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"Le Medef doit inviter au mouvement", selon Jean-Claude Volot

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Entretien Jean-Claude Volot, président de Dedienne Aerospace et ex-médiateur des entreprises a annoncé sa candidature à la présidence du MEDEF. Sans dérouler encore un vrai programme, il confie à L’Usine Nouvelle les grands axes de la vision qu’il porte pour le patronat. Il prône la responsabilisation des entrepreneurs, un MEDEF qui s’attache à soutenir le développement économique des entreprises et la diffusion d’une nouvelle approche du management des salariés.

Le Medef doit inviter au mouvement, selon Jean-Claude Volot © Pascal Guittet

Sommaire du dossier

L'Usine Nouvelle - Quelle est pour vous la bonne durée d’une présidence du Medef ?

Jean-Claude Volot - Il faut dépersonnaliser la fonction pour favoriser une logique d’équipe. Par exemple nous pourrions instituer un mandat de deux ans où le président est à plein temps mais il commencerait à être  impliqué deux ans avant puis deux ans après pour passer la main. Un tuilage en quelque sorte.  Au final, on serait impliqué pendant 6 ans mais au sein d’une équipe.

Qu’est-ce qui motive votre propre candidature ?

La compétitivité des entreprises se détériore, depuis dix ans. Qu’a fait le Medef depuis huit ans que Laurence est à sa tête ?  Il faut que nous nous prenions en main au lieu de jouer le chœur des pleureuses auprès des politiques. Le médiateur de la sous-traitance ou du crédit, pourquoi tout cela vient-il toujours de l’Etat ?  Il y a aussi la fédération des banques au Medef pour discuter de ces questions.

Le Etats-généraux de l’industrie pourquoi est-ce Christian Estrosi qui les a organisé ? Cela aurait pu être le  GFI (groupement des fédérations industrielles) par exemple.  Les politiques sont plein de bonne volonté mais ils ne connaissent pas grand-chose à l’entreprise. Mon projet c’est d’abord la responsabilisation des entrepreneurs. Le mouvement patronal doit prendre en charge son destin. J’ai tenu ce discours à la dernière université d’été du Medef, il a recueilli un grand succès. Il ne faut pas déserter le champ politique mais il faut l’aborder avec un vrai plan de travail. Après on peut travailler ensemble. Je m’entends d’ailleurs très bien avec Arnaud Montebourg.

Le ministre de l’industrie a pourtant refroidi beaucoup de chefs d’entreprise avec ses projets de nationalisations ou  ses déclarations fracassantes sur la famille Peugeot à  l’été ?

Sur l’affaire PSA,  il venait d’arriver. C’était juste après les élections et il a eu le sentiment que cette fermeture d’Aulnay était un cadeau empoisonné laissé par le précédent gouvernement. Mais il apprend vite. Depuis Arnaud a pris conscience de la situation de l’industrie automobile en France. Regardez ses dernières déclarations sur Renault, sa position est aujourd’hui beaucoup plus mesurée.  Il faut cesser d’être en demande vis-à-vis des pouvoirs publics, il faut être une force de proposition, développer une vision.

L’accord sur l’emploi montre une capacité d’avancer ?

Oui mais le président de la République a dû menacer de légiférer. Ceci dit la négociation s’est déroulée et c’est une bonne chose. Mais il faut poursuivre, car cet accord est défensif, il faudra aussi  un programme offensif pour faire revenir à la table les syndicats non signataires. Sur la présence des salariés au conseil d’administration, on aurait pu aller plus loin en termes de taille d’entreprise concernée, à partir de 1 000 salariés, par exemple.  

Il faut aussi mettre à l’ordre du jour l’actionnariat salarié, j’y suis très favorable. Il y a un gisement incroyable de productivité si on intègre mieux les collaborateurs et si on les traite différemment. On s’est fourvoyé depuis 20 ans dans un management vertical qui brise l’autonomie des gens.

Quels sont les raisons de ce défaut de management ?

On s’est fourvoyé sur les moyens de répondre à deux évolutions majeures : la mondialisation et un  taux de retour sur le capital déraisonnable. Oui, il faut être plus compétitif mais au lieu de pousser les salariés à inventer des solutions, on a pensé qu’il fallait être très directif jusqu’aux instructions les plus opérationnelles.  Les patrons et les managers au lieu d’être au milieu de leur troupe, se sont focalisés sur ce que le patron du dessus demandait. Il faut résister à cela. C’est le même mauvais instinct qui fait qu’en ski lorsque la pente est rude, on se tourne vers la montagne au lieu de se mettre dans la pente. La meilleure façon d’obtenir de la performance, ce sont des salariés autonomes et bien dans leur peau. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, c’est pour cela qu’il faut une équipe à la tête du patronat qui prêche de nouvelles méthodes.

Les entreprises trouvent que l’environnement fiscal pèse sur leur marge, est-ce un combat que doit mener le Medef face à l’Etat ?

La compétitivité coût est importante, elle ne fait pas tout. Le taux de marge, ce n’est pas que la fiscalité. Il chute quand vous cesser d’investir. Sinon comment expliquer que derrière ce taux effectivement très faible en France de 26 %, il y ait une si grande dispersion. Un premier décile d’entreprise s’en sort très bien, le dernier très mal.

Il n’y a pas de fatalité au contexte français, il faut avant tout que les entrepreneurs y croient. Pour remonter les marges, il faut miser sur l’investissement productif, la R&D, l’export. Là-dessus, ce n’est pas l’Etat qui est à la manœuvre. Les entrepreneurs doivent parler aux entrepreneurs. Le Medef doit inviter au mouvement, il doit travailler auprès des entreprises pour les aider à se développer.

Oui, mais le Medef a aussi la charge de la négociation sociale interprofessionnelle, c’est aussi une grande part de son action ?

Oui, c’est une dimension essentielle, mais elle finit par  être tellement importante que cela cannibalise rapidement tout le reste. Le développement économique, c’est aussi la responsabilité du Medef. Il faut en faire le cœur de son action, sinon c’est l’Etat qui agit par défaut. Il faut remettre les entreprises à la tête et utiliser l’Etat en soutien.

Qu’est-ce qui vous rend optimiste sur la capacité des entreprises et du patronat à redresser le développement économique de la France ?

Les investissements d’Avenir ont révélé le formidable potentiel des entreprises françaises sur les industries du futur. Le Medef doit être porteur de ces nouvelles activités. Il faut aussi arrêter de mettre des barrières entre l’industrie et les services, c’est fini tout cela, de l’archaïsme. Le grand levier à activer c’est aussi celui de l’export. Fondamentalement, les entreprises françaises ne sont pas exportatrices, il faut expliquer, démontrer et accompagner. J’estime que nous avons un  potentiel de  développement sur l’export de  230 millions, cela représenterait  11 % de PIB. Les outils de l’Etat sont là, Ubifrance est un très bon réseau, ce qu’il faut c’est convaincre les chefs d’entreprise.

Propos recueillis par Anne-Sophie Bellaiche

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