"Le made in France est plus important dans la maroquinerie que dans la lingerie"

Le fait qu’un fabricant de maroquinerie reprenne l’ex usine de lingerie Lejaby d’Yssingeaux n’est pas anodin. Pour Patricia Vasselle, senior manager chez Kurt Salmon, spécialisée sur le secteur textile et l’habillement, "le made in France est primordial dans la maroquinerie". Mais la lingerie garde encore un avenir en France…

Partager

L’Usine Nouvelle - Le maire du Puy-en-Velay, Laurent Wauquiez, vient d’annoncer la reprise de l’usine Lejaby d’Yssingeaux par la maroquinerie Sofama, implantée dans l'Allier. Faut-il y voir le signe que l’on ne peut plus faire de lingerie en France ?
Patricia Vasselle - Je me réjouis de cette nouvelle pour les salariés de l’usine. C’est une bonne solution car le secteur de la maroquinerie a un gros besoin de capacités de production en France tirées par la demande des marques de luxe. Pour ces dernières, le Made In France reste primordial en termes d’image. Pour la lingerie cette notion de Made In n’est pas aussi importante. Cela ne veut pas dire que l’on ne peut plus fabriquer de lingerie en France. La corsetterie demande de très nombreuses opérations manuelles aussi complexes qu’en maroquinerie.

Le groupe Chantelle conserve toujours deux usines en France, spécialisées sur des articles particulièrement complexes et innovant. Cela lui permet de garder la main sur ces techniques, le savoir-faire mais aussi d’assurer un bon niveau de qualité. Les tentatives des grandes marques de maroquinerie notamment, de produire dans des pays lointains ont été très mitigées. La difficulté est de réussir à communiquer et d’avoir le niveau de réactivité dans la phase de développement, pour au final avoir le niveau de qualité attendu dans les bons délais. Cela justifie aussi de conserver des outils de fabrication en France ou en Italie. En revanche, la production de masse de produits moyen de gamme et moins complexes est économiquement plus difficile en France.

Pourtant il y a encore de nombreuses marques de lingerie françaises qui ne sont pas toutes positionnées sur du haut de gamme… Quelles sont leurs recettes ?
Il y a encore un certain nombre d’ateliers actifs en France, mais plus beaucoup d’usines. L’outil de production se justifie si l’on peut faire du haut de gamme ou être spécialisés sur des niches : jeunes créateurs, grandes tailles ou en proposant davantage de services par exemple. Ainsi, beaucoup d'ateliers se développent aujourd’hui sur des activités de création, de mise au point et de prototypage. Ce qui permet à ces sites de perdurer, c’est leur savoir-faire et leur qualité du travail. Même si ils peuvent travailler pour de grandes marques, la fabrication en série bascule ensuite vers les pays éloignés.

Pourquoi Lejaby n’a pas su faire comme Chantelle, qui est aujourd’hui un modèle économique dans le secteur ? A quoi attribuez-vous les difficultés de la marque ces derniers mois ?
Entre 2007 et 2010, Lejaby a enregistré une baisse de son chiffre d’affaires de 25 %. Une des raisons a été le rétrécissement de son réseau de ventes, essentiellement des détaillants spécialisés. Ces derniers ont réduit leurs commandes à cause de la baisse de la consommation et beaucoup ont disparu à cause de la concurrence des grandes chaînes. A l’inverse Chantelle a su passer de fabricant à fabricant-distributeur en développant ses propres réseaux, Orcanta, Darjeeling, Chantelle, un site e-commerce et en étoffant sa plateforme de marques (Ndlr : Chantal Thomass récemment). Cela lui a permis de mieux maîtriser sa rentabilité notamment.

Une autre raison des difficultés de Lejaby a été d’avoir gardé trop longtemps quatre grosses usines de production en France, quand ses principaux concurrents avaient délocalisé depuis longtemps les articles de milieu de gamme. Sa délocalisation tardive il y a près de deux ans a occasionné des problèmes de livraison qui ont eu un lourd impact sur la trésorerie du fabricant.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

Sujets associés

NEWSLETTER La Quotidienne

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES PODCASTS

A Grasse, un parfum de renouveau

A Grasse, un parfum de renouveau

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Anne Sophie Bellaiche nous dévoile les coulisses de son reportage dans le berceau français du parfum : Grasse. Elle nous fait découvrir un...

Écouter cet épisode

Les recettes de l'horlogerie suisse

Les recettes de l'horlogerie suisse

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, notre journaliste Gautier Virol nous dévoile les coulisses de son reportage dans le jura suisse au coeur de l'industrie des montres de luxe. 

Écouter cet épisode

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Martin Buthaud est docteur en philosophie à l'Université de Rouen. Il fait partie des rares chercheurs français à se questionner sur le rôle du jeu vidéo dans nos...

Écouter cet épisode

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Nathan Mann nous dévoile les coulisses de son reportage dans l'abattoir Labeyrie de Came, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui robotise peu à peu...

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

WESER

Technicien Qualité (H/F)

WESER - 03/10/2022 - CDI - TOURS

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS