Le marché chinois, première préoccupation des constructeurs à Francfort

Depuis le sud-ouest de l’Allemagne, au salon IAA de Francfort, les yeux seront rivés à l’est vers le marché chinois. Eldorado des constructeurs allemands (et des autres) depuis les années 2000, la Chine tousse et les constructeurs s’interrogent sur leurs positions dans le pays.

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Si le cœur du secteur automobile battra en Allemagne, pendant les quinze jours du Salon de Francfort (du 15 au 27 septembre), les regards seront immanquablement tournés vers la Chine. Premier marché automobile mondial (23,49 millions de véhicule vendus en 2014), et premier relais de croissance des constructeurs allemands, le pays tousse depuis plusieurs mois et inquiète les dirigeants des grands constructeurs. La demande va rester forte, a assuré le patron de Volkswagen, Martin Winterkorn ce mardi 15 septembre en ouverture du salon.

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Recul des ventes

Il n'empêche. En mai, les ventes de voitures de luxe ont reculé de 1%. En juillet, c’est tout le marché qui reculait de 7%, à 1,5 million de véhicules vendus, selon la CAAM (Association des constructeurs automobiles chinois). "Au premier semestre, le marché a progressé de 6,4% par rapport au premier semestre 2014, mais a baissé en juin/juillet. Nous anticipons une hausse de 7,9% en 2015, nous sommes donc loin des belles années", constate François Jaumain, associé responsable de l’automobile, au sein du cabinet PwC. Cette baisse du marché automobile est un effet direct du ralentissement de toute l’économie chinoise, et de l’effondrement boursier, qui a débuté en juin. "Les moyens financiers de la classe moyenne ont été fortement impactés pendant cette crise. C’est autant d’argent qui ne sera pas réinvesti dans l’achat d’un véhicule neuf", poursuit François Jaumain, qui ajoute : "Personne ne s’attendait à un ralentissement aussi brutal".

Taux d’utilisation de moins de 60%

Le ralentissement se fait aussi sentir dans les usines. Leur taux d’utilisation est passé de 78% en moyenne à 69,8% cette année, estime PwC-Autofacts. Ce taux est encore plus dans les usines des constructeurs 100% chinois, hors coentreprise avec des constructeurs mondiaux. "Les surcapacités ont commencé à augmenter de façon significative en 2011. Fin 2014, elles représentaient 16,06 millions d’unités, engendrant un taux d’utilisation global de moins de 60%, une première depuis six ans", estimait il y a quelques semaines le cabinet statistiques Inovev. Le cabinet donnait un taux d’utilisation de seulement 43,5% en 2014, un chiffre qui devrait encore baisser en 2015...

Guerre des prix

Les constructeurs occidentaux craignent en conséquence une baisse des marges, avec la baisse des volumes. Or, certains d'entre eux, comme BMW ou le groupe Volkswagen réalisent plus de 10% de leurs profits en Chine. "Les modes de vente vont devenir plus agressifs", attendait fin juillet le directeur financier de VW, Hans-Dieter Pötsch. Or cette guerre des prix pourrait attaquer encore un peu plus leurs marges, alors que leurs stocks continuent de grimper.

Plus de crossovers, moins de berlines

Beaucoup d’observateurs s’interrogent aussi sur la santé financière des réseaux de concessionnaires, sujet sur lesquel les constructeurs restent très discrets. "La période où les marques gagnaient à tous les coups est finie, note François Jaumain. Désormais, les véhicules auront des fortunes diverses selon les modèles". Le marché est en effet dominé par les crossovers et SUV (20% du marché aujourd’hui, 25% en 2020, selon les estimations de PwC-Autofacts), tandis que les berlines, même avec un coffre, perdent du terrain. Même si elles conservent la majorité du marché, PwC-Autofacts estime qu’elles passeront de 59 à 56% du marché en 2020.

Nouvelle normalité

PwC note que le marché chinois reste cependant attractif, avec 100 véhicules pour 1000 habitants. Mais la croissance à deux chiffres semble révolue : depuis 2012, elle a été divisée par deux d’une année sur l’autre. "Une nouvelle normalité est en train de s’installer en Chine", estimait fin juillet Christian Klingler, directeur des ventes monde chez Volkswagen. Seules entreprises à tirer leur épingle du jeu : les équipementiers. Si leur valeur en bourse a chuté, dans le sillage des constructeurs, leurs carnets de commande et donc leurs marges futures semblent assurer, grâce notamment à une large présence auprès de tous les acteurs, chinois comme étrangers. Valeo réalise ainsi 16% de son chiffre d’affaires en Chine et 25% de son carnet de commandes, dont la moitié auprès des groupes chinois.

A Francfort, Pauline Ducamp

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