Le marché chinois du véhicule électrique s’éveille

Le gouvernement pousse au développement des véhicules propres, afin de réduire la pollution dans les grandes villes tout en donnant une avancée technologique à son industrie automobile.

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Le marché chinois du véhicule électrique s’éveille

Un bruit diffus et seulement un coup de klaxon pour prévenir les piétons de son arrivée. Dans les allées d’Heritage Park, l’énorme centre des congrès de Chengdu (Chine) qui accueillait la semaine dernière le Michelin Challenge Bibendum, le véhicule électrique était partout.

Lutter contre la pollution

Les visiteurs se sont pressés pendant quatre jours pour essayer une Tesla Model S, une BMW i3 ou encore la première voiture électrique conçue par Daimler et son partenaire chinois BYD, la Denza, une Classe B bleu électrique et surtout zéro émission. A la vue du brouillard jaune qui enveloppe Chengdu, on comprend l’engouement que suscite le véhicule propre. La semaine dernière, les relevés de qualité de l’air affichaient 160ppm dans la quatrième ville chinoise. De l’autre côté du pays, à Pékin, les seuils atteignaient les 270 ppm.

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"Face à la pollution, la voix tracée par les autorités mène aux technologies ayant un lien avec l’électrification, véhicule électrique ou hybride rechargeable" explique Pierre-Frédéric Lebelle, vice-président en charge de la R&D en Asie chez PSA. Le gouvernement chinois s’est ainsi tourné vers une solution rapide, plus rapide dans un premier temps que de revoir tout le schéma d’alimentation énergétique chinois. "Le passage au véhicule électrique fera de facto baisser les importations de pétrole, ce qui entre parfaitement dans la stratégie du gouvernement chinois " ajoute Pierre Paturel, chargé d’études à l’institut Xerfi. Les autorités font un double pari, augmenter les ventes par des mesures incitatives et développer l’industrie automobile locale par une politique protectionniste.

Politique incitative

Au printemps, elles ont donc mis en place une politique généreuse pour les acheteurs de véhicules électriques. A l’achat, ils reçoivent une prime équivalant à 6000 euros, à laquelle s’ajoute une prime des autorités locales, qui peut atteindre le même montant. De plus, le conducteur de véhicule électrique n’aura pas à payer sa plaque d’immatriculation, qu’il recevra immédiatement. Pour limiter la circulation automobile dans les grandes agglomérations, les autorités ont en effet instauré un système de tirage au sort pour les plaques. Seuls les conducteurs tirés au sort peuvent en avoir une qu’ils doivent payer plusieurs milliers d’euros.

Les premiers effets se font sentir sur le marché. Selon les chiffres officiels, 22 258 véhicules électriques ont été vendus depuis le début de l’année, contre 14 609 sur toute l’année 2013. "Le marché n’a pas encore décollé, car il n’y a pas d’offres suffisantes, côté véhicule comme côté recharge, tempère Michel Orville, fondateur d’IES Synergy, une PME montpelliéraine spécialiste de la recharge rapide. Mais tous les constructeurs travaillent au développement de ces véhicules".

Des voitures chinoises

Les marques chinoises sont en effet les premières bénéficiaires de cette politique volontariste. Pour bénéficier des primes gouvernementales, la voiture doit être produite sur place. Et surtout, elle doit être vendue sous marque chinoise. C’est pourquoi Daimler commercialise son véhicule sous le nom de Denza. "Les Chinois tirent le marché. Le plus gros vendeur est aujourd’hui Kandi, qui fabrique de petits véhicules pour l’autopartage, souligne Pierre Paturel. Il a remporté un appel d’offre pour 20 000 véhicules dans la ville de Hangzhou".

Tout le monde veut sa part du gâteau. Selon le cabinet Arthur D. Little, 60 nouveaux modèles de véhicules électriques sortiront en 2016. "Dès 2020, 200 000 véhicules électriques et 200 000 hybrides rechargeables pourraient s’écouler chaque année" estime Antoine Doyon, directeur Chine d’Arthur D. Little. Les constructeurs français sont aussi à l’affût. Renault envisage de commercialiser la Fluence ZE en Chine, sans préciser aujourd’hui sous quelle marque. PSA suit lui avec intérêt les recherches de son partenaire et actionnaire DongFeng sur le sujet. Le français mise surtout sur son système hybride rechargeable officiellement validé il y a quelques semaines.

Le plug-in hybrid bénéficie aussi d’aides gouvernementales à l’achat. "Peu de constructeurs maitrisent et commercialisent déjà cette technologie, rappelle Pierre-Frédéric Lebelle de PSA. La Chine s’oriente clairement vers des technologies qui ne sont pas encore matures, mais dont elle souhaite être à la pointe d’ici 5 à 10 ans". D’ici là, les autorités devront aussi mettre en place un vrai réseau de bornes de recharge. "La Chine veut son propre standard de recharge, dont la première version devrait être définie d’ici la fin de l’année, précise Shun Zhao, directeur IES Synergy China. IES fait partie des discussions avec le ministère de l’Industrie et des Technologies comme avec les grands opérateurs électriques ou les organismes en charge de l’automobile".

A Chengdu, Pauline Ducamp

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