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L'Usine de l'Energie

"Le nucléaire n’est qu’une question marginale dans la transition énergétique", selon Gérard Mestrallet

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Publié le , mis à jour le 15/10/2014 À 14H52

Entretien Gérard Mestrallet, le PDG de GDF Suez, se réjouit de la qualité de l’offre tricolore. Elle a permis à son groupe, associé au japonais MHI, de remporter le plus grand contrat nucléaire depuis Fukushima, en Turquie.

Le nucléaire n’est qu’une question marginale dans la transition énergétique, selon Gérard Mestrallet

L'Usine Nouvelle - Comment accueillez-vous le World nuclear exhibition ?

Gérard Mestrallet - C’est une très bonne idée de mettre en valeur le savoir-faire français en matière de nucléaire, qui couvre l’ensemble du cycle. C’est d’autant plus important que l’Agence internationale de l’énergie et de nombreux experts pensent que le nucléaire va maintenir sa place dans le mix énergétique mondial. Certes, sa part n’augmentera pas, mais elle restera aux alentours des 15 % des capacités électriques installées. Cette technologie ne va pas disparaître, bien au contraire. C’est le bon moment pour réunir experts et clients et montrer que le savoir-faire français est d’un haut niveau.

Quelle est la stratégie de GDF Suez en la matière ?

Nous avons toujours souhaité maintenir l’option nucléaire ouverte. Notre stratégie est d’être leader de la transition énergétique en Europe et énergéticien de référence dans les pays à forte croissance. Pour cela, il faut être capable de proposer du nucléaire, autant que de l’hydraulique, de l’éolien ou du gaz. Le nucléaire aura tendance à baisser dans le mix énergétique de GDF Suez, mais c’est mécanique. Chaque année, nos capacités en renouvelables, hydraulique et gaz croissent dans le monde alors que le nucléaire, lui, avance par saut. Notre base est en Belgique et nous avons des projets identifiés en Turquie et au Royaume-Uni. Mais avant que ces derniers ne produisent des électrons, il faudra compter plusieurs années. GDF Suez a une excellente capacité d’exploitant avec de très haut taux de disponibilité de ses réacteurs. Et notre ingénierie est reconnue. Nous avons obtenu les plus gros contrats sur le réacteur expérimental Iter, en cours de construction à Cadarache (Bouches-du-Rhône), pour les systèmes électriques et de refroidissement. Nous avons aussi été sélectionnés par l’Andra (l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) pour réaliser l’ingénierie du site de stockage de Bure (Aube). Nos compétences dans le domaine des services de maintenance nucléaire sont appréciées par les plus grands électriciens nucléaires d’Europe.

Les transitions énergétiques en Europe ne font-elles pas fausse route en ciblant une baisse de la part du nucléaire ?

La transition énergétique se fait avec ou sans nucléaire. Finalement, l’atome n’est qu’une question marginale. La transition énergétique est avant tout un mouvement technologique, psychologique et écologique. Pendant longtemps, les technologies de production d’énergie ont peu progressé, mis à part sur les centrales à gaz. C’est l’apparition des énergies renouvelables qui a tout changé. Pas seulement parce qu’elles sont renouvelables, mais parce que leur petite taille transforme les systèmes énergétiques. Aujourd’hui, avec la miniaturisation des équipements, les gens veulent savoir d’où vient leur énergie, les territoires veulent choisir leur stratégie énergique… Avec les capteurs, les compteurs intelligents, les nanotechnologies, les transmissions à distance, la digitalisation, l’énergie devient accessible à tous. C’est ça la transition énergétique.

Jugez-vous que la loi de transition énergétique française prend en compte ce paradigme ?

Elle est bien équilibrée. Certains pensaient qu’elle serait centrée sur le nucléaire et elle a évité cet écueil. La part du nucléaire dans la production d’électricité en France est de 75 %, mais l’électricité ne représente que 20 % de la consommation d’énergie. Si nous n’avions parlé que nucléaire, nous serions passés à côté du sujet. Cette loi ne va pas créer la transition énergétique. Celle-ci est déjà lancée grâce à la technologie. C’est un puissant mouvement de fond qu’il faut canaliser, structurer, voire accélérer… Cet exercice n’était pas facile et c’est assez réussi.

Sera-t-il encore possible de construire de nouveaux réacteurs en France ?

La loi va plafonner la puissance nucléaire. C’est assez habile car cela oblige l’opérateur nucléaire à faire ses choix. Il faudra fermer des réacteurs pour mettre en service l’EPR de Flamanville. Ensuite, la loi vise un mix électrique à 50 % d’origine nucléaire. Poussons le raisonnement jusqu’au bout. Les réacteurs nucléaires, même prolongés, devront être fermés lorsqu’ils atteindront 50 ou 60 ans. Si on veut rester à 50 % de nucléaire, il faudra un jour les remplacer. Mais, pour cela, il faut prendre des décisions au moins dix ans à l’avance. Or c’est quelque chose que le politique ne sait pas bien faire, ni en France ni ailleurs. La France a su le faire à l’époque du grand programme nucléaire. Les décideurs savaient alors que les investissements produiraient de l’électricité pour les successeurs de leurs successeurs…

Que représente le contrat que vous avez décroché en Turquie avec le japonais MHI ?

Avec le réacteur Atmea, c’est le plus grand contrat octroyé dans le monde après Fukushima et c’est le seul gagné par l’équipe de France du nucléaire !

Il y a aussi les EPR anglais remportés par EDF

Certes, mais ils ne sont pas le fruit d’une compétition. C’est une décision importante d’investissement d’EDF. Il y a eu une négociation sur les prix qui a été bien menée, mais ce n’est pas un contrat remporté par la France. Tandis qu’en Turquie, le consortium franco-japonais a battu les Coréens, les Chinois et les Russes. C’est une grande réussite. Je suis très content que le contrat porte sur la construction de quatre réacteurs Atmea, dont j’ai longtemps proposé la construction d’une unité en France.

Est-ce raisonnable d’aller construire en zone sismique en Turquie ?

On ne prend aucun risque et nous avons fait beaucoup d’études de sismographie sur le terrain. À Fukushima, ce n’est pas le tremblement de terre qui a détruit les réacteurs. Ces derniers ont parfaitement résisté et ont réagi comme attendu. L’erreur a été de ne pas protéger les salles de contrôle et les systèmes de refroidissement, balayés par le tsunami. L’Atmea a été conçu par MHI et Areva pour répondre aux normes de sismicité japonaise, ce qui le rend parfaitement adapté au contrat turc.

En Grande-Bretagne, avec le consortium Nugen, vous avez choisi une technologie américaine, l’AP-1000 de Westinghouse. Pourquoi ?

Il faut écouter le client ! Le Royaume-Uni a sélectionné deux réacteurs : l’EPR et l’AP-1000. Le pays ne tenait pas à se rendre dépendant d’une seule technologie, surtout si un problème systémique devait survenir. Nous avions cela en tête, mais voulions nous assurer que l’offre de Westinghouse réponde à nos besoins. Nous avons donc lancé un appel d’offres auprès d’Areva et de Westinghouse. Ce dernier nous a donné satisfaction. Désormais, la décision finale d’investissement sera prise en 2016, ce qui suppose de finir entre-temps les négociations détaillées avec Westinghouse. Il faudra aussi mener les négociations sur les tarifs de rachat avec le gouvernement britannique. Nous avons également des projets au Brésil, en Pologne…

Finalement, il n’y a qu’en France qu’on ne reconnaît pas votre valeur nucléaire.

Non, ce n’est pas vrai. Il y a eu à une époque une idée contre-nature d’un chef de file de la filière nucléaire. Mais c’est terminé maintenant, tout simplement parce qu’il ne peut pas y avoir de lien hiérarchique entre un exploitant et son fournisseur. Comme il n’y a pas de lien hiérarchique entre deux groupes indépendants et concurrents comme EDF et GDF Suez. Ce concept n’a d’ailleurs donné aucun résultat à l’export. Il a donc été abandonné, puisque l’État dit désormais qu’il n’y a qu’un chef de file dans le nucléaire, c’est lui !

Propos recueillis par Ludovic Dupin, Pascal Gateaud et Thibaut de Jaegher

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