Economie

Le New Deal de François Hollande peut-il relancer l’Europe ?

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Publié le , mis à jour le 18/06/2012 À 17H23

Le président français propose de lancer un grand programme d'infrastructures pour relancer la croissance européenne. Pas sûr que cela suffise à réveiller une économie atone.

Le New Deal de François Hollande peut-il relancer l’Europe ? © B.Levy

120 milliards d’euros maintenant ! Voilà ce que le président français pense que l’Europe devrait mettre sur la table pour relancer sa croissance rapidement. Et c’est le sens du document de 11 pages, révélé par le Journal du dimanche, que François Hollande vient d’envoyer à ses partenaires européens. Dans ce texte, il décrit par le menu comment il estime pouvoir relancer les moteurs de l’économie du Vieux Continent. Sans surprise, il compte sur une salve de programmes d’infrastructures (dans le numérique, les réseaux intelligents, les biotechnologies, les énergies vertes, les matériaux…), pour créer un électrochoc et entraîner le secteur privé dans une spirale vertueuse, celle de la relance. Cet effort, équivalent à 1 % du PIB européen, serait financé par la banque européenne d’investissement (via l’augmentation de ses crédits) et par l’émission d’obligations de projet, les fameux Project Bonds.

En fait, ce que propose François Hollande, c’est un peu un "New Deal" pour l’Europe. Il ne croit pas contrairement à certains dirigeants allemands que l’austérité est la mère de toutes les vertus, et singulièrement de la confiance. Le président français, qui aurait lu plusieurs ouvrages sur Franklin Roosevelt et son New Deal durant sa campagne (lire Le Président de Serge Raffy), pense en revanche que les investissements publics peuvent permettre de relancer l’Europe… et de rembourser ses dettes en créant plus de richesses.

Les grands projets qu’il met sur la table y suffiront-ils ? Difficile de jouer les devins. On peut en revanche se pencher sur l’expérience menée par Franklin Roosevelt en 1933. Comme le français, le président américain voulait restaurer la confiance car il pensait que c’est ce qui manquait le plus à l’économie pour repartir après la crise de 1929. Comme le français, il pensait que de grands programmes d’infrastructures, celui de la vallée du Tennessee par exemple, permettraient de réveiller les forces vives du pays, et notamment de relancer l’initiative privée. Comme le français, Franklin Roosevelt réussit à faire voter une loi régulant fortement les activités des banques. Comme le français, il était partisant du redressement industriel : il en fit même une loi. Comme le français, il devait convaincre différents partenaires (le congrès et les gouverneurs des États) de le suivre dans l’aventure.

Mais ce qu'oublie François Hollande, c'est que le New Deal ne se résumait pas seulement à cela. Le corpus législatif, que Roosevelt fit voter par le parlement américain en l'espace de 100 jours, demeure d'abord et avant tout un exemple de pédagogie politique. Dans le cas de la loi sur le redressement industriel par exemple, il imposa ses vues aux patrons et aux salariés en les bloquant une semaine à la table des négociations. Le président américain lui-même intervint régulièrement, en direct à la radio, pour expliquer ses réformes à toute la population lors de ses célèbres causeries au coin du feu. Et c'est sans doute cela, bien plus que les mesures prises, qui redonnèrent de l'espoir aux Américains. D'ailleurs, le bilan de ce New Deal est assez mitigé. Sur le plan de la confiance, il a réellement permis aux Etats-Unis de relever la tête. Mais sur le plan économique, son impact a été limité. La preuve : dès 1935, Roosevelt décidera de lancer une nouvelle série de réformes pour soutenir à nouveau l’économie américaine. À cette époque, il institua d’ailleurs un nouvel impôt sur le revenu qui taxait à 90 % les ménages les plus aisés (ça ne vous rappelle rien ?). La croissance, la relance de la production industrielle, tout cela ne reviendra qu'après. Les États-Unis retrouveront le niveau de production industrielle de 1929 en 1940... après s'être lancé dans un plan de réarmement pour préparer la Seconde Guerre mondiale.

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2 commentaires

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19/06/2012 - 17h45 -

La France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne et la Grèce sont au resto. La France commande du foie gras, l'Italie une soupe de truffe, l'Espagne de la langouste, et la Grèce du caviar l'Allemagne dit :"moi je fais attention à mon budget je vais prendre une saucisse"
"Comme tu veux" lui disent les autres : C'EST TOI QUI PAYE"
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18/06/2012 - 11h46 -

ce qu'oublie aussi François HOLLANDE, c'est en 1933 les Etats-Unis ne sous-traitaient pas en Chine et produisait tout localement , donc les richesses restait aux USA ! Si Hollande injecte de l'argent sur des produits qui seront fabriqués ailleurs on va s'enfoncer encore plus ! ce qu'il faut c'est redonner de la compétitivité aux entreprises françaises en supprimant les charges salariales et patronales et faire payer le social aux entreprises chinoises (d'une manière générale à la concurrance déloyale, meêm au sein de l'Europe) en taxant à 50% leur produits !
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