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Quotidien des Usines

Le management selon Henri Proglio

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Formation des salariés, fidélisation des équipes, transmission des connaissancesaux jeunes recrues... Invité des "petits déjeuners de l'industrie", le PDG d'EdF explique l'importance du capital humain pour relever les défis industriels.

Mercredi 14 avril, le PDG d'EdF, Henri Proglio (à gauche), a été le premier invité des « petits déjeuners de l'industrie » animés par Laurent Guez, directeur de la rédaction. Un nouveau rendez-vous lancé par « L'Usine Nouvelle » et les Arts et Métiers ParisTech, en partenariat avec la Société des ingénieurs des Arts et Métiers. Régulièrement, une personnalité du monde de l'industrie réagira à l'actualité économique et interviendra sur des problématiques scientifiques et techniques.

La sortie du rapport de l'ancien PDG d'EdF, François Roussely, chargé par Nicolas Sarkozy de redéfinir l'organisation de la filière nucléaire française, est imminente. Ses conclusions devraient établir la prééminence d'EdF comme chef de file de l'atome. Mais, il préconisera également l'émergence de nouveaux opérateurs comme GdF Suez. Pour Henri Proglio, cette réorganisation est indispensable. Mais, en tant que président d'EdF, sa vision est nécessairement décalée, explique-t-il. EdF ne peut pas construire le nucléaire d'un pays sans s'intéresser à la filière industrielle locale, que ce soit au Royaume-Uni, en Italie, en Russie, en Chine, en Corée ou aux Etats-Unis. « EdF doit avoir une vision de filières industrielles au pluriel, incluant, entre autres, l'industrie française », analyse-t-il.

EdF entend bien être le principal bâtisseur du nouveau parc mondial de réacteurs, malgré le départ à la retraite dans les cinq ans à venir de la moitié de ses salariés spécialisés dans le nucléaire. Entre 1977 et 1999, ses équipes d'ingénierie ont bâti les 58 réacteurs français. Henri Proglio considère qu'EdF a su maintenir ses compétences, en dépit du creux d'activité en France dans les années 2000 : « EdF a eu la force, la capacité d'anticipation, l'intelligence et l'ambition d'accompagner la fabrication du parc nucléaire chinois. Nos équipes n'ont donc pas été démobilisées car il fallait de plus assurer la maintenance et la modernisation du parc existant en France. Un atout de la France dans la compétition nucléaire mondiale sera, qu'on le veuille ou pas, EdF. »

La construction du nouveau réacteur EPR à Flamanville (Manche) suit son cours. « Je n'ai pas le temps de faire une pause, précise le PDG d'EdF. Penly [lieu de construction du deuxième EPR français en Seine-Maritime] est déjà programmé. Nous sommes très impliqués dans le nucléaire britannique. Nous n'avons pas le temps d'attendre. Il faut que le retour d'expérience des premiers EPR de série soit rapide et, qu'en parallèle, nous fassions évoluer le concept. »

EdF ne veut pas brader à ses concurrents sa production d'électricité d'origine nucléaire, quand bien même la France a pris l'engagement auprès de la Commission européenne de libéraliser son marché de l'électricité. Il n'était pas question pour Henri Proglio d'accepter un prix trop bas, sous peine de « subventionner la concurrence ».

Soumis au Parlement cet été, la loi sur la « nouvelle organisation du marché de l'électricité » (Nome) ne précise pas ce prix, pas plus que les paramètres de son évolution. Il faudra attendre la publication des décrets afférents. Il est question, toutefois, d'un prix de l'ordre de 41 euros/MWh, proche du « Tartam », le tarif réglementé proposé actuellement aux industriels. « Aucune entreprise ne peut accepter de vendre son produit à prix coûtant sous peine de voir sa pérennité menacée, assène le PDG. Si tant est qu'il existe une rente nucléaire, celle-ci a été entièrement redistribuée aux Français. Les tarifs de l'électricité sont 40 % plus bas en France que dans les pays voisins, en particulier les tarifs industriels. »

Le 3 juin 2010 7e rencontre annuelle énergie de « L'Usine Nouvelle », à Paris. Smartgrids, interconnexions, gestions des réseaux : les défis du marché à l'horizon 2020. Pour tous renseignements, tel. 01 77 92 93 98.

Un jour comme un autre, ou presque ! Mercredi 14 avril, Henri Proglio est le premier invité des « petits déjeuners de l'industrie ». Pendant près de deux heures, le PDG d'EdF intervient devant d'anciens élèves des Arts et Métiers. Au cours de la matinée, le projet de loi sur la « nouvelle organisation du marché de l'électricité » (Nome) doit être présenté devant le conseil des ministres. Henri Proglio se montre détaché, persuadé qu'EdF surmontera les effets de cette nouvelle donne qui l'obligera à céder à un prix compétitif le quart de son énergie d'origine nucléaire à ses concurrents (GdF Suez, E.ON, Enel, Poweo, Direct Energie) d'ici à 2025. Ce mercredi, Henri Proglio a choisi de parler de l'engagement des salariés d'EdF, fondamental pour la réussite de son projet d'entreprise, et du développement de leurs compétences, capital pour assurer la croissance du groupe. Deux priorités pour le PDG du premier électricien mondial, dont la moitié des salariés partiront en retraite au cours des huit ans à venir. Fidèle à sa réputation, Henri Proglio défend des positions bien arrêtées, souvent à contre-courant des idées reçues sur le management.

"NE VOUS RENDEZ PAS INDISPENSABLE !"

« L'entreprise est une aventure industrielle et humaine. Si on oublie l'un des deux termes, on passe à côté de l'essentiel », défend, avec conviction, le PDG. Ce n'est pas un hasard si les premières mesures annoncées lors de sa prise de fonction chez EdF, en novembre dernier, concernaient les relations humaines. Dès le mois de décembre, il a réuni les 80 plus hauts cadres dirigeants du groupe pour mobiliser ses troupes. Avec une méthode bien particulière : il ne s'agit pas de commander, mais de convaincre. « Si on veut enthousiasmer, avoir des salariés qui ont envie de bâtir l'avenir de l'entreprise, il faut savoir les mobiliser autour de la stratégie, mais il faut aussi savoir s'entourer des compétences nécessaires pour construire la croissance », affirme le PDG. Le terrain demeure une source d'information capitale pour le patron d'EdF. « Il faut faire remonter les idées, estime-t-il. Si on emporte d'abord l'adhésion du plus grand nombre, on obtient aussi l'adhésion des managers. C'est même plus rapide et plus efficace dans ce sens... »

Plus que par les mots, c'est par les actions qu'Henri Proglio veut rassembler. « Si vous donnez le sentiment de vous attaquer aux vrais problèmes, alors, pas besoin des journaux internes, votre réputation est faite immédiatement, assure-t-il. A partir de là, vous pouvez lancer de grandes initiatives qui seront portées par le corps social de l'entreprise. » Sa méthode de management, cet ancien élève d'HEC veut la faire partager à tous les cadres du groupe. A ceux qui souhaitent connaître ses recommandations pour gravir les échelons de l'entreprise, il donne deux conseils. D'abord, savoir mériter le respect de ses collaborateurs plutôt que de rechercher la reconnaissance de ses chefs. Un moyen plus efficace de travailler et de se faire remarquer. Plus original, il conseille de ne surtout pas se rendre indispensable. Au contraire ! « Sachez faire émerger des compétences et promouvoir les talents autour de vous, sachez vous rendre remplaçable, préconise-t-il. Si vous êtes remplaçable, je viendrai vous chercher pour d'autres projets, alors que si vous vous rendez irremplaçable, je vous laisserai à coup sûr là où vous êtes ! »

"LE CAMPUS EDF, UN OUTIL IMPORTANT POUR LA TRANSMISSION DES SAVOIRS"

Encore faut-il disposer des outils pour accroître les compétences des salariés. En janvier, le nouveau PDG lance la création de campus EdF, en France et au Royaume-Uni. Avec un modèle en tête, qui a fait ses preuves, celui mis en oeuvre au début des années 1990 chez Veolia, le groupe où Henri Proglio avait fait toute sa carrière avant sa prise de fonctions chez EdF. « Vingt ans plus tard, je constate que c'est le plus bel investissement que l'on ait fait », se félicite-t-il. Chez EdF, ces nouvelles écoles permettront aux cadres sur le départ de transmettre leurs connaissances aux jeunes recrues. Il y a urgence : la moitié des effectifs du groupe partira en retraite dans les huit ans, et dans les cinq ans... pour la seule branche nucléaire. Ces campus permettront aux salariés d'atteindre, le cas échéant, des postes à responsabilité. « C'est un projet structurant pour une entreprise, mais c'est aussi dérangeant car cela oblige à gérer les effectifs par anticipation : par exemple, ceux que l'on doit recruter en apprentissage, il faut les recruter deux ans en avance », reconnaît-il. Outil de promotion au sein de l'entreprise, les campus EdF permettront de fidéliser les salariés.

"L'AVAL DE LA PRODUCTION VA DEVENIR ESSENTIEL"

Henri Proglio souhaite non seulement attirer de jeunes ingénieurs chez EdF, mais aussi motiver les équipes d'ingénierie en place, en leur soumettant de nouveaux défis. « A partir des réseaux existants, comment optimiser l'utilisation et la consommation de l'électricité ? Comment optimiser la création de valeur ? » Le patron d'EdF répond : en maîtrisant l'aval de la production. A l'avenir, les énergies de proximité représenteront une part non négligeable de la production électrique, à condition d'optimiser les réseaux de distribution. « Penser l'articulation entre une infrastructure de réseaux centralisée et le développement d'une production d'électricité de plus en plus décentralisée est un vrai métier dont les perspectives sont sans limites, précise Henri Proglio. C'est un énorme chantier que nous devons conceptualiser, formaliser et structurer. » Ces énergies de proximité incluent les énergies renouvelables, et, en premier lieu, l'hydroélectricité. L'énergie hydraulique, « c'est la moins chère, la plus efficace et la plus puissante des énergies renouvelables », rappelle Henri Proglio. Pour EdF, elle est aussi importante que l'énergie nucléaire.

« Dans l'éolien, notre capacité d'expertise est portée par notre filiale EdF Energies Nouvelles, qui est l'un des leaders mondiaux dans ce domaine », rappelle le PDG d'EdF. Dans le photovoltaïque, le groupe est attentif à l'émergence d'une « filière cohérente et compétitive ». Ces énergies nouvelles ne sont pas l'avenir, elles n'en constituent qu'une partie, estime Henri Proglio. L'avenir, c'est aussi le gaz, marché sur lequel le groupe est présent au travers de sa filiale italienne Edison. « EdF est en train de devenir un acteur qui compte dans le gaz », souligne-t-il. « Quand on regarde la carte de l'Europe, il y a deux grands acteurs importants en termes de géostratégie dans le domaine de l'énergie, analyse Henri Proglio. A l'Est, il y a un grand acteur gazier, Gazprom. C'est une arme importante qui profite à son pays, la Russie. A l'Ouest, il y a un pays, la France, qui, grâce à la puissance de son parc électronucléaire, est susceptible d'exporter de l'énergie. Cet équilibre n'empêche pas EdF de réfléchir à son développement sur l'ensemble des énergies. »


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