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Le nettoyage sous pression

Publié le

La nécessité de gains de productivité et la prise en compte des contraintes environnementales poussent constructeurs et industriels à développer de nouvelles technologies pour adapter les procédés de nettoyage.

Les entreprises citées

Les gains de productivité ne sont pas toujours là où on les cherche. Réduire la durée d'immobilisation des machines ou les temps de non-production peut se révéler aussi efficace que d'améliorer les cadences. A ce titre, le nettoyage des lignes de production - encore plus crucial pour les industriels de l'agroalimentaire que pour ceux des autres secteurs - recèle des marges de manoeuvre.

A l'heure où les questions de sécurité sanitaire et d'environnement prennent de plus en plus de place, le Carrefour des fournisseurs des industriels de l'agroalimentaire (CFIA), qui se tiendra à Rennes du 11 au 13 mars, sera l'occasion pour les opérateurs de faire le point sur les avancées techniques. Elles sont souvent induites par la législation. « Le contexte réglementaire autour de la chimie est désormais harmonisé et plus contraignant », reconnaît Eric Godinot, directeur commercial chez Quaron, l'un des principaux fournisseurs de produits de nettoyage. La directive biocide et le règlement Reach (lire ci-contre) vont certainement mener à la disparition du marché d'un certain nombre de molécules.

Sous la pression, les utilisateurs industriels sollicitent les formulateurs pour qu'ils élaborent des détergents et des produits de désinfection toujours aussi efficaces mais respectueux de l'environnement, moins toxiques pour le personnel et moins agressifs pour le matériel. Ils veulent par ailleurs consommer moins d'eau, moins de produit et maîtriser leurs rejets. Un raisonnement autant économique qu'écologique. Car gagner en efficacité et sur la durée du nettoyage, c'est autant de temps gagné pour la production.

Les enzymes à la rescousse

Depuis deux ou trois ans, la composition des produits est revue par les fournisseurs de matières actives. Les produits alcalins chlorés sont remplacés par des formulations à base d'enzymes qui se développent fortement. En plus d'être souvent biodégradables, les cocktails enzymatiques ont l'avantage de représenter la seule solution efficace contre les biofilms. Surtout que ces films biologiques qui entourent les bactéries et peuvent se former sur les outils résistent aux produits traditionnels. Les protéases, parmi les trois enzymes traditionnellement utilisées, avec les lipases et les amylases, permettent de « démonter » ces films protéiques.

Quaron présente ainsi au jury de l'innovation du CFIA un nouveau concept de détergent tri-enzymatique, baptisé Baso Bionil Prefoam, qui repose sur le prélavage des outils. L'efficacité de la désinfection provient à 80 % du prélavage, estime cette société. Traditionnellement, le lavage comporte six étapes : le déblayage des « morceaux » sur la ligne, le prélavage, l'application d'un détergent, le rinçage, la désinfection et un nouveau rinçage. « Le prélavage se fait souvent à coups de lance à eau, explique Eric Godinot. Nous préconisons d'y ajouter un produit enzymatique spécifique pour détériorer la souillure et gagner environ entre 10 et 30 % de temps sur les étapes postérieures. Et générer des baisses de consommation d'eau d'environ 25 %. »

Une autre voie de recherche pour les formulateurs et leurs fournisseurs réside dans la substitution de l'acide phosphorique, dont les prix flambent actuellement et qui pose des problèmes d'environnement par ses rejets. Le chimiste Arkema propose depuis peu une alternative. « Des moyens chimiques existent pour baisser la teneur en phosphore des effluents des usines. Mais cela coûte cher et cette solution crée des boues qu'il faut bien épandre », explique Bernard Monguillon, le responsable du développement. Le groupe a mis au point le Scaleva, un acide organique biodégradable en station d'épuration en vingt-huit jours, sans apport chimique.

S'affranchir de l'eau

L'exploration de nouveaux procédés est également poursuivie. C'est la démarche employée par Ecolab. Le groupe a mis au point une méthode de nettoyage à sec avec un procédé d'aérosablage adapté au secteur de l'agroalimentaire. Baptisé Exastrip, il permet le nettoyage sans eau pour des applications ne possédant pas toujours de solutions satisfaisantes. C'est le cas des industries des poudres (chocolat, poudres laitières, soupes déshydratées, céréales). Le procédé utilise un agrégat naturel composé de microsphères de carbonate de calcium, « reconnu comme ingrédient alimentaire », fait remarquer Denis Boudot, le responsable du service technique d'application d'Ecolab. Retrouver des traces de ce produit n'est donc pas forcément problématique pour l'industriel.

Les procédés de nettoyage par la vapeur sèche, qui présentent un intérêt pour les matériels sensibles à l'eau, devraient aussi continuer de s'améliorer. Même s'ils butent encore sur leur industrialisation. De son côté, la technique de cryogénie se développe. Elle consiste à envoyer sous pression sur la surface à nettoyer des billes de CO2 à une température de - 80 °C. S'ensuit un phénomène de sublimation : la salissure est refroidie et les bactéries éclatent, en laissant peu de traces de résidus. « La technique pose cependant un problème de rejet de CO2 dans l'environnement », note Yann Billet. D'autres technologies de nettoyage sans eau, notamment par les ultrasons ou à l'ozone (désinfection au moyen de rayons ultraviolets), présenteront vite un intérêt pour les industriels.

L'automatisation en ligne de mire

Les systèmes de nettoyage en place (NEP), « Clean in Place » (CIP) en anglais, très utilisés dans les industries où les systèmes de production sont fermés et qui travaillent sur des flux du type laiterie, s'améliorent également. Le principe consiste à envoyer le liquide de nettoyage dans les tuyauteries. Le groupe Boccard travaille avec le Centre technique des industries mécaniques (Cetim) sur une adaptation du NEP doté d'une variation des débits. « Nous modulons les pulsations du débit afin d'améliorer la cinétique de lavage et diminuer ainsi la durée de nettoyage », explique Philippe Rizoulières, le responsable des études et des réalisations chez l'ensemblier, et qui pilote un groupe de travail sur les NEP au sein de l'association EHEDG (lire ci-contre).

« L'une des voies les plus prometteuses est de développer également les NEP, jusqu'ici dévolus aux systèmes de production fermés, à des systèmes de production ouverts », affirme Erwann Billet, le gérant de la société de conseil Hydiac, spécialisée dans les questions de nettoyage. Le lea- der mondial des thermoformeuses, l'allemand Multivac, a récemment présenté la première machine équipée d'un NEP. On commence à voir des méthodes équivalentes sur des tapis de convoyage qui se nettoient automatiquement, parfois même en cours de production, à l'aide de la vapeur sèche par exemple, pour limiter la consommation d'eau. Selon le consultant, ces systèmes inté- grés vont se développer, ne serait-ce que pour des questions de manque de personnel. « Dès lors, l'une des priorités est de maîtriser les problématiques de nettoyage dès la conception des équipements. On peut développer de nouvelles technologies. Cependant, cela ne sert à rien si elles ne sont pas intégrées en amont », juge Erwann Billet. C'est là tout l'objectif d'une association comme EHEDG qui rassemble industriels de l'agroalimentaire et équipementiers.

C'est aussi l'un des meilleurs moyens d'assimiler, grâce aux outils informa-tiques intégrés aux machines, la nécessité faite aux industriels de garantir la traçabilité des opérations de nettoyage, qui est de plus en plus réclamée par les cahiers des charges des distributeurs (BRC ou autre IFS). .

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