LE MONSIEUR NIET DE LA SNECMA

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LE MONSIEUR NIET DE LA SNECMA



Le nouveau patron de la Snecma ne craint pas de faire connaître ses opinions. Même lorsqu'elles égratignent les positions de son actionnaire, l'Etat. Un ton rare dans une entreprise publique.

Non à la baisse de 8% du prix des moteurs M88 du Rafale. Non à la cession d'Hispano Suiza à la Compagnie de navigation mixte (CNM). Et non, bien entendu, à l'abandon de la construction de moteurs en France sur fond de différend avec le ministère de la Défense sur la motorisation du futur gros porteur militaire européen (ATF). Bernard Dufour, 61ans, polytechnicien et diplômé du Caltech, en Californie, aux commandes de la Snecma depuis l'automne, a déjà dit bien plus souvent "non" que bien des P-DG de sociétés publiques ou privées tout au long de leur carrière. Pis, l'ancien président de GEC-Alsthom Electromécanique fait connaître publiquement ses positions. Même lorsqu'elles révèlent des désaccords profonds avec l'Etat, son actionnaire. Et les dents grincent du côté du ministère de la Défense et de la DGA... Sur l'affaire de l'ATF, il critique le choix du turbopropulseur. Il a milité pour un turboréacteur, dont le développement lui aurait permis de financer son projet de moteur civil destiné à étendre la gamme des CFM56 vers les fortes puissances. Ce moteur doit coûter environ 600millions de francs pendant cinq ans à la Snecma. Côté ministère de la Défense, il rejette l'avenant au contrat de commande de plus de 600moteurs M88 destinés au Rafale pour 23milliards de francs (de 1992). L'Etat réclame une baisse de 8% des prix. "Près de 2milliards de francs sont en jeu, ce qui n'est pas une affaire médiocre", souligne le P-DG. Avec Marc Fournier, le P-DG de la CNM, actionnaire majoritaire d'Hurel-Dubois, il s'est voulu plus conciliant. "Je lui ai proposé un rapprochement avec Hispano Suiza", rapporte-t-il. Mais l'homme d'affaires voulait être le "propriétaire". Nouvelle occasion de dire non. Son personnel n'a pas plus de chance. Celui de la Sochata a pu le constater lors d'une grève sans résultat malgré la séquestration des dirigeants en novembre dernier. Même intransigeance à Hispano Suiza, où l'usine du Havre est restée bloquée dix-huit jours en décembre pour obtenir la suppression du chômage technique au cours du premier semestre de 1995. Les dirigeants des filiales ne semblent pas avoir participé au projet de réorganisation mis en place le 15janvier. Avec quatre directions fonctionnelles et quatre branches de produits, la nouvelle structure est classique. Bernard Dufour en convient. Mais l'organisation pyramidale lui va. Le patron de la Snecma ne manquera pas de terrains de bataille. Il aime ça

Michel ALBERGANTI

USINE NOUVELLE N°2486

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