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L'Usine Agro

Le médiateur de l'agrochimie

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Patron France de Bayer, le numéro un des pesticides dans l’Hexagone, Frank Garnier prône le dialogue pour casser l’image opaque de son secteur. Et prépare les esprits à une fusion avec Monsanto.

Le médiateur de l'agrochimie

Vous ne connaissez peut-être pas son nom, mais forcément son entreprise. En France, Frank Garnier assure la présidence de Bayer, le champion allemand de la pharmacie et de la chimie, dont il dirige aussi l’activité Crop Science (pesticides et semences). Une entreprise sous les feux des projecteurs depuis qu’elle a décidé, en septembre 2016, de s’emparer de l’américain Monsanto. Cible à l’image sulfureuse car numéro un mondial des OGM, mais aussi géant des semences et des solutions de demain pour l’agriculture : des nouvelles technologies de l’ingénierie de l’ADN, qui permettent de modifier les plantes de façon très ciblée afin de les rendre plus productives, aux outils numériques…

Car le challenge du secteur est « triple », aux yeux de Frank Garnier : performance pour nourrir une population mondiale en croissance, besoins environnementaux en intégrant de la chimie verte, et acceptation sociétale. Le mariage n’ayant pas encore reçu l’approbation des autorités européennes, les fiancés restent, pour l’instant, concurrents. Mais le travail de « réputation » a débuté. C’est là où la personnalité de Frank Garnier est un atout pour Bayer. Affable, cet ingénieur agronome de formation, diplômé de l’École nationale supérieure agronomique de Rennes, a découvert dès le début de sa carrière, que « le contact avec les interlocuteurs, c’est ce qui fait la valeur d’une entreprise ». Il en a fait une priorité, intégrant les divisions technico-commerciales et marketing des grands noms de l’agrochimie de l’époque tels Roussel-Uclaf, Hoechst, BASF, Aventis ou encore Bayer, au gré des fusions qui se succédaient.

Force de conviction

Ses liens avec les agriculteurs, Frank Garnier les cultive soigneusement. De Christiane Lambert, la patronne de la puissante FNSEA, premier syndicat agricole français, avec laquelle il défend la cause des néonicotinoïdes, ces insecticides en passe d’être interdits à partir de 2018, à Jean-Marc Bournigal, le président de l’Irstea, l’organisme national de recherche sur les enjeux de l’agriculture responsable. Un grand écart ? Pas aux yeux de Frank Garnier, qui prône le dialogue avec toutes les parties prenantes pour « remettre les choses en perspective. Notre métier est de servir la filière agricole, pas seulement conventionnelle. Nous savons que les volumes de produits phytosanitaires doivent diminuer : nous y travaillons via l’agriculture de précision et le développement de produits biologiques. Mais on ne trouvera pas forcément d’alternatives à tout. »

Longtemps, on a reproché à l’industrie chimique son opacité. Des critiques qui reviennent à l’heure des Monsanto Papers et du débat sur le controversé glyphosate, dont le sort continue de diviser l’Europe. Alors, Frank Garnier n’hésite pas à ouvrir aux ONG son site de R & D de La Dargoire, aux portes de Lyon, dédié à la protection des plantes. Ou à prendre, il y a huit ans, la présidence de l’association Les entreprises pour la cité en Rhône-Alpes, qui amorce des projets d’innovation sociale et de réduction des inégalités au sein des entreprises. « Cette éthique, ces valeurs, il les vit et les met en œuvre, assure Marie-Pierre Brunet, la directrice de l’association. Mais il apporte aussi une vraie vision : il est à l’écoute, nous appuie et nous oriente. » Derrière sa bienveillance, se cache une détermination que l’industrie a su déceler très tôt. En 1992, alors qu’il n’a jamais managé, il se voit proposer par Procida (Roussel-Uclaf) une direction commerciale de produits phytosanitaires réputée difficile, composée de 117 personnes pour 600 millions de francs de ventes. « Après réflexion, je me suis dit que tout ce que je risquais, c’était une expérience difficile, mais exaltante, raconte-t-il. Durant un an, j’ai ressenti le plus haut niveau de pression et de stress de toute ma vie… Mais cela a été hyperstimulant. »

Sa recette ? « C’est un leader qui sait bâtir un consensus », estime Jacques du Puy. Le président de Canal+ International fut membre du comité exécutif mondial de Bayer Crop Science et le supérieur hiérarchique de Frank Garnier. Il a vu ce dernier, lors du rachat d’Aventis Crop Science par Bayer en 2002, « piloter la transformation des activités en France avec beaucoup de talent, à une époque où le volet social était potentiellement lourd ». Des crises, cet adepte de la marche, du vélo et de la nature, élevé en pleine campagne, en gère tous les jours. Mais la pire – professionnelle comme personnelle – reste d’« avoir été mis en examen injustement en 2004 pour destruction d’abeilles, et avoir bataillé pendant huit années pour enfin obtenir un non-lieu ». Il est alors attaqué pour des faits concernant l’insecticide Régent, antérieurs à sa prise de fonction. Un dossier très médiatisé. « C’est peut-être de cette crise qu’est venue ma détermination à dialoguer, que j’ai appris que ceux qui parlent réellement de vous, ce sont vos clients, estime-t-il. Qu’ils soient professionnels de santé dans la pharmacie, ou agriculteurs. » De la force de conviction, il en aura à nouveau besoin pour convaincre tous ceux qui s’inquiètent du mariage avec Monsanto… 

En quelques mots

  • Golfeur « Le dimanche matin, j’aime partir tôt et ouvrir un parcours. Vous découvrez la nature qui se réveille… »
  • Gestion de crise Pour résister à la pression, « j’ai été formé par un coach et appris la relaxation ».
  • Double casquette Patron de la filiale, mais aussi de l’activité Crop Science de Bayer en France. « Dans une fonction de relations publiques, on est beaucoup plus pertinent quand on a aussi la légitimité d’un business. »

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