L'Usine Maroc

Le Maroc, moteur possible de la convergence financière en Afrique?

, ,

Publié le

Economistes, experts, entrepreneurs, et hauts-fonctionnaires franco-africains se sont, deux heures durant exprimés sur le thème "Le Maroc, moteur possible de la convergence financière en Afrique ?" le 11 juin à Sciences-Po Paris avant de céder en conclusion la parole à Moulay Hafid El Alamy, ministre de l'Industrie du Maroc qui a défendu son nouveau plan industriel.  

Le Maroc, moteur possible de la convergence financière en Afrique?
Moulay Hafid El Alamy, ministre marocain de l'industrie
© Fadel Senna AFP Photo

Un "WallStreet" chérifien est-il possible ? C'est "La" question à laquelle ont tenté d'apporter une réponse les différents débatteurs invités à Sciences-po Paris (IEP) en fin de journée du mercredi 11 juin dans un amphithéatre où plus de 200 personnes étaient présentes.

Soulignant le récent développement financier en Afrique, Philippe Martin, professeur d'économie à l'IEP Paris a milité pour une "règlementation des marchés financiers en Afrique" en soulignant qu'une intégration financière aurait selon lui "des effets d'échelle bénéfiques".

Said Ibrahimi, directeur général de Casablanca Finance City (CFC) est probablement le plus concerné par la problématique soulevée.

L'ambition de CFC est en effet de faire de Casablanca une place financière pour l'Afrique du nord et de l'ouest grâce à un cadre réglementaire adapté et des incitations fiscales. En vue : la mise en place d'un écosystème de la finance et des services associés pour attirer des sièges sociaux ou la cotation d'entreprises de la région à la bourse de Casablanca, la quatrième d'Afrique.

Usant d'une métaphore, Said Ibrahimi voit dans le Maroc "un arbre dont les racines seraient en Afrique et les feuilles en Europe". Il pense que l'intégration financière à travers l'expérience marocaine pourrait être le "catalyseur d'une intégration industrielle" du continent.

stabilité politique

Une vision tempérée par le délégué général de l'institut Thomas More, Jean-Thomas Lesueur pour qui "la stabilité politique des pays africains reste un préalable pour parvenir à une offre de services financière intégrée et globale."

Mo Ibrahim, multimillionaire anglo-soudanais et président de la fondation qui porte son nom s'attache justement à travers celle-ci  d'aider à "l'amélioration de la gouvernance et du leadership en Afrique", a-t-il rappelé. Il a pointé les progrès de nombreux pays en la matière. Il s'est aussi posé la question de "savoir ce que recouvre le terme même de convergence financière pour l'Afrique" et même celle de se dire si "une banque centrale était vraiment indispensable".  

Natacha Valla, directrice-adjointe du CEPII (Centre français d'étude et de recherche en économie internationale), après un bref rappel historique a mis en avant les fondamentaux "techniques" qu'il fallait assurer pour réussir une intégration financière en Afrique où ailleurs à savoir "la croissance, la maîtrise de l'inflation et des déficits et un niveau convenable de réserves de change."

coût élevé de l'argent

Moustapha Niasse, président de l'Assemblée nationale du Sénégal a mis en exergue "le coût élevé de l'argent" que subissent les pays africains. Mettant en relief "le cycle infernal de la dette" boosté par des "taux d'intérêts exhorbitants" accordant aux plus endettés le label PTE (pays très endetté) dans les classements internationaux.

Alexandre Kateb, économiste et fondateur de la plateforme Next Gem, voit lui presque un "avantage" pour le Maroc et l'Afrique au fait de  démarrer ce processus d'intégration financière en retard par rapport à l'Europe. "Car cela permet de ne pas renouveler les mêmes erreurs", assure-t-il.

Enfin, dernier intervenant à prendre la parole, Moulay Hafid El Alamy est revenu sur ses multiples casquettes "petit" entrepreneur dans les assurances, de patron des patrons marocains et bien sûr de ministre. Selon lui, si l'intégration financière est "essentielle", elle reste liée à la problématique de la "taille critique" sans quoi elle ne serait pas possible.

diversité africaine

Sur le plan africain, il est important à ses yeux de tenir compte de la "diversité" africaine avec ses "niveaux de développement hétérogènes". Et que pour réussir son décollage, l'Afrique aura certainement besoin non pas d'un mais de "plusieurs moteurs".

Pour le Maroc, Moulay Hafid Elalamy a souligné l'importance de la "visibilité pour drainer les Iinvestissements directs étrangers" vers son pays. Il a notamment mis en avant la volonté politique du royaume de mener à bien sa révolution industrielle "en dehors des ressources du sous-sol" à travers le plan Emergence démarré en 2009 et celui "d'accélération industrielle", lancé le 2 avril cette année et qu'il compte mener à bon port d'ici à 2020.

Optimiste, il n'a pas manqué pour conclure de souligner l'intérêt récent porté par les investisseurs chinois pour le Maroc qui se trouverait selon lui en position compétitive avec un salaire minimum de 300 dollars contre 500 dollars dans l'est de la Chine.

A la prévisibilité des politiques économiques du royaume, il a ajouté l'attractivité fiscale "le Maroc permet aux entreprises installées sur son sol la possibilité de rapatrier 100% de leur capital, 100 % de leurs dividendes et 100% de leurs plus-values."

Un argument de poids.

Nasser Djama

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte