L'Usine Maroc

"Le Maroc ne doit pas être un "far west" ni pour les investisseurs étrangers ni pour les entreprises marocaines", selon Jamal Belahrach

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En marge de la rencontre Medef CGEM qui a réuni jeudi 28 mai à Paris près de 300 patrons du Club de Chefs d'entreprise France-Maroc, Jamal Belahrach, président de la commission emploi et relations sociales à la Confédération générale des entreprises du Maroc ( CGEM ) et patron de Manpower Maghreb revient pour L'Usine Nouvelle sur le concept de "flexibilité responsable" que vient de lancer le patronat marocain dans un rapport.

Le Maroc ne doit pas être un far west ni pour les investisseurs étrangers ni pour les entreprises marocaines, selon Jamal Belahrach
Jamal Belahrach, président de la commission emploi et relations sociales à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et patron de Manpower Maghreb
© balahrach.com

L'Usine Nouvelle : Est-ce que tout a été dit dans le cadre de ces réunions patronales France-Maroc ?  

Jamal Belahrach : Oui et non. Ces réunions sont utiles mais maintenant il faut passer aux actes en matière de coopération entre les entreprises marocaines et françaises. Les PME notamment.

Les instituts de conjoncture prévoient pour le Maroc un doublement de la croissance autour de 5%, c'est réjouissant?

Les chiffres sont plutôt bons mais on verra ce que cela donnera en termes d'emploi. Je ne vais pas faire la fine bouche. Nous sommes heureux d'avoir cette croissance, mais le Maroc doit viser 7 ou 8% pour véritablement émerger comme l'Asie en son temps. Il faut créer une dynamique pour créer de l'emploi d'où le plan d'accélération industrielle (PAI) et les mesures du même ordre qui fixent une bonne orientation.

Le gouvernement marocain est en train de préparer la loi de finances 2016. Quelles vont être vos priorités ?

La principale, c'est la réglementation du droit de grève [via une loi organique NDR]. Vient ensuite le point sur les amendements du code du travail. La question autour de la réforme des régimes de retraite est fondamentale aujourd'hui aussi. Enfin, il y a la politique de formation continue en particulier, qu'il faut développer pour améliorer l'employabilité des salariés.

Quel sens donnez-vous à la notion de "flexibilité responsable du travail" dont vous êtes un des des inspirateurs dans un rapport récent de la CGEM?

Ce rapport est un travail réfléchi qui a été mené avec l'ensemble des acteurs économiques. Aujourd'hui, il tombe à point pour une raison simple. Il n'y a pas un pays au monde qui crée de l'emploi sans un minimum de cadre flexible. Cette notion de "flexibilité responsable", en particulier au Maroc est donc essentielle. A charge pour les entreprises de jouer le jeu de la transparence, en payant leurs impôts et déclarant les gens qu'elles emploient.

Quel est l'objectif de votre rapport ?

Il s'agit d'un outil signifiant. Ce débat sur la flexibilité responsable doit absolument avoir lieu maintenant dans notre pays. Pourquoi ? Parce qu'on ne peut pas demander à des investisseurs de venir chez nous et leur proposer un cadre rigide. Cela signifie aussi que maintenant, avec les partenaires sociaux, on doit dialoguer,  ce qui sera bon pour l'économie marocaine et le monde du travail. Le but, c'est qu'au bout, on crée des emplois. Les exemples de l'Angleterre et de l'Allemagne sont suffisamment parlants en ce sens.

Quelle est votre vision de cette notion de flexibilité ?

Nous souhaitons une flexibilité responsable, les deux mots sont importants. Le Maroc ne doit pas être un "far west" pour les investisseurs étrangers ni pour les entreprises marocaines d'ailleurs. Cela signifie que les salariés doivent être déclarées et respectées. Dans l'autre sens, la flexibilité est un outil de management pour les entreprises. Et à cet égard, elle se doit d'être utilisée avec responsabilité. Mais pour ce faire, nous avons besoin d'un cadre légal car il n'y a pas un pays qui puisse se développer harmonieusement sans un cadre social adapté.

Que proposez-vous pour arriver à cette flexibilité ?

Nous proposons un cadre cohérent. D'abord, il faut apporter de la sécurité aux salariés. Cela passe notamment par l'IPE, l'Indemnité pour perte d'emploi lancée fin 2014 et un contrat unique qui reste à inventer. Notre réflexion porte aussi sur la création d'un contrat de travail à temps partiel, qui n'existe pas. Cela pour donner la possibilité à tous les secteurs nouveaux ou au tertiaire comme la restauration d'intégrer les travailleurs dans le secteur formel. Et les femmes au premier chef.

Quelle a été la réaction des pouvoirs publics d'une part et des partenaires sociaux d'autre part à vos propositions ?

Le feedback du gouvernement est positif. Il faut maintenant qu'on discute avec les syndicats auxquels il faut expliquer l'équilibre à trouver entre sécurité des salariés et flexibilité pour les entreprises. C'est un équilibre permanent qu'il faut dessiner ensemble.

Cela passe-t-il par un grand sommet social au Maroc  ?

Nous appelons à la tenue d'un sommet social depuis plusieurs années ! Il va falloir relancer d'abord de petites réunions de travail. On verra ensuite pour le grand sommet social.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

Coopération Medef-Cgem : un pas de plus
Après le forum jeudi 28 mai à Paris entre près de 300 patrons du Club de chefs d'entreprise France-Maroc, simultanément à la "Réunion de haut niveau" entre les deux gouvernements, le Medef a rappelé dans un communiqué ce 2 juin qu'il avait signé à cette occasion avec la CGEM  sa première convention de coopération avec une organisation patronale du Maghreb. Un texte paraphé par le président du Medef Pierre Gattaz et Miriem Bensalah Chaqroun, présidente de la CGEM. Selon le Medef, "cette convention promeut la coopération bilatérale entre nos deux organisations. Elle favorise leur rapprochement, les travaux communs et les relations entre nos deux communautés d’affaires, notamment pour les PME (...)".
Pour le Medef "la complémentarité des économies françaises et marocaines doit permettre de gagner ensemble des marchés à l’international, notamment en Afrique sub-saharienne. Ce dialogue, dans un esprit de confiance, est d’autant plus important qu’il existe des liens étroits et historiques qui unissent la France et le Maroc, politiquement, économiquement et socialement. La France est en effet le second partenaire commercial du Maroc (derrière l’Espagne), le premier investisseur, le premier bailleur de fonds et aussi le premier pays de provenance des touristes". Près de 800 entreprises françaises emploient ainsi plus de 80 000 salariés au Maroc , selon le Medef.

 

 

 

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