Le Medef s'est piégé lui-même avec son "million d’emplois"

Après une semaine de consultation, l’exécutif a renvoyé aux partenaires sociaux la responsabilité du sujet des "contreparties" du pacte de responsabilité. En lançant l’idée d’un million d’emplois, le Medef a orienté le débat sur un terrain quantitatif alors même que le syndicat le plus ouvert à la démarche, la CFDT, n’en demandait pas tant.

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Le Medef s'est piégé lui-même avec son

A la suite d’une semaine de rencontres bilatérales, Jean-Marc Ayrault a donné un mois aux partenaires sociaux "pour se concerter et faire des propositions de méthodes" sur les contreparties du pacte de responsabilité. Il s’agit face à des baisses de charges et d’impôts dont le montant comme l’horizon n’est pas défini et d’une promesse de simplification de dégager des perspectives d’emplois.

Le Premier ministre a indiqué ce matin lors d’une déclaration à l’Hôtel Matignon : "le dialogue social doit être au cœur de la démarche, c’est la clé du succès, le renforcer dans chaque entreprise est la première des contreparties." Cette déclaration laisse entendre que la conclusion de ce mois de concertation n’est pas d’aboutir à un chiffre global d’emplois créés mais de réfléchir à des négociations qui pourraient faciliter des embauches.

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Nature des contreparties

Du côté de la CGT comme de FO, on feint de croire que des promesses fermes d’embauches sont les seules contreparties possibles. Une posture dont on peut se demander si elle n’a pas été favorisée par la stratégie de communication du Medef lui-même. Après tout c’est lui qui, en mettant sur le tapis l’ambition de créer un million d’emploi, a engagé la discussion sur un terrain quantitatif et de fait assez irréaliste.

Quelle branche où entreprise pourra s’engager sur un nombre d’embauches ? La CFDT de son côté n’en demandait pas tant. Après avoir vu le Premier ministre lundi, Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, déclarait dans un communiqué qu’il fallait débattre de la "nature" de l’engagement sur l’emploi. Sur les engagements mesurables, il avançait l’idée de contreparties "favorables" à l’emploi et à la qualité de l’emploi. Et listait le thème du "maintien et la création d’emplois" parmi six autres comme "le développement de l’apprentissage dans les filières professionnelles, le renforcement de l’alternance, de l’insertion des jeunes, l’accélération des négociations sur le contrat génération, de négociations d’entreprises sur la qualité du travail, etc."

Terrain glissant

Entre-temps, le Medef s’estime floué par la manière dont s’engage les Assises de la fiscalité des entreprises, avec trop de parlementaires et trop de syndicats de salariés autour de la table pour un sujet qui concerne les entreprises. Résultat : il rétropédale sur les contreparties.

Il a aussi fort à faire pour mettre d’accord toutes ses fédérations sur la manière de répartir les 30 milliards de baisse de charges entre cotisations salariales et CICE. Suivant la structure salariale des secteurs, l’impact est fort différent. En l’absence de précisions sur le sujet, il sera difficile de demander aux branches de s’engager sur la thématique emploi. Pour l’instant seul l’UIMM fait preuve de quelque bonne volonté.

Bref, il s’agit maintenant de ramener la concertation sur les contreparties sur une logique plus réaliste tout en permettant aux syndicats volontaires sur le sujet (ils sont rares) de ne pas perdre la face. Le gouvernement a visiblement l’intention de laisser les partenaires se dépatouiller entre eux. Mais à force de réclamer en permanence des milliards de baisses de charges et de faire miroiter un million d’emplois, le Medef s’est lui-même placé sur le terrain glissant des chiffres.

Anne-Sophie Bellaiche

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