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"Le modèle de SpaceX, c’est l’avenir de l’industrie spatiale", selon le PDG de SSI-Monaco, Ilhami Aygun

Hassan Meddah , , ,

Publié le , mis à jour le 06/06/2015 À 17H08

Entretien Ilhami Aygun, PDG de SSI-Monaco, une société en charge des télécommunications spatiales pour la Principauté, a plus de vingt ans d’expérience à la tête d’opérateurs de satellites. Selon lui, SpaceX, qui a mis sur orbite son dernier satellite de télécommunications le 27 avril dernier, préfigure l’industrie spatiale de demain.

Le modèle de SpaceX, c’est l’avenir de l’industrie spatiale, selon le PDG de SSI-Monaco, Ilhami Aygun © Twitter @space2master

L'Usine Nouvelle - Pourquoi avoir fait le choix de SpaceX en 2011 alors qu’il n’avait aucune référence à l’époque ?

Ilhami Aygun - Quel chemin parcouru en quelques années ! J’avais entendu Elon Musk, (le PDG de SpaceX - NDLR) en 2001 à l’occasion d’un grand séminaire sur le secteur spatial. Les gens souriaient poliment quand il affirmait qu’il allait investir son propre argent et bâtir un nouveau modèle industriel pour le lancement de satellites. J’étais aussi sceptique. Plus maintenant. SpaceX vient de réussir la mise sur orbite de notre dernier satellite de télécommunications. Nous étions dans le cadre d’une prestation clé en main avec Thales Alenia Space incluant la livraison et la mise sur orbite du satellite. C’est donc l’industriel qui avait la charge de choisir le lanceur. Au départ le choix s’était porté sur la fusée chinoise Longue Marche mais cela n’a pu aboutir pour des raisons liées à la réglementation ITAR sur les exportations de composants américains. Nous nous sommes tournés vers Arianespace qui n’a pas pu ou pas voulu nous faire une proposition financière qui s’approchait du prix de Longue Marche. Ce fut au contraire le cas avec SpaceX avec un tir à environ 60 millions de dollars.

Etait-il facile de faire confiance à ce nouvel entrant ?

A l’époque, SpaceX n’avait pas encore effectué de véritable tir commercial. Mais ils avaient présenté le design technologique de la fusée, simple mais robuste, ainsi que les moteurs… SpaceX nous a aussi convaincu par sa fiabilité. Depuis, ce que nous avons vu nous a encore plus convaincus. Nous avons visité l’usine de Californie en août dernier. Elle fonctionne comme une usine automobile. Tout se fait au même endroit : les moteurs, les réservoirs, l’avionique… C’est impressionnant. Le modèle de SpaceX, c’est l’avenir de l’industrie spatiale. Ils annoncent une capacité de production annuelle d’une quarantaine de lanceurs par an. C’est du jamais vu ! Si l’Europe et Arianespace ne changent pas, ils auront du mal à survivre. En Europe, le modèle industriel est trop éclaté avec une production sur plusieurs pays et répartie auprès d’une dizaine d’industriels. C’est un handicap pour maîtriser les coûts et le calendrier.

Pourtant tout n’a pas été parfait. Le tir a été retardé de plusieurs mois…

Effectivement. Nous avions prévu un lancement à l’origine en fin d’année 2014. Le décalage de l’ouverture des services constitue un manque à gagner en termes de chiffre d’affaires. SpaceX doit encore progresser dans le domaine de la gestion commerciale avec ses grands clients privés. Son approche est encore très institutionnelle, pas au niveau des standards européens. C’est sûrement lié au fait qu’il réalise une grande partie de son activité pour réaliser des lancements le gouvernement américain. Par ailleurs, le fait que la société ne dispose pas encore de son propre pas de tir mais qu’elle est locataire de l’US Air Force, est un handicap.

Propos recueillis par Hassan Meddah

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