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L'Usine Maroc

"Le Maroc a tout intérêt à accélérer" selon Ludovic Subran, économiste chez Euler Hermès

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Publié le

Entretien Euler Hermès anticipe une accélération des défaillances d'entreprises au Maroc en 2015. L'Usine Nouvelle a demandé à Ludovic Subran, chef économiste chez l'assureur-crédit Euler Hermes d'expliquer pourquoi. Il livre son avis sur l'état de l'économie marocaine qui selon lui à tout intérêt à passer la vitesse supérieure en 2016.

Le Maroc a tout intérêt à accélérer selon Ludovic Subran, économiste chez Euler Hermès
Ludovic Subran, chef économiste chez l'assureur-crédit Euler Hermes
© DR

L'Usine Nouvelle : Sur le plan économique, le FMI a alerté le Maroc sur plusieurs points notamment ceux de la croissance et de l'endettement et ce malgré des agrégats généraux jugés encourageants. Est-ce qu'Euler Hermès à la même vision ?

Ludovic Subran : Nous prévoyons au niveau de la croissance un taux de 4,7% pour 2015 et 3,4% en 2016. Sur 2015, le taux s'explique par une année agricole exceptionnelle. En revanche, en 2016, les exportations nettes devant l'augmentation attendue des importations vont contribuer beaucoup moins à l'économie du pays. Ce sont les raisons qui expliquent le recul d'un point de croissance l'an prochain.

Qu'est-ce qui a provoqué l'accélération du taux de défaillance des entreprises ?

Sur le plan des financements, la progression du crédit n'a pas été assez forte. Sur le plan monétaire, un choc sur le dirham a provoqué une dépréciation de cette monnaie vis-à-vis du dollar. De facto, cela a renchéri les importations malgré les actions menées par la banque centrale qui ont amorti ce choc. Sur le plan intérieur, la consommation des ménages a pâti de la politique de décompensation menée par l'État. C'est ainsi que les commerces de détail ont été logiquement affectés.

Pour quelles raisons ?

Il n y a pas eu de crédits d'investissements ni de cycles d'investissements suffisamment importants à cause de la rareté d'un crédit abordable dans les équipements industriels et les entreprises qui travaillent avec les industriels. La valeur du crédit en équipement des entreprises est restée molle. Il y a aussi celles qui sont dues à la faiblesse de la consommation des ménages. La décompensation coûte cher en termes de pouvoir d'achat. Ce sont les trois raisons qui expliquent notre révision à la hausse du taux de défaillances des entreprises marocaines.

Quels types d'entreprises sont touchées par ces défaillances ?

Ce sont plutôt les entreprises de petite taille. Par secteur, ce sont celles qui appartiennent au commerce de détail, les services et les équipements industriels. La Samir par exemple va impacter tout son écosystème de petites entreprises. Les TPE sont plus fragiles de fait parce qu'elles ne sont pas capitalisées, manquent de marge de manœuvre avec les banques, n'ont pas des pratiques juridiques avancées. Du coup, elles prennent de plein fouet les difficultés.

Les importateurs aussi ?

Les importateurs ont aussi connu une accélération de l'augmentation de l'indice des taux de défaillance d'entreprises du notamment à des marges réduites et à un Dirham plus bas que le niveau attendu. Au Maroc, les importateurs ont connu plus de difficultés que l'année dernière.

Quel rôle a joué la monnaie marocaine ?

La nouveauté de 2015, c'est que le dirham à la suite de l'euro s'est déprécié de presque 20% par rapport au dollar. Sa parité était de 8 dirhams en 2014 pour passer à 10 dirhams pour un dollar en 2015.

Avez-vous un exemple ?

Prenez le cas de la plus grosse entreprise du Maroc, l'OCP. Du fait de la forte chute de la monnaie brésilienne, ce groupe a reçu moins de commandes depuis ce pays. Même si le Maroc exporte principalement vers l'Europe, ses échanges avec le Brésil, l'Inde, la Turquie ou le Moyen Orient lui ont posé des problèmes de change assez importants qui se sont répercutés au niveau du commerce extérieur du royaume.

Les banques marocaines jouent-elles leurs rôles ?

Elles jouent leur rôle de banque de détail. Globalement, les ratios obtenus par les banques marocaines sont comparables à ceux obtenus par les banques européennes. Certaines d'entre elles ont cependant dans leur portefeuille de prêts non performants où le risque crédit est assez important.

Le climat des affaires peut-il avoir des incidences sur les défaillances d'entreprises ?

Dans le classement Doing business de cette année, le Maroc n'a guère progressé.  (NDR Le Maroc figure au 75è rang sur 189). Cela montre que le Maroc a tout intérêt à passer à la vitesse supérieure en termes de financement, d'investissement et d'innovation.

Le Maroc ne reste-t-il pas attractif si l'on en juge par l'importance de ses IDE ?

L'attractivité du Maroc est toute relative. Les IDE augmentent en moyenne de 8 à 9% par an mais pas plus vite. Les IDE en provenance de la France devraient garder le même rythme. En revanche, ceux qui proviennent du Moyen Orient vont baisser du fait de la baisse des revenus pétroliers. Sectoriellement, les IDE restent prédominants dans l'immobilier alors que ceux du Tourisme et de l'industrie sont moins importants. Le coût du travail fait aussi qu'il n'est pas moins cher de produire au Maroc, en Roumanie ou Espagne. De plus, Le Maroc tire un avantage manifeste de l'instabilité qui règne au Maghreb.

Comment doit évoluer le Maroc selon vous ?

Il est temps pour le Maroc de repenser sa stratégie à moyen et long terme. Son budget 2016 par exemple est sans saveur. En dehors du financement bancaire, il n y a aucun autre dispositif de financement pour les PME. Pas de capital risque, pas de capital investissement, pas de Silicon Valley à la marocaine. Dans l'automobile par exemple, il faut accompagner ce secteur en substituant l'acier par de l'aluminium, utiliser des matériaux avancés etc. Le Maroc a tout intérêt à accélérer à la fois les investissements et les transformations dans tous les domaines s'il veut capitaliser sur les efforts louables qu'il a fourni jusque-là.

 

Propos recueillis par Nasser Djama

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