Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Maroc

"Le Maroc attend beaucoup de François Hollande"

, , , ,

Publié le

Entretien Abdelkader Amara, 50 ans, est ministre de l’industrie et des nouvelles technologies depuis janvier. Ce père de trois enfants est un pilier du Parti de la justice et du développement (PJD), le parti islamiste modéré arrivé au pouvoir en novembre 2011. Dans un entretien accordé à L'Usine Nouvelle, il s'est montré rassurant sur l'avenir des investisseurs étrangers au Maroc en général, et sur la relation avec la France en particulier.  

Le Maroc attend beaucoup de François Hollande © D.R. - Royaume du Maroc

L'Usine Nouvelle - Sept mois après l’arrivée de votre gouvernement et du Premier ministre Abdelilah Benkirane, quel est votre message aux investisseurs internationaux ?
Abdelkader Amara - Le Maroc est un pays ouvert. Il le reste. Notre gouvernement est clair, le royaume évolue dans la stabilité et la continuité de ses engagements internationaux. Avec des objectifs simples : améliorer la gouvernance et la justice, lutter contre la corruption, favoriser l’action sociale, préserver le cadre macroéconomique et la croissance. Et faire de notre pays une plateforme attractive pour les investissements. Nous n’avons pas de pétrole. Notre richesse c’est cette capacité à capter ces investissements qui ont permis l’essor de notre industrie depuis 10 ans. Pour cela, un atout important est la cohésion sociale. Au Maroc, on la cultive qu’on soit islamiste, socialiste ou autre. D’ailleurs quand j’étais député d’opposition j’ais souvent soutenu ces programmes de développement.

En clair, les stratégies sectorielles menées par les précédents gouvernements comme le plan "Emergence pour l’industrie" sont poursuivies ?
Oui. Notre pays a développé un partenariat public-privé dans le cadre de ces contrats programmes fixant de grands objectifs. Nous continuons. Bien sûr il y aura des ajustements car certaines de ces stratégies sont à mi-course. Je pense ajouter ainsi à nos secteurs prioritaires la chimie, la pharmacie voire la métallurgie. Par ailleurs, beaucoup de projets fonciers notamment de zones industrielles ou tertiaires pour l’offshoring ont été impulsées par l’Etat souvent avec l’aide de la Caisse de dépôts et de Garantie (équivalent à la Caisse des dépôts  française NDLR). C’est bien car le foncier peut être un frein au développement au Maroc. Mais il faut remplir ces zones ! Ainsi nous menons une réflexion sur le lancement ou non à court terme de Marrakeshshore et Agadirshore. Par ailleurs, nous allons sans doute retravailler les cadres incitatifs en jouant sur les impôts et les aides à la formation, car l’Espagne est en crise et nos différences de coûts se réduisent. C’est une concurrence renouvelée.

Allez-vous revoir le cadre des investissements ?
Oui. Une nouvelle chartre des investissements est prête à être discutée au Parlement. Le seuil des projets éligibles à certaines subventions à l’investissement sera abaissé à 150 millions de dirhams (200 aujourd’hui). On renforcera aussi la dimension régionale. Autre exemple, la mise en place d’outils pour mieux traiter les gros investissements sur le modèle de ce qui a été fait pour Renault à Tanger et maintenant Bombardier à Casablanca, un dossier qui est pour moi une priorité.

Malgré des progrès, le Maroc reste mal noté pour son cadre des affaires…
C’est une préoccupation. Au sein de la commission du climat d’affaires, où siège le patronat, des réformes sont déjà proposées sur la transparence, la gouvernance, la justice, le droit social…. Nous avons identifié une trentaine de procédures administratives à supprimer. Il y a aussi le développement des PPP, l’amélioration de l’accès au foncier, la valorisation de l’auto entrepreneuriat, l’amélioration des délais de paiement ou les facilités de financement pour les TPE et PME.

Justement, certaines entreprises se plaignent d’une raréfaction du crédit. Comment pouvez-vous agir ?
La Bank Al-Maghrib (banque centrale NDLR) fait son travail et a injecté certaines liquidités dans le secteur bancaire sous condition qu’une part soit fléchée vers les PME. Ceci étant notre gouvernement est attendu sur les financements alternatifs, à savoir la finance islamique. Une loi est en route. Ces produits  se rapprochent du capital risque et c’est cela dont ont besoin les TPE ou PME. Ils pourront être distribués par les banques ou via l’arrivée d’organismes du Golfe ou même de Malaisie.

Autre préoccupation des entreprises, les délais de paiement…
Une loi existe et sera bientôt appliquée plus fermement. Elle prévoit des seuils de 60 ou 90 jours. Mais les pratiques ne changeront pas en un jour. Le Premier ministre a donné des instructions pour que l’administration veille aux délais de remboursement de la TVA. Nous voulons aussi donner un cadre juridique à la médiation. Un projet de loi sera introduit avant la fin de l’année.

Un des points fort du programme du PJD était la lutte contre la corruption. Où en êtes-vous ?
Je paraitrais ridicule en disant que notre système est satisfaisant. Le chantier de la réforme de la justice a été lancé le 8 mai par Sa Majesté Mohammed VI. Cela prendra des années. Notre pays œuvre déjà pour plus de transparence notamment via la mise en ligne de certains services. Il y a aussi le portail "Stop corruption" ou celui sur les marchés publics. Ce gouvernement, c’est  vraiment nouveau, a aussi publié des listes d’entreprises attributaires de certains marchés publics notamment dans le transport, pour rompre avec une certaine économie de rente. Je note que cela a été diversement apprécié… On devra donner des exemples pour montrer notre détermination. 

Dans les grands contrats comme le TGV, les entreprises marocaines réclament une part locale obligatoire, y souscrivez-vous ?
Nous allons inscrire la préférence nationale dans la loi pour certains  marchés publics. En matière d’offset, pour l’instant cela se traite à l’amiable avec les donneurs d’ordre par exemple pour le train à grande vitesse avec une part d’achats locaux. Avec Alstom on parle ainsi de 30%, ce groupe est coopératif. Nous réfléchissons à une loi.

Les entreprises s’inquiètent des conditions d’exercice du droit de grève. Allez-vous légiférer ?
La grève est un droit constitutionnel mais sans cadre législatif clair. En cela, les syndicats jouissent d’un relatif confort. Nous avons proposé une loi organique sur ce sujet pour fixer les conditions d’exercice de ce droit par exemple en matière de préavis. Idéalement, cette question devrait faire l’objet d’un accord entre partenaires sociaux, l’exemple de l’Allemagne montre que c’est la bonne voie. Mais, le gouvernement prendra ses responsabilités avant fin 2012. Selon moi, il faut même voir au-delà. A titre personnel, j’ai appelé à un débat sur la flexibilité du marché du travail. L’Espagne et l’Italie le font dans la douleur avec la crise. Je préfère qu’on en discute à froid. Quand je suis face à un investisseur à Tanger par exemple je ne peux lui garantir une certaine paix sociale ou en tout cas des règles claires. La réflexion doit s’engager sereinement via le dialogue social.

Le PJD dans son programme évoquait un smic à 3000 dirhams, il reste autour de 2300….
Lors de la constitution de la coalition gouvernementale à l’automne, nous avons retardé l’augmentation du Smic à 2015, voire 2016, et en privilégiant le rétablissement macro-économique. Pour 2013, l’objectif est de réduire le déficit en réformant notamment la Caisse de compensation (fonds public de subventions aux carburants et produits alimentaires NDLR).

Justement la hausse de 20% du prix de l’essence le 2 juin, liée à cette réforme, est critiquée…
En prenant cette mesure, le PJD a eu un courage politique exceptionnel. Le diagnostic était bien connu. Les gouvernements précédents n’avaient pas agi. La situation de la Caisse devenait intenable pour le budget et menait à une situation à la grecque. Au lieu de subventions indifférenciées à l’essence ou certains produits alimentaires, nous allons établir une liste de familles pauvres qui après bancarisation recevrons des aides liées à des indicateurs sociaux comme la scolarité, un peu sur le modèle brésilien. J’aimerais qu’en la matière on évite la surenchère politicienne ! Nous ne sommes pas sortis des turbulences du Printemps arabe. Je rencontre des responsables libyens ou égyptiens, le Maroc se trouve en comparaison dans une meilleure situation. Mais la croissance se base sur ses indicateurs économiques sains. N’est-ce pas ce que dit Mme Merkel ?

L’ Europe vous inquiète ?
Bien sûr, elle pèse 60% de nos exportations. La récession en Espagne nous coute cher. Des marocains reviennent au pays sans travail et des sociétés espagnoles font du dumping !

Qu’attendez-vous de la France ?
Le 28 mars lors d’une rencontre à Rabat avec les patrons marocains de la CGEM et français du Medef le premier ministre a parlé d’une "relation d’amour" entre nos pays ! C’est fort. Et Dieu sait s’il y avait des questions curieuses sur l’arrivé d’un parti islamiste au Maroc. Cette relation privilégiée est une aubaine, sans exclusivité car nous accueillons des investisseurs espagnols, canadiens ou indiens. Je pense que vos entreprises pourraient faire plus encore. Nous attendons beaucoup de François Hollande, notamment vis-à-vis de l’Europe. Malgré le processus de Barcelone et l’UPM, celle-ci ne porte pas assez d’attention à la rive sud de la Méditerranée. C’est pourtant là que se situe une partie de son avenir. Sans parler des risques d’une transition qui ne déboucherait pas sur l’amélioration des conditions de vie pour les peuples.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

Dossier spécial Maroc dans L'Usine Nouvelle
A l’occasion de la publication d’un dossier spécial consacré au Maroc, L’usine Nouvelle revient cette semaine sur le développement de l’industrie dans ce pays. La politique d’ouverture aux investissements internationaux avec des moteurs comme Renault, Safran, Sumitomo et bientôt Bombardier conduit à une modernisation accélérée de l’économie du royaume. Attirant aussi de nombreuses PME. A cela s’ajoute la poursuite des grands programmes d’infrastructures comme le futur TGV attribué à Alstom ou le doublement du port à conteneurs TangerMed. A côté d’un discours social très fort, le gouvernement arrivé en novembre et mené par le PJD, un parti islamiste modéré entend poursuivre l’ouverture économique du Maroc. Mais dans ce pays qui reste encore pauvre, le ralentissement économique devient comme ailleurs un motif d’inquiétude.

 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle