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Le marché du bio, arme anti-crise pour l'agriculture ?

Franck Stassi , ,

Publié le

Le marché du bio a progressé de 10% en 2015, à 5,5 milliards d’euros. Les consommateurs s’intéressent en premier lieu à la préservation de leur santé, tandis que les professionnels sont attirés par des prix plus élevés qu’en agriculture conventionnelle et l’usage de pratiques plus respectueuses de l’environnement.

"La bio, ce n’est pas que pour les bobos !", martèle Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence Bio, le groupement d’intérêt public chargé de la promotion de l’agriculture biologique.

Entre 2014 et 2015, le marché a progressé de 10%, à 5,5 milliards d’euros. D’après la dernière édition de son baromètre réalisé avec l’institut CSA, 9 Français sur 10 consomment des produits bio.

On compte 65% de consommateurs déclarant acheter au moins une fois par mois un produit biologique. Au démarrage du baromètre, en 2003, ils n’étaient que 37%. "La consommation bio existe dans toutes les catégories sociales. Plus les possibilités d’achat se développent, plus les opportunités d’achat se concrétisent", complète-t-elle.

"Une majorité de consommateurs s’intéresse aux produits bio par esprit de vigilance, afin de protéger leur santé et celle de leurs enfants", explique Elisabeth Mercier. C’est le cas de 82% des consommateurs. Pour 81% des consommateurs, l’achat de produits biologiques s’effectue sur des produits particuliers ou par opportunité : ils sont "pragmatiques".

Le soutien au développement de l’agriculture biologique et de la consommation responsable n’arrive qu’en troisième position. Toutefois, "la bio est une solution aux problèmes environnementaux pour trois-quarts des Français, ajoute Elisabeth Mercier. Consommer bio change les habitudes d’un consommateur sur trois : ceux qui achètent bio suivent une démarche cohérente, qui se poursuit par exemple avec les produits d’entretien ou la cosmétique".

Interrogé par L’Usine Nouvelle, le président de l’Agence Bio, Didier Ferreol, souligne le rôle clef de l’essor de la demande dans le développement de la filière. "S’il y a plus de volumes, les agriculteurs auront davantage à produire. Si l’on faisait encore progresser la part allouée au bio dans la consommation des ménages, nous pourrions réduire les coûts et mettre plus de moyens dans les techniques de production agricoles. L’offre semencière, qui est aujourd’hui satisfaisante, pourrait elle aussi croître : il faudra veiller à ce qu’elle suive les attentes", explique-t-il.

L'argument prix pousse les conversions

Il s’agit notamment d’encourager les conversions d’exploitations conventionnelles à l’agriculture biologique. 8,5% de producteurs supplémentaires ont rejoint le mouvement entre 2014 et 2015, pour atteindre le chiffre de 28 725 fermes. Fin 2015, 4,9% de la surface agricole utile française était engagée en agriculture biologique. Les surfaces ont progressé de 17% en un an. Les exploitations bovines (lait et viande), de grandes cultures et de maraîchage figurent parmi celles qui sont le plus engagées dans ce mouvement de conversion.

"Structurellement, au fil des années, les agriculteurs s’intéressent de plus en plus au bio pour préserver leurs sols. Il y a aussi des motivations sociales et économiques. Cela peut aussi être dû au fait que des voisins ou des connaissances sont engagés dans la filière. A cela, s’ajoutent des catalyseurs tels que la crise, qui amène à prendre du recul, et la politique publique", indique Elisabeth Mercier.

Les tensions que connaît actuellement la filière agricole sont moins perceptibles dans la filière bio, assure l’agence. "Dans le secteur du lait aujourd'hui le prix de vente est de l’ordre de 430 euros la tonne. Il existe un dialogue permanent dans la filière, qui permet d’obtenir des prix lissés. Cela nécessite une vigilance de tous les instants", a insisté Elisabeth Mercier.

Selon la qualité des céréales, le blé tendre est vendu entre 210 et 230 euros la tonne, contre environ 110 euros en agriculture conventionnelle. Les nouveaux engagements se localisent principalement dans le Sud-Est et sur la façade Atlantique. Le nombre de transformateurs, distributeurs, importateurs et exportateurs a quant à lui gagné 4,4% en un an, à 13 491 entreprises.

Afin d’accélérer le mouvement, la question de la fiscalité doit être posée, affirme Didier Ferreol : "si vous avez une fiscalité adaptée, voire nulle, cela pourra davantage soutenir le marché. Jouer sur la TVA est la clef".

Franck Stassi

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