« Le MakAir traitera le Covid-19 comme les respirateurs à 40 000€ mais sans les écrans LCD dernier cri », assure Baptiste Jamin, l’un de ses créateurs

Entouré d’une poignée de start-uppeurs nantais, Baptisme Jamin, fondateur de la start-up de relation client Crisp et membre du collectif Makers for life, s’est lancé depuis un mois dans la production d’un respirateur artificiel d’urgence pour répondre à la demande accrue due au Covid-19. Baptisé MakAir, l’appareil sera bientôt assemblé dans une usine Renault – et peut-être dans une autre du groupe Seb. Industrie & Technologies a tiré l’entrepreneur du bloc opératoire, où il réalisait des pré-tests cliniques, pour en savoir plus sur « la Logan des respirateurs ».

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« Le MakAir traitera le Covid-19 comme les respirateurs à 40 000€ mais sans les écrans LCD dernier cri », assure Baptiste Jamin, l’un de ses créateurs

I&T : Quand et comment vous est venue l’idée de produire un respirateur artificiel d’urgence ?

Baptiste Jamin : Tout a commencé il y a un mois, quand nous avons constaté, Quentin Adam, PDG de Clever Cloud, mon associé Valérian Saliou et moi-même, qu'il pourrait manquer de respirateurs artificiels en France et dans le monde. Nous nous sommes dit que le seul moyen de répondre à cette pénurie annoncée était de fabriquer des respirateurs avec des moyens simples, des composants disponibles sur étagère et, éventuellement, de l'impression 3D. Nous avons donc commencé à travailler sur un tel modèle.

Peu de temps après, Emmanuel Feller, fondateur de la startup niortaise Innovation-box, et Pierre-Antoine Gourraud, chercheurs à la faculté de médecine de Nantes, nous ont rejoints. Rapidement, nous avons reçu le soutien de l'université et du CHU de Nantes. Le collectif a continué à s'ouvrir et nous sommes passés de 5 personnes à plus de 250 aujourd'hui.

Très vite, nous avons rendu notre projet open source en publiant tous nos plans et le code source de l'ensemble de nos recherches sur la plateforme GitHub. Après quelques jours, des ingénieurs de grandes entreprises industrielles nous ont proposé de l'aide.

A quoi ressemblera le MakAir ?

Le MakAir est un appareil de ventilation mécanique en pression contrôlé, à usage unique. Il se décompose en deux parties : une électrique et électronique, ainsi qu'une pneumatique en-dessous. La vraie complexité vient de cette seconde partie, particulièrement critique. C’est elle qui influera sur l'air envoyé au patient. Elle est constituée d’une turbine qui crée un débit d'air compressé, d'un circuit inspiratoire pour insuffler de l'air au patient et d'un circuit expiratoire pour l'expirer. Nous avons installé, sur chacun des deux circuits, une valve pneumatique afin de moduler la pression de l'air envoyé et une valve Venturi qui servira à enrichir en oxygène l'air respiré par le patient.

MarAir Covid-19

Plongée dans les entrailles du MakAir. © Makers for life

Depuis son tout premier jour, ce respirateur a été pensé pour le traitement du coronavirus . Les praticiens qui utiliseront MakAir pourront contrôler la pression, les volumes et les cycles respiratoires et les valeurs de pression de la turbine sont calibrées pour un patient atteint du Covid-19.

Chaque MakAir est conçu pour fonctionner sans arrêt pendant un mois et deux semaines, soit un peu plus que le temps moyen de traitement d'un patient atteint du Covid-19 en insuffisance respiratoire. Après chaque utilisation, nous devrons effectuer une opération de maintenance au niveau de l'étage pneumatique afin de remplacer les tuyaux pour le prochain patient. Une opération assez légère. Si les appareils à 40 000 euros sont les Rolls-Royce du respirateur, le MakAir en est la Logan. Il fait exactement le même travail mais sans les écrans LCD dernier cri.

MakAir Covid-19

Le collectif a pu développer son projet dans les locaux de la plate-forme d’innovation nantaise Le Palace . © Makers for life

Comment se sont déroulés les travaux de prototypage ?

Nous avons travaillé de front sur le prototypage et sur l'industrialisation. De notre côté, nous nous sommes concentrés sur la création des prototypes et le CEA, qui s’est très vite rapproché de nous pour nous aider, a pris en charge l’approvisionnement des matériaux. Je m'explique... Le design de chacune de nos pièces se déclinait en un plan A, un plan B et un plan C. Nous achetions tous les matériaux pour valider un des trois plans afin de pouvoir produire directement plusieurs centaines de modèles rapidement.

Prenons les vannes, par exemple. Au tout début, nous n'étions pas tout à fait sûrs du servomoteur que nous allions utiliser [système, dont l'objectif est de produire un mouvement précis en réponse à une commande externe, composé d’un moteur à courant continu, d’un axe de rotation, d'un capteur de position de l’angle d’orientation de l’axe (généralement, un potentiomètre) et d'une carte électrique, ndlr]. Il a fallu qu'on source différents modèles. Henri Seydoux, cofondateur de la société Parrot, nous a fourni plusieurs centaines de servomoteurs utilisés dans les drones de sa société. Il s'avère que c'était les plus fiables donc nous avons utilisés ceux-là. De même pour les valves pneumatiques : nous avons dû en tester une dizaine de versions différentes pour se mettre d'accord, grâce à l'aide du CEA, sur un modèle capable de cumuler plusieurs millions de cycles.

A l’image de Parrot, un certain nombre d’industriels ont rejoint le projet MakAir. Que vous ont-ils apportés ?

Tout à fait ! Comme nous avions besoin de circuits imprimés de bonne qualité et en grande série, nous avons été mis en contact avec Tronico, une entreprise vendéenne. Celle-ci nous a envoyé quelques-uns de ses ingénieurs et même son service achat, puis nous a aidés à créer, à partir de rien, la carte électronique qui est installée dans le MakAir. STMicroelectronics nous a fourni plusieurs milliers de cartes Nucleo, soit les cartes sur lesquelles nous allons pouvoir programmer tout le système.

Parrot, qui nous accompagne depuis plusieurs semaines, nous a aujourd'hui envoyé 5 000 de leurs servomoteurs de drones. Legrand se charge de l'enveloppe globale de la boîte du MakAir. Michelin nous a proposé son aide pour imprimer en 3D des joints à placer au niveau de nos valves.

Petit à petit, le train s'est mis en route… Des ingénieurs de Renault sont venus, au début à titre bénévole, puis toute la maison Renault s'est ensuite retrouvée dans le projet, dont quelques ingénieurs de l'écurie de Formule 1 de Renault [également engagée dans un consortium pour fabriquer des respirateurs au Royaume-Uni , ndlr], qui ont conçu une turbine complète pour le MakAir. Renault nous a également apporté une dizaine d'ingénieurs pour étudier comment mettre le MakAir en production chez eux, sur leur ligne de montage.

C’est cela, la prochaine étape ?

Exactement ! Ils ont regardé nos plans sous toutes les coutures afin d'adapter leurs chaînes de montage. Par exemple, il fallait choisir les bonnes vis pour s'assurer que, derrière, les opérateurs puissent utiliser leurs outils. Nous sommes en contact avec l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), l'autorité qui valide les dispositifs médicaux en France, qui étudie en ce moment même notre MakAir. Une fois cette validation acquise, nous pourrons travailler sur l'acquisition d'un marquage CE, le sceau réglementaire de l’Union européenne.

Nous estimons que l'assemblage du MakAir sera pris en charge, à partir du mois de mai, dans l'un des sites Renault de région parisienne, par des salariés volontaires. Mais pas forcément sur une ligne de montage automobile. Un centre d'innovation ferait très bien l'affaire. Le groupe Seb a également proposé son aide pour produire des pièces. Le CEA Leti, qui a produit, en complète autonomie dans une de ses salles blanches, 50 respirateurs MakAir, a transmis son savoir-faire à Renault et à Seb pour que les ingénieurs de ces deux groupes puissent faire le même travail dans leurs usines.

MakAir CEA Covid-19

Quelques-uns des 50 prototypes fabriqué par le CEA Leti. © Makers for life

Nous souhaitons fabriquer 5 000 respirateurs MakAir pour la France, pour un prix à l'unité de 1 000 euros environ. Plusieurs pays, comme l'Inde ou la Roumanie, nous ont signifiés, par voie diplomatique, qu'ils étaient également intéressés.


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