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Le Nautic vu par un designer

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Tribune Une visite au "Nautic", le Salon nautique international de Paris , est toujours l’occasion de rêver. L'industrie nautique et de la plaisance française est leader mondial de ce secteur et représente 4,56 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 4 millions de plaisanciers réguliers (plus du double en occasionnel). Jean-Louis Frechin, designer, fondateur de l'agence d'innovation numérique NoDesign, propose une visite du salon sous l'angle des mutations économiques, industrielles et créatives qui font innovation.

Le Nautic vu par un designer © Luc Perenom - L'Usine Nouvelle

En France, tout commence par l’histoire. "Pen Duick II" est exposé pour ses 50 ans. Le bateau de la victoire d’Éric Tabarly dans la transat anglaise en solitaire de 1964 a révélé aux Français que la mer pouvait être autre chose qu’un travail ou ce que l’on voit de la plage. Le Muscadet, icône populaire de la voile et de la plaisance en France, fête aussi ses 50 ans. Il symbolise la spécificité "sociale" et démocratique de la plaisance française.

Le groupe Bénéteau, le leader mondial du secteur, innove avec ses nombreuses marques malgré la crise. On le découvre autant en terme de produit, de marketing que de procédés industriels avec ses exemplaires "moving line" de fabrication. Le chantier industriel vendéen propose une gamme de bateaux dont l’usage, la vie à bord, le plaisir, la manœuvre sont simplifiés. L’objectif en est double : accompagner le changement de génération de pratiquants, et l’ouverture aux pays à la culture maritime plus faible.

des entreprises, sous-traitants, fournisseurs qui font la richesse de l’écosystème

Ainsi, la gamme Sense, propose un confort de catamaran et un aménagement de loft sur un monocoque. Le tout nouveau Oceanis 38 offre un aménagement intérieur modulable en fonction de son programme de navigation, croisière, week-end ou navigation à la journée, signant la maitrise de la fabrication flexible de Bénéteau. Le chantier présente également une innovation radicale avec une voile aile placée sur le Sense 43 pieds destinés à simplifier les manœuvres de conduite du bateau. Elle est issue des réflexions du navigateur Guy Beaup démontrant également que l’innovation ouverte est de mise chez Bénéteau.

Au fil des années, l’industriel vendéen a su monter en gamme, gérer l’innovation et son offre de produits qui pourraient faire envie à l’industrie automobile française.

Au-delà des gros chantiers, la France possède une myriade d’entreprises, de sous-traitants, de fournisseurs qui font la richesse de l’écosystème, à l’exemple de l’Italie dans la moto ou des Anglais dans l’automobile de compétition. Nous trouvons ainsi sur la Méditerranée, mais surtout entre Sainte-Marine et La Rochelle des marques haut de gamme, innovantes, de sport, des chantiers de niche proposant des offres diverses et des usages différents. J’ai décidé de faire l’impasse sur les gros catamarans qui mériteraient un article à eux seuls.

Beaucoup de ces talents et de ces idées viennent de la course mais aussi du grand voyage, laboratoires d’innovation, de conception,  dont l’esprit, les propositions incarnent la prospective foisonnante du secteur. Une entreprise symbolise ce dynamisme : le chantier Structure.

Un premier modèle conçu pour la Mini Transat a contribué à la création de cette entreprise. Le sacre vient avec le Pogo 2, petits kartings hauturiers de course au large conçu par le tandem Jean-Marie Finot et Pascal Conq, auteurs des bateaux du Vendée Globe. Le Pogo 2 est à la voile ce que la Peugeot 205 GTI ou l’alpine Renault ont été à l’automobile, un support de promotion accessible, révélateur des nouveaux talents.

À partir des succès du Pogo 2, le chantier Structure a créé une gamme de bateaux uniques rapides, modernes, sportifs et confortables se déployant loin des parcours de régates traditionnelles. Au Nautic, la vedette est le tout nouveau Pogo 30, sorte d’Audi Q5 sportive, facile, offrant des sensations uniques. Ce voilier bien né remporte déjà un grand succès en France, mais surtout à l’étranger. À Paris, cependant, le bateau dont tout le monde parle n’est pas exposé.

Le Pogo 3, remplaçant du Pogo2, ADN du chantier Structure, sera mis à l’eau au printemps. Dessiné par Guillaume Verdier,  l’architecte qui a fait voler les bateaux de la Coupe de l’America et co-dessiné le bateau de François Gabard, vainqueur du Vendée Globe 2013. Le fondateur de Structure, Christian Bourroulec, est un ancien coureur. Cet entrepreneur-industriel que certains surnomment le "Steve Jobs" de la voile incarne assez bien l’innovation passionnée centrée sur le produit. 

Si les chantiers navals étaient des constructeurs automobiles...

Pour éclairer la position et les produits de ces chantiers, on peut faire des analogies avec l’industrie automobile. Ainsi, Bénéteau serait Mercedes, le Chantier Structure serait Audi, les chantiers JPK de Lorient seraient Catheram, Archambaut pourrait être Renault Sport. Enfin le chantier Classic Yacht avec ses Tofinou serait plutôt orienté sur les classiques haut de gamme et évoque Jaguar. Quant à BlackPepper avec ses Code 1 et Code 0, rencontre de la technologie et du design, on est plutôt chez Maserati. Pour finir, le chantier RM dans les bateaux de voyages, Les Django de Marée Haute, Les Malango du chantier IBD proposent des bateaux côtiers et de larges centres sur la vitesse, le plaisir, mais aussi l’exploration des cotes grâces a des aménagements très pratiques seraient plutôt l'équivalent de Land Rover. 

Cette diversité permet à l’industrie française d’avoir des propositions pointues, spécifiques, singulières et différentes.

La voile, ce sont aussi des petites embarcations, j’en ai repéré deux. Le Tiwal 3.2, un dériveur gonflable conçu par la jeune designer Marion Excoffon, devenue entrepreneuse pour réaliser son projet. L’autre est l’étonnant Flying Phantom, un catamaran de sport volant conçu par l’entreprise sail-innovation conçu avec les équipes de Franck Cammas qui propose un engin accessible aux sensations forcement inégalé.

À côté des chantiers, il y a surtout un écosystème d’équipementiers riche, à l’exemple des accastillages Karver au design exceptionnel. Comme beaucoup de PME françaises, Karver est performant, mais contrairement à la majorité d’entre elles, leurs produits sont magnifiques, très qualitatifs et formidablement innovants. Karver assume le haut de gamme et leurs produits transpirent la passion et la vision de ceux qui les conçoivent, mais ils sont également très valorisants pour leurs utilisateurs.

Autre exemple intéressant, la Voilerie Delta, qui a inventé un spinnaker asymétrique enroulable, sorte de voile d’avant ballon comme sur les bateaux du Vendée Globe faciles à utiliser pour les plaisanciers normaux. À partir de leur maitrise aérodynamique complète, elle propose cette année une adaptation de ce produit à la course. Ce modèle de série inspirant la performance est une des caractéristiques de l’innovation contemporaine (iPhone vs BlackBerry).

Le numérique, un virage crucial pour l'industrie du nautique

Forcément, je me suis aussi intéressé au numérique qui n’est pas absent de l’offre industrielle française. Adrena, logiciel de référence de régate, est reconnu pour ses performances. Il devra peut-être évoluer en terme de design et de marché pour sortir de cette situation peu évolutive d’ultra spécialiste.

Ce que l’italien Navionics a su faire pour la navigation avec l’iPad devrait les inspirer. Weather 4D est un bon exemple de logiciel de météo aux fonctionnalités pointues, sa conception pour iPad et iPhone sert tous les types d’utilisateurs. Son interface riche est par ailleurs assez innovante. Maxea, logiciel de cartographie et de navigation s’engage aussi dans cette voie.

Le numérique, c’est aussi l’électronique avec le champion NKE, qui fabrique en France des pilotes automatiques à gyro compas et accéléromètre qui permet à des bateaux comme celui de Michel Desjoyeaux (victorieux du Vendée Globe 2009) de naviguer en solitaire par tous les temps. NKE représente l’excellence technologique. Son défi sera de démocratiser ses solutions et expériences d’usages aux plaisanciers aux pratiques moins extrêmes.

Les conversations les plus intéressantes entendues au Nautic portent sur l’avenir. L’association Wearenina, lien entre nautisme et start-up du numérique, est une initiative des entreprises et de la région des Pays de Loire. Ceux-ci s’interrogent sur l’impact du numérique sur l’évolution des marchés de la construction, de la vente, de l’usage et des pratiques, des services, de la distribution pour contribuer à améliorer la filière et les pratiques nautiques.

Mais surtout à la mutation des modèles de production et de valeurs désormais partageables, à l’exemple de SailSharing, sorte d’Airbnb de la location de voilier. Active sur Twitter, cette communauté signe le fait que, comme ailleurs, il n’y a pas de futur sans numérique pour le nautisme.

Autre initiative intéressante, Explore, créée par Roland Jourdain, coureur au large et patron de l’ex-écurie Veolia. Il a créé une sorte de "fablab" de l’aventure et de la technologie, où aventurier et jeunes ingénieurs en rupture de banc inventent les matériaux et les procédés du futur, dans le réel. À l’exemple du projet Combios d’Erwan Grossmann et Emmanuel Poisson-Quinton, qui évalue les potentiels techniques des matériaux issus directement de la biomasse comme les fibres végétales, les matériaux d’âme biosourcés, ou encore les matières plastiques issues de la biochimie, pour diffuser des alternatives durables aux composites synthétiques. 

Il y aurait encore beaucoup à dire, aujourd'hui, les industries nautiques sont à un tournant, crises, saturation du parc, renouvellement de génération et des pratiques, et défis de l’export vers l’Est. Il est intéressant dans ce contexte d’observer comment des PME, innovantes et créatives bâtissent le futur et proposent des produits offrant performance et plaisir extrême.

Mais aussi comment elles peuvent nous inspirer. Il n’y a pas de passion sans innovation, sans entrepreneurs, c’est le cas ici. Ce que j’ai vu au Nautic, au-delà des nouveautés, est un modèle d’innovation, de visions économiques et et d’écosystème naturel qui, s’il aborde les opportunités du numérique, du design et l’expérience utilisateur, continuera à être une prospective industrielle pour le Made in France. 

En ces temps de combat et de reconquête industrielle, ce sont plutôt de bonnes nouvelles.

Jean-Louis Frechin, designer, fondateur de l'agence d'innovation numérique NoDesign

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