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"Le manager qui a de l’autorité, c’est celui qui enrichit les autres", explique Nicolas Masson

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Les entreprises et dirigeants chrétiens ont publié un cahier sur le pouvoir et l’autorité du dirigeant. PDG du cabinet Pragma, Nicolas Masson a participé à ces travaux et revient sur cette notion clé du management et de l’organisation des entreprises. Revenant à l’étymologie de l’autorité, il rappelle que pour détenir de l’autorité il faut élever, faire grandir ceux sur qui elle s’exerce.  

Le manager qui a de l’autorité, c’est celui qui enrichit les autres, explique Nicolas Masson © Nicolas Masson

L’Usine Nouvelle - Pourquoi consacrer du temps à la notion d’autorité. C’est quelque chose qu’on a ou pas, non ?

Nicolas Masson - Au sein des entrepreneurs et dirigeants chrétiens, nous avons monté une petite équipe pour réfléchir aux notions de pouvoir et d’autorité du dirigeant. Sachant que nous étions essentiellement des dirigeants de PME, nous nous sommes penchés sur la façon dont on exerce le pouvoir. Car l’autorité est une notion qui permet d’aborder le rôle du dirigeant.

Avoir de l’autorité c’est être reconnu par ses subordonnés. C’est être une personne qui sera suivie non pas pour ce qu’elle est ou représente. Ceci étant, l’autorité a une dimension personnelle qui peut se travailler, ou pour dire les choses autrement, on peut former les managers pour qu’ils exercent mieux leur autorité.

Inversons la perspective, qu’est ce qui fait qu’une personne reconnaît l’autorité d’une autre personne ?

On reconnaît une autorité parce qu’on a la conviction qu’elle vous apporte quelque chose. Le mot autorité vient du latin augere qui veut dire augmenter. Avoir de l’autorité sur les autres implique de leur apporter quelque chose, de les enrichir, un terme à ne pas prendre au sens matériel.

Ce point a d’importantes implications, notamment sur la capacité à être suivi. Un chef qui sait augmenter ses équipes, les développer, sera plus facilement suivi qu’un autre qui va être dans le contrôle tatillon. Pour exercer son pouvoir, le second devra s’appuyer sur l’obéissance. Le premier n’en a pas besoin, il a l’autorité suffisante. Avoir de l’autorité c’est savoir créer de l’adhésion autour de soi. Or, les entreprises ont besoin d’équipes qui adhèrent. C’est pour cela que la question de l’autorité nous a intéressé.

Certaines personnalités politiques, certains philosophes ou psychanalystes ont construit leur succès sur la notion de crise de l’autorité et sur la nécessité de la restaurer. Observez-vous la même chose dans l’entreprise ?

Je ne suis pas du tout certain que ce soit quelque chose de si nouveau. Le pouvoir a toujours été plus ou moins bien exercé. La différence réside dans le comportement des subordonnés. Avant, ils subissaient. L’exercice du pouvoir est plus difficile aujourd’hui car le niveau d’exigence des collaborateurs est bien plus élevé. Quand on fait des enquêtes auprès des salariés dans les entreprises, on voit bien qu’ils attendent beaucoup des managers. 

Plus d’attentes vis-à-vis de managers dont l’autorité est moins reconnue, comment expliquez-vous ce paradoxe ?

Pour être plus précis, c’est une des trois dimensions de l’autorité qui est remise en cause. Car l’autorité repose sur trois éléments, la fonction prise ou reçue, le charisme personnel et la compétence. Les modèles de l’autorité qui se sont développés jusqu’à une époque récente ont donné une large place à la fonction hiérarchique.

Or la confiance et l’attachement aux institutions ont baissé de façon constante depuis des années. Dans la mesure où les entreprises n’échappent pas à ce mouvement, les fonctions attribuées ou reçues ne donnent plus beaucoup d’autorité. Le dirigeant comme le manager doivent donc construire leur autorité en s’appuyant davantage sur les deux autres éléments permettant de la "fabriquer".

La formation des managers n’est-elle pas essentielle pour, comme vous dites, "fabriquer" l’autorité  ?

Exercer l’autorité demande une plus grande qualité, une plus grande implication personnelle. Pour cela, il faut davantage d’accompagnement et de formation des personnes. Je ne suis pas sûr que toutes les entreprises ont bien en tête la nécessité de davantage "soigner" leurs dirigeants comme leurs collaborateurs managers.

Le manager est nommé par sa hiérarchie, qui lui confie une fonction. Son autorité dépend-t-elle alors des choix effectués par le N+1 ?

La question de l’autorité dépasse la personne. En effet, elle renvoie à l’entreprise, à son organisation et à son fonctionnement. Certaines entreprises fabriquent de l’autorité et donc de l’adhésion, d’autres échouent. Je fais l’hypothèse que deux éléments vont faire la différence : le sens que l’on sait donner à la mission de l’entreprise et la façon dont le dirigeant se positionne vis-à-vis des managers, le pouvoir qu’il leur délègue, le cadre qu’il construit. Car le dirigeant construit l’autorité de ses collaborateurs. Si toutes les décisions remontent à lui, cela va être difficile pour le management intermédiaire d’asseoir son autorité car les salariés comprennent vite que ce n’est pas lui qui décide.  

Vous disiez précédemment que l’autorité est quelque chose qui doit élever. Or, comment peut-on élever ses collaborateurs quand le travail est de plus en plus standardisé ?

La problème de la qualité du travail est majeur, notamment avec la dématérialisation de l’activité. Le manager doit savoir quelle qualité de travail il demande à ses équipes. C’est très important pour son autorité. Pour concilier augmentation et standardisation, il y a des pistes. Certaines sont dans l’organisation du travail, en donnant de l’autonomie. Un autre moyen est de savoir emmener ses équipes vers ailleurs.

Depuis quelques années, des ouvrages vantent l’autonomie, la liberté, affirmant que la hiérarchie est une notion dépassée. Pensez-vous que l’autorité a de l’avenir ?

Si l’autonomie est importante, avoir un cadre, une référence l’est aussi. Je ne crois pas davantage à un fonctionnement avec trop de chefs qu’à celui avec pas assez de chefs. Un chef c’est une personne qui aide la personne à évoluer. Les salariés ont besoin de managers disponibles qui leur consacrent vraiment du temps. Ils ont besoin de ne pas être seul face au travail. J’ai en tête l’exemple d’une entreprise qui donne beaucoup d’autonomie à ses salariés. Si certains s’en sortent très bien, d’autres ont des difficultés, voire sont en souffrance à cause de cette autonomie non souhaitée.

Autrement dit, l’autorité a pour vous un bel avenir devant elle ?

L’existence de l’autorité n’est pas remise en question et, quand elle est correctement exercée, elle est vraiment appréciée. Elle est toujours aussi nécessaire pour la vie de l’entreprise et pour le bien des personnes sur qui elle s’exerce… C’est en ce sens que l’on peut dire qu’elle n’est pas en crise.

Christophe Bys

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