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L'Usine de l'Energie

Le New Deal chinois d'Alstom

Manuel Moragues

Publié le

Enquête L'accord inédit passé avec Shanghai Electric marque une nouvelle donne dans l'approche de la Chine par Alstom. À travers ce partenariat équilibré, le groupe français compte se relancer également à l'export.

Le New Deal chinois d'Alstom
Avec ce partenariat, le français vise les pays émergents.
© IMAGINECHINA ; PIERRE BESSARD / REA

La ville de Massy passe de l'Essonne à la Chine ! Du moins, l'équipe d'Alstom qui conçoit des chaudières pour les centrales électriques à charbon. Le 21 avril, le groupe français a annoncé qu'il allait mettre en commun l'ensemble de ses activités dans les chaudières avec celles du chinois Shanghai Electric pour donner naissance à Alstom-Shanghai Boilers. Chaque parent apporte environ 1,25 milliard d'euros de chiffre d'affaires et 4 000 employés. Le futur bébé sera le numéro un mondial de son secteur.

Il s'agira du « premier projet global à l'échelle mondiale noué par Alstom avec un partenaire chinois », selon le PDG du groupe, Patrick Kron. « C'est une rupture historique avec l'approche traditionnelle d'Alstom en Chine, analyse Stéphane Albernhe, managing partner au cabinet de conseil Roland Berger. Alstom avait une posture ambiguë en Chine, avec à la fois l'envie de bénéficier de l'extraordinaire potentiel du marché chinois et la volonté de préserver ses technologies et ses savoir-faire. Pour la première fois, le partenariat est structurant et engage Alstom sur l'ensemble du marché visé, pas seulement sur une affaire spécifique. » Détenue à 50-50 par les deux partenaires, Alstom-Shanghai Boilers sera l'une des rares coentreprises chinoises d'Alstom dans laquelle le français n'est pas majoritaire. Pourtant, il met dans la corbeille ses chaudières high-tech et ses technologies environnementales (lire ci-contre). Le français n'avait pas vraiment le choix. Avec 4 % de ses ventes réalisées en Chine en 2009, contre 7 % pour Siemens et 14 % pour ABB (en 2010), « il était en retard en Chine », juge un analyste parisien. Pour accélérer sa pénétration du marché chinois, Alstom a donc accepté de partager toute une activité, sans retenue. À l'inverse, en 2008, le français avait en effet refusé une alliance qui ne lui assurait pas la protection des technologies de son nouveau train à grande vitesse, l'AGV. Siemens et Bombardier, moins précautionneux, avaient accepté et ont ainsi pu embarquer à bord du TGV chinois, avec à la clé des milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Au-delà de la Chine, ce sont les pays émergents que vise Alstom avec ce partenariat. L'Asie concentrera 80 % du marché mondial des centrales à charbon dans les dix ans à venir. La chaudière représentant 25 % du prix d'une centrale, la production à bas coût de son partenaire shanghaien sera un atout précieux pour pénétrer des marchés où le prix est le premier critère d'achat. Mais le risque est de favoriser l'essor d'un concurrent chinois hors de Chine. Le français apporte à la coentreprise ses fortes positions à l'international. Shanghai Electric pourra utiliser les chaudières dernier cri du français pour répondre aux appels d'offres internationaux sur les centrales clés en main. De plus, le chinois aura accès aux technologies apportées par les autres partenaires de ses multiples coentreprises. Celle avec Siemens sur les turbines par exemple...

 

Une approche peut-être risquée, mais inévitable

 

Alstom assure avoir ménagé ses arrières en plaçant dans la coentreprise des équipements et non les services. Cette activité hautement profitable et stratégique, Alstom entend la garder en propre. Entre vendre des composants et un service de pièces détachées, la différence peut cependant s'avérer minime. Surtout en Chine ! « Ici, c'est au cours de la vie de la coentreprise, au gré des contrats et des équipes, que se définissent le fonctionnement et les contours de cette entité hybride », prévient Charles-Édouard Bouée, le patron de Roland Berger en Chine. Innovante, prometteuse et non sans risque, l'approche d'Alstom était obligatoire pour contrer l'ascension des industriels de l'ex-empire du Milieu. « Les Chinois, soit on va plus vite qu'eux, soit on avance avec eux. Sinon, on se fait doubler », résume Olivier Esnou, analyste à la BNP Exane. Choyés par la toute puissante Sasac (la version chinoise de l'Agence des participations de l'État), le premier équipementier de centrales électriques chinois Shanghai Electric et ses challengers Dongfang Electric et Harbin Power vont très vite ! Contrôlant 80 % de leur marché intérieur, ils ont atteint une masse critique et se tournent à l'export depuis cinq ans. Avec succès : fin septembre 2010, Shanghai Electric a vendu pour plus de 8 milliards d'euros de centrales au charbon à l'indien Reliance Power. En mai, Dongfang gagnait un contrat de 500 millions en Bosnie, une première en Europe. « Les Chinois ont aussi raflé les derniers appels d'offres au Vietnam, un pays où Alstom est très bien implanté, rappelle Olivier Esnou. Le groupe se faisait grignoter des parts de marché au niveau mondial. L'histoire était écrite : une alliance avec un chinois était nécessaire. C'est un bon "deal", à quand le prochain ? »

L'histoire pourrait se répéter. Selon Patrick Kron, l'alliance avec Shanghai Electric, « nouvelle puisqu'elle ne cible pas que la Chine, pourrait nous donner d'autres idées ». Les mêmes ingrédients plaident pour un scénario similaire dans le ferroviaire. Les chinois CSR et CNR, les deux premiers constructeurs mondiaux, se positionnent sur les appels d'offres internationaux pour les lignes à grande vitesse. Alstom a signé un protocole d'entente avec CNR en septembre 2010, puis un accord de coopération stratégique avec le ministre des Chemins de fer chinois. Avec les mêmes objectifs : développer la collaboration et s'attaquer à l'export. Et le groupe cherche à s'implanter dans l'éolien à travers une acquisition ou un partenariat. Les tribulations du français en Chine ne font que commencer !

Précieuses technologies du charbon

La dot d'Alstom à la coentreprise prévue avec Shanghai Electric, ce sont avant tout les technologies, surtout les chaudières critiques et ultra-supercritiques. Elles produisent une vapeur de pression et de température plus élevées, faisant tourner les générateurs d'électricité plus rapidement pour une même quantité de charbon brûlé. À la clé, un moindre coût de revient du kilowattheure et moins d'émissions de polluants et de dioxyde de carbone. L'un des procédés de capture du CO2 développés par Alstom, l'oxycombustion, est aussi une technologie centrée sur les chaudières. Le français joint à ses chaudières des systèmes de traitement antipollution des fumées de combustion : des technologies stratégiques dont il voudrait faire un axe de développement en Chine.

10 000 EMPLOYÉS À L'ASSAUT DU DRAGON

ALSTOM GRID Les forces 2 100 salariés sur 12 sites principaux. L'enjeu 270 milliards d'euros devraient être investis d'ici à 2015 pour développer le réseau de transport de l'électricité. La position Nouvel entrant avec le rachat d'Areva Transmission, Alstom Grid devra attaquer le quasi-monopole d'ABB et de Siemens. ALSTOM TRANSPORT Les forces 1 500 salariés sur cinq sites principaux. L'enjeu 40 milliards d'euros devraient être consacrés à l'achat de matériels roulants d'ici à 2015. Le marché de la signalisation atteindrait 13 milliards en 2011 et en 2012. La position La grande vitesse est déjà occupée par Siemens, Bombardier, Hitachi, CSR et CNR. ALSTOM POWER Les forces 5 600 salariés sur cinq sites principaux. L'enjeu La Chine investirait quelque 500 milliards d'euros dans la production d'électricité d'ici à 2015. Le charbon absorberait 65 % des nouvelles capacités de production. La position Alstom dispose d'un nouvel atout avec son partenariat avec Shanghai Electric.

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