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L'Usine de l'Energie

Le monde veut encore du nucléaire

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

Enquête Plus d'une trentaine de pays s'engagent ou réaffirment leur engagement dans l'atome pour répondre à la demande croissante d'énergie, à l'envolée des prix du pétrole et au défi climatique.

Le monde veut encore du nucléaire
« La concurrence est devenue beaucoup plus difficile... Mais nous avons doublé notre carnet de commandes. » Sergueï Kirienko, président de Rosatom
© D.R.

Il ne faut pas se fier au bulletin de santé annuel de notre champion du nucléaire ! Areva a certes enregistré une perte de 2,4 milliards d'euros en 2011, contre un bénéfice de 883 millions en 2010, mais l'essentiel provient de dévaluations d'actifs, en particulier d'Uramin, acquis en 2007. Le contexte difficile qui a suivi l'accident nucléaire de Fukushima ne lui a coûté que « quelques » centaines de millions d'euros, alors que d'aucuns prédisaient un véritable hiver nucléaire. Le carnet de commandes d'Areva, lui, n'a pas souffert : il est passé de 44,2 milliards d'euros en 2010 à 45,6 milliards d'euros l'an dernier. Le groupe n'hésite d'ailleurs pas à faire état de perspectives financières optimistes, tablant sur une croissance du chiffre d'affaires de 3 à 6 % par an en 2012-2013 et de 5 à 8 % par an en 2015-2016.

« L'activité commerciale est intense depuis Fukushima. Pour la période 2012-2016, nous voulons rentrer dix commandes d'EPR », assure Luc Oursel. Le président du directoire d'Areva se bercerait-il de doux espoirs ? La décision de l'Allemagne de sortir progressivement du nucléaire d'ici à 2022, les interrogations des Suisses et des Belges sur l'avenir de leurs parcs, etc., ont marqué les esprits. Mais le marché du nucléaire civil n'en demeure pas moins très actif. « Les pays n'ont pas les moyens de remplacer l'énergie nucléaire immédiatement. Il n'y a que le consommateur allemand qui, par conviction, presque par religion, acceptera d'accroître significativement le prix de l'électricité », estime Jacques Percebois, le directeur du Centre de recherche en économie et droit de l'énergie (Creden), à Montpellier, et principal auteur du rapport « Énergie 2050 » remis récemment au gouvernement.

59 réacteurs en construction dans le monde

Alors que sur le site de Fukushima, l'électricien Tepco en est encore à refroidir les coeurs partiellement fondus des trois réacteurs endommagés, ce ne sont pas moins de cinq pays qui vont débuter la construction de leur premier réacteur en 2012 : le Vietnam, le Bangladesh, les Émirats arabes unis, la Turquie et la Biélorussie. Dès 2013, ce sera au tour de la Jordanie et de l'Arabie saoudite. En 2011, le monde comptait 440 réacteurs en activité dans 30 pays, pour une puissance totale de 375 GW. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), le nombre total d'unités devrait progresser de 90 à 350 d'ici à 2030. « Cette large marge que s'accorde l'AIEA est liée aux décisions qui seront prises sur la durée de vie des réacteurs existants », explique Francis Sorin, le porte-parole de la Société française de l'énergie nucléaire (Sfen).

Le signe le plus fort est venu des États-Unis. Le 9 février, l'autorité de sûreté américaine, la NRC (Nuclear Regulatory Commission), a autorisé la construction de deux réacteurs de troisième génération AP 1 000 de Westinghouse en Géorgie sur le site de la centrale de Vogtle. En 1979, l'accident de Three Mile Island avait mis fin aux constructions de réacteurs dans le pays le plus nucléarisé du monde, avec 104 réacteurs. « Cette décision est importante car la NRC a une influence importante dans le monde entier », juge Luis Echávarri, le directeur général de l'Agence de l'énergie nucléaire à l'OCDE. Ce choix est d'autant plus fort que « l'émergence des gaz de schiste aux États-Unis a fortement fait baisser le prix des énergies fossiles. Mais l'investissement nucléaire se fait sur soixante ans, c'est une tout autre échelle de temps », juge Benjamin Fremaux, le directeur de la stratégie d'Areva.

« Il y avait un risque que la demande mondiale s'effondre après Fukushima. La concurrence est devenue beaucoup plus difficile... Mais nous avons doublé notre carnet de commandes », explique Sergueï Kirienko, le président de Rosatom. « Les raisons qui avaient poussé à avoir du nucléaire avant Fukushima n'ont pas disparu après Fukushima », assure Philippe Crouzet, le PDG de Vallourec. D'ici à 2050, la demande énergétique va doubler et l'AIEA chiffre les investissements nécessaires à 38 000 milliards d'euros. La sécurité d'approvisionnement des pays à forte croissance économique et démographique passe par un mix énergétique comprenant le nucléaire. Sur les 59 réacteurs en construction dans le monde, 25 le sont en Chine. Son parc nucléaire va passer de 12 GW, en 2011, à plus de 100 GW, en 2035. Mais la part du nucléaire passera seulement de 2 % à... 4 %.

Le recours au nucléaire s'explique par cette soif d'énergie, mais aussi par le manque d'alternative. Après la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986, le monde pouvait encore se reposer sur les énergies fossiles. Ce n'est plus le cas. « En 1986, les prix du pétrole venaient de chuter de 70 % grâce à l'entrée en production massive de la mer du Nord », rappelle László Varró, le directeur de la division marché de l'énergie à l'AIEA. Aujourd'hui, le prix du baril se situe entre 100 et 120 dollars et il peut flamber rapidement sous l'effet des incertitudes géopolitiques au Proche et au Moyen-Orient. Les prix du pétrole et des matières indexées sont volatils là où le nucléaire offre des prix intrinsèquement stables. L'uranium compte pour 5 à 15 % du prix de l'électricité produite dans un réacteur. Dans le cas d'une centrale thermique, la matière première compte pour 60 à 70 % des coûts.

Pas d'alternative pour les pays émergents

La raréfaction des ressources fossiles impose à la plupart des pays de développer les énergies alternatives de type renouvelable et de varier la composition de leur bouquet énergétique en y intégrant, notamment, de l'électricité d'origine nucléaire. C'est le choix fait par l'Arabie saoudite. Le premier pays producteur de pétrole de l'Opep, dont les réserves réelles sont inconnues, a annoncé sa volonté de dépenser 100 milliards de dollars pour s'équiper de 16 réacteurs nucléaires d'ici à 2030. « Tous les grands pays émergents, avec des populations nombreuses et des difficultés de développement, doivent s'en remettre à l'énergie nucléaire. Ils n'ont pas le choix. Certains n'ont même pas d'énergies fossiles, comme la Chine, et même s'ils en avaient, ils auraient d'énormes problèmes de changement climatique », résume Mohamed El Baradei, l'ancien directeur général de l'AIEA.

La grande différence entre l'après Tchernobyl et l'après Fukushima ? « À l'époque, la question du CO2 ne se posait pas. Aujourd'hui, c'est le challenge numéro un du monde de l'électricité », lance László Varró. Or, ce combat est en passe d'être perdu. Selon le rapport « Énergie 2050 », les émissions mondiales de gaz à effet de serre s'élèvent à 30 milliards de tonnes par an et tendent vers les 35 milliards de tonnes pour l'horizon 2035. Afin de limiter le réchauffement à 2 °C, objectif fixé par l'ONU en 2010 lors de la conférence sur le changement climatique de Cancun (Mexique), il faudrait ramener cette production à 20 milliards en 2035 et à 13 milliards en 2050. La Grande-Bretagne, qui a opté pour un mix énergétique décarbonné, compte s'appuyer sur l'éolien en mer et sur le nucléaire. Le Royaume-Uni va devoir palier la fermeture de 18 de ses 19 réacteurs de l'île d'ici à 2024.

Soumis à cette triple pression de la demande, de la raréfaction des ressources fossiles et du réchauffement climatique, le mix énergétique mondial va laisser une place au nucléaire. Dans les pays membres de l'OCDE, l'atome représente 22 % de la production d'électricité et 10 % dans le reste du monde, pour une moyenne mondiale de 15 %. À quelques points près, ces taux resteront stables dans les décennies à venir... Un scénario inimaginable dans les jours qui ont suivi la deuxième plus importante catastrophe nucléaire, il y a à peine un an...

À Fukushima, tout reste à faire

En visite sur le site de Fukushima, le 21 février, Éric Besson, ministre de l'Industrie, s'est dit « rassuré ». Pourtant, le paysage inquiète. Les bâtiments des réacteurs 3 et 4 présentent encore leurs plaies béantes, tandis que des carcasses de véhicules et des débris jonchent le sol. Seul le bâtiment 1 est recouvert d'une structure neuve. Environ 29 000 m3 de déchets ont été retirés du site et 200 000 tonnes d'eau contaminées ont été traitées. Les trois réacteurs abîmés sont maintenus entre 30 et 60 °C via une injection de 10 m3 d'eau par heure. Le refroidissement complet prendra environ dix ans. Il faudra attendre deux à trois ans pour entrer dans les bâtiments réacteurs afin de constater l'état réel des cuves et des coeurs nucléaires. Aujourd'hui, les experts jugent que Fukushima a rejeté 12 % des émissions de Tchernobyl (408 x 1 015 becquerels). Les Japonais tablent sur un démantèlement complet d'ici à quarante ans.

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