rénovation et mise à niveau de la sûreté des 58 réacteurs français, qui plombent sa productivité et sa rentabilité. En 2016, le groupe a vu fondre son chiffre d’affaires de 5,1 %. En 2017, il a revu deux fois ses résultats à la baisse et il a encore réduit ses objectifs pour 2018. Toutes ces difficultés ne lui incombent pas. « EDF est confronté, comme les autres énergéticiens en Europe, à la baisse structurelle des prix de marché », observe Florian Ortega, responsable du collège énergie chez Colombus Consulting.

Une hémorragie de clients et une dette écrasante

Les prix de gros de l’électricité sur les marchés ont chuté en 2016, autour de 30?euros le mégawattheure (MWh). Ils ont remonté fin 2017 au-dessus de 40?euros. À peine de quoi couvrir le prix de l’Arenh (accès régulé à l’électricité nucléaire historique), fixé à 42?euros le mégawattheure, auquel EDF doit vendre près de 25 % de sa production nucléaire aux autres fournisseurs qui le souhaitent pour respecter l’ouverture à la concurrence. Une ouverture qui lui fait perdre en France près de 100 000 clients par mois. EDF n’a plus que 83 % de parts de marché dans le résidentiel et 65 % chez les professionnels. Et ses efforts pour enrayer cette chute inéluctable, comme la création de Sowee, une filiale destinée à la maison intelligente, ou la proposition d’une nouvelle offre verte, n’ont pas encore porté leurs fruits. « EDF va subir un effet ciseau dans les années qui viennent, entre une évolution du chiffre d’affaires défavorable et des dépenses et des coûts dynamiques, pour des raisons exogènes », prévient Frédéric Gonand, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine. La consommation électrique en France, stable depuis 2010 autour de 480 térawattheures (TWh), pourrait chuter à 442 voire 410 TWh en 2035, malgré l’arrivée de 5,5?millions de véhicules électriques, selon des scénarios prospectifs de Réseau de transport d’électricité (RTE).

Le développement des énergies renouvelables et de l’autoconsommation, synonymes de décentralisation de la production, nécessite de lourds investissements pour adapter les réseaux. « Le modèle d’EDF, qui consiste à produire dans de grandes centrales nucléaires beaucoup d’électricité peu chère, correspond de moins en moins à la réalité », juge ­Frédéric Gonand. EDF se heurte également au mur de sa dette qui s’élève, officiellement, à 34?milliards d’euros, mais que nombre d’observateurs évaluent à près de 100?milliards (avec les charges financières et du nucléaire). Une dette en partie due à la volonté de l’État actionnaire de limiter la hausse des prix de vente de l’électricité, explique-t-on en interne. Pour les analystes financiers, l’énergéticien devrait pouvoir assurer ses engagements. Il dispose de revenus réguliers fournis par le transport et la distri­bution d’électricité, via ses filiales RTE, dont il détient encore 50,1 %, et surtout Enedis (ex-ERDF), qui compte pour près de 25 % de son chiffre d’affaires. D’autres sont plus circonspects. « Il est possible que le groupe se trouve en difficulté pour faire face à ses engagements. Pour l’aider à passer le cap, l’un des scénarios crédibles passe par l’augmentation du prix de l’électricité », avance un observateur proche de l’entreprise.

EDF pourrait aussi être obligé de réévaluer ses provisions pour le démantèlement des centres nucléaires. Elles s’élèvent à 25?milliards d’euros, couverts par des actifs dédiés à hauteur de 105 % « Personne ne sait dire si elles suffiront. Et personne ne sait modéliser la sortie du nucléaire », assure un analyste financier. La fermeture de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin), prévue pour fin 2018, apportera un début de réponse. « Je ne crois pas au coût de 300?millions d’euros par réacteur calculé par EDF pour déconstruire, même s’il mise sur l’effet de série. Au niveau international, on se rapproche plutôt de 1 milliard par réacteur », indique Yves Marignac, le directeur de Wise-Paris et porte-parole de l’association Négawatt. L’énergéticien fait la sourde oreille et dit appliquer à la lettre les règles fixées par l’État et l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

De nouveaux marchés attisant les convoitises

EDF, toutefois, n’est pas seulement un producteur centralisé d’énergie nucléaire. C’est aussi une armada de filiales de toutes tailles, en France et à l’international, qui doivent escorter le navire amiral sur les routes de la transition énergétique. C’est le cas bien sûr d’EDF Énergies nouvelles, qui a déjà installé plus de 10 GW d’énergie éolienne et solaire dans le monde. Mais aussi de Dalkia, vaisseau pilote un peu caché, pour le chaud, le froid et l’efficacité énergétique du groupe [lire page 32]. Ces activités en croissance font envie aux marchés financiers. Un scénario de scission du groupe à l’allemande, avec les activités nucléaires d’un côté, les EnR de l’autre, est même évoqué. Jean-Bernard Lévy ne veut pas en entendre parler et continue à tenter de répondre aux injonctions contradictoires de son actionnaire principal, qui veut à la fois des dividendes, du nucléaire pas cher et des énergies renouvelables.

« Après une période d’immobilisme, on assiste enfin à une tentative de dénouement du nœud de contradictions entre EDF et l’État actionnaire », observe Yves Marignac. Selon lui, c’est encore insuffisant pour écarter le scénario d’une division des actifs. À moins de très vite interroger le modèle industriel d’EDF et sa mission de service public. « Plus que la production d’électricité, il faut maintenant un service public de gestion des réseaux décentralisés », affirme Yannick Jadot, député européen Europe Écologie-Les Verts. Un vœu encore pieux… 

Arrêter de naviguer à vue

Pendant des années, EDF a navigué au jour le jour pour obéir aux injonctions contradictoires de son actionnaire majoritaire, l’État français. En attendant que la prochaine programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) lui fixe un cap clair et des étapes pour atteindre 50 % de nucléaire dans le mix électrique français et accompagner la transition énergétique du pays, il s’est fixé quelques objectifs d’ici à 2035.

Renouvelables 50?gigawatts

EDF s’est fixé l’objectif de doubler sa capacité nette installée d’énergies renouvelables en éolien, solaire, énergies marines et hydrauliques dans le monde d’ici à 2030. Elle était de 28 GW en 2015, mais ne représentait que 9 % de l’électricité produite.

International x?3

La stratégie Cap 2030 lancée en 2015 prévoit un triplement en quinze ans de la part de ses activités à l’international dans trois domaines : production décarbonée (renouvelables et nucléaire), services énergétiques, ingénierie et trading.

Investissements 5?milliards d’euros

C’est le montant des investissements annuels en nouveaux développements qu’EDF veut réaliser, dans le nucléaire et les EnR, dans les prochaines années. Avec les dépenses de maintenance et de prolongement du parc, EDF doit investir 11?milliards d’euros en 2018. Pour financer ces investissements, le groupe veut boucler dès 2018 son plan de cession d’actifs de 10?milliards d’euros prévu pour 2015-2020.

Clients 1?million

C’est le nombre de clients que vise EDF en 2020 avec son offre d’électricité verte lancée en octobre?2017. C’est l’une des tentatives de l’électricien français, avec sa filiale Sowee, pour limiter l’érosion de ses parts de marché chez les particuliers et pour contrer les offres concurrentes, comme celle de Total.

Solaire 30?gigawatts

C’est la puissance de photovoltaïque qu’EDF veut installer en France métropolitaine entre?2020 et?2035 via sa filiale EDF Énergies nouvelles. Cela représentera un investissement de 35?milliards d’euros.

Compteurs 35?millions

C’est le nombre de compteurs communicants Linky qu’Enedis (ex-ERDF), la filiale distribution d’EDF, doit installer dans les foyers français entre?2015 et?2021. Plus de 7?millions l’étaient déjà à la fin 2017. Ils permettent d’accéder en ligne à sa consommation en temps réel et de connecter des outils d’optimisation de sa consommation.

 

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