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Le Papier d'Arménie, le discret de Montrouge

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Son Créé à Montrouge (Hauts-de-Seine), le Papier d'Arménie n'a changé ni de lieu, ni de formule depuis 129 ans. L'arrière-petite-fille du créateur est aujourd’hui à la tête de l'entreprise.

Le Papier d'Arménie, le discret de Montrouge
Le mélange du papier avec le parfum. Fabrique du Papier d'Arménie, Montrouge
© Timothée L'Angevin - L'Usine Nouvelle

L’odeur de rose flotte dans une ruelle calme de Montrouge (Hauts-de-Seine). De large feuilles de papier parfumées sèchent au soleil derrière les fenêtres grande-ouvertes d'une bâtisse à deux étages. C'est ici, en bordure de Paris, qu'est né le Papier d'Arménie et où il est toujours fabriqué, près d'un siècle après sa création. "La formule n'a pas changé depuis le début, sourit Mireille Schvartz, directrice de la petite société familiale de 11 salariés. Les ingrédients sont les mêmes, seules quelques techniques de fabrication ont évolué."

En 1885, son arrière-grand-père, Henry Rivier, un pharmacien, et son associé Auguste Ponsot, chimiste, découvrent en Arménie que le benjoin, la résine de l'aliboufier, est brûlé afin de parfumer et désinfecter les espaces intérieurs. Ils vont par la suite le diluer avec de l'éthanol et 2 % de formule secrète, et le mélanger à un papier buvard. Le début du succès pour le Papier d'Arménie, qui se vend par carnet de 36 lamelles à brûler en accordéon.

Mécanisation

Lorsqu'elle arrive à la tête de l'entreprise, en 1994, à la suite de sa mère Huguette Laroche, Mireille Schvartz découvre une fabrique fatiguée, qui ne produit plus que 250 000 carnets par an. "Le papier était en train de mourir, se rappelle-t-elle. Il n'y avait aucun marketing, aucune publicité." Celle qui croit au "potentiel" et à ce "nom connu des Français" embauche un représentant et met le paquet sur la communication.

Deuxième étape, mécaniser la production pour augmenter la cadence. Jusqu'en 1999, aucune machine ne bourdonnait dans la bâtisse, tout le travail était réalisé à la main. Laurent, qui travaille dans la fabrique depuis 18 ans, se souvient : "Tous les après-midis, on était cinq à six personnes pour découper les feuilles avec des règles et coller les carnets au pinceau et à la colle." La société fait l'acquisition de plusieurs machines de découpe et l'assemblage. Mais le mélange du papier et du parfum reste le même.

Aujourd'hui près de 2,5 millions de carnets sortent chaque année de la fabrique.

Diaporama sonore sur la fabrication du Papier d'Arménie, expliquée par Philippe Saconney, responsable production

Sortir de la monoproduction

En 2006, lors de l'année de l'Arménie, l'entreprise montrougienne, qui ne fabrique qu'un seul et unique modèle, décide de sortir une édition limitée sans benjoin. "Le succès a été tel que nous fabriquons toujours ce produit", se réjouit Mireille Schvartz. L'entreprise propose également un papier à la rose, trois types de bougies qu'elle sous-traite à la ciergerie bisontine, une société de Besançon (Doubs), et des bruleurs, fabriqués en Espagne.

"Le mono-produit n'est pas bon pour une entreprise, assure la dirigeante. Nous avons d'autres recettes des inventeurs, mais les ingrédients n'existent plus aujourd'hui !" Avec un chiffre d'affaire de 2,8 millions d'euros, en croissance de 3 à 4% par an, le papier d'Arménie classique représente près de 80 % des ventes de l'entreprise.

En 2006, après une étude sur les désodorisants d'intérieurs publiée par UFC Que Choisir, qui a démontré que le Papier d'Arménie présentait des quantités de formaldéhydes et de benzène, l'entreprise connait sa première crise depuis l'arrivée de Mireille Scharvtz à sa tête. "Pendant six mois ça s'est ressenti sur les ventes, affirme-t-elle. Nous avons réalisé une étude en laboratoire qui a conclu que le Papier d'Arménie ne présentait aucun impact sur la santé."

A la grande satisfaction d'une voisine : "C'est pour cette raison que ça sent si bon dans le quartier !"

La fabrique du Papier d'Arménie, rue Morel, Montrouge © Timothée L'Angevin - L'Usine Nouvelle

Timothée L'Angevin
 

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