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"Le machine learning est déterminant pour l'industrie du futur", affirme Diego Tamburini d'Autodesk

Marine Protais ,

Publié le

Entretien Diego Tamburini est analyste spécialiste de l’industrie chez l’éditeur de logiciels américain Autodesk. Son métier consiste à étudier les tendances qui bousculent l’industrie manufacturière. Lors de l'université d'Autodesk, qui s'est déroulée du 14 au 18 novembre à Las Vegas, il a livré à L'Usine Nouvelle sa vision de l'industrie du futur. Pour lui, elle dépend en grande partie du "machine learning", le fait que les ordinateurs apprennent d’eux-mêmes.

Le machine learning est déterminant pour l'industrie du futur, affirme Diego Tamburini d'Autodesk © Autodesk

L'Usine Nouvelle : En France nous parlons d’industrie du futur, en Allemagne d’industrie 4.0… des notions similaires quoique différentes. Quelle est votre définition de l’industrie de demain ?
Diego Tamburini : Quand nous parlons d’industrie du futur chez Autodesk, nous ne nous pensons pas uniquement à l’usine. Nous nous intéressons aussi au design. Le machine learning (l’apprentissage automatique) et le design génératif font partie des technologies qui auront le plus d'impact sur l'industrie. Il y aussi la connectivité, ce que nous appelons l’internet des objets. Les industriels ont accès à de plus en plus de données sur la manière dont leurs produits sont faits et sur l’utilisation qu’en font leurs clients. Cela change la façon dont ils conçoivent la prochaine génération de leurs produits. L’industrie du futur c’est la convergence de toutes ces nouvelles technologies : le cloud, les objets connectés, le machine learning, le design génératif et l’impression 3D.

Vous associez le design génératif au machine learning. Pouvez-vous nous expliquer le lien entre les deux ?
Le design génératif, qui signifie à proprement parler utiliser un logiciel pour générer la forme d’un produit, peut se servir de l’apprentissage automatique pour améliorer l’algorithme et affiner les résultats du logiciel.

Vos concurrents travaillent aussi sur le design génératif ou l’optimisation topologique, qu’apportez-vous de plus ?
Chez Autodesk, le design génératif est le début d’une initiative bien plus importante. Il ne s’agit pas seulement d’optimiser une pièce pour l’alléger. Mais d’utiliser un logiciel  pour générer des milliers d’alternatives de design. L’autre différence d’Autodesk, c’est que nous associons vraiment le design génératif à l’impression 3D. Car cette technique de fabrication permet beaucoup plus de liberté.

Pensez-vous que l’impression 3D va remplacer les autres techniques de fabrication ?
Non, ce qui nous intéresse, c’est la fabrication hybride : l’impression 3D associée à l’usinage, l’additif et le soustractif. L’avantage de la fabrication additive, c’est qu’elle permet de créer des formes avec très peu de pertes de matière. La fabrication soustractive est pour sa part très efficace pour la finition des surfaces, car elle reste très précise. Il y a de plus en plus de machines qui sont capables de faire les deux. Pour le moment, il n’existe pas encore de logiciel capable de commander ces deux méthodes de fabrication. Il faut d’un côté programmer la partie impression 3D et de l’autre la partie usinage. Nous souhaitons développer un logiciel qui soit capable de piloter les deux.

Quels sont les axes de développement d’Autodesk en termes de robotique, une autre technologie de l’industrie du futur ?
Ici encore, nous pensons que le machine learning est primordial pour faire en sorte que les robots soient plus autonomes et plus collaboratifs. On voudrait que l’homme utilise le robot comme un assistant, qu’il puisse communiquer avec lui comme avec un humain. En lui disant des choses comme : "place cette pièce ici ou perce un trou là". Notre but est que la robotique repose moins sur la programmation et davantage sur les interactions entre l’homme et le robot. Nous travaillons beaucoup là-dessus.

Beaucoup des technologies que vous développez changent la manière de travailler des designers et ingénieurs. Pensez-vous que cela peut constituer une barrière à leur adoption ?
Il y aura toujours des réticences au changement. Mais la communauté à laquelle nous nous adressons, les ingénieurs, sont ouverts aux nouvelles technologies, en particulier s’il y a une valeur ajoutée. Le design génératif, par exemple, change leur manière de penser, mais le bénéfice qu'ils peuvent en tirer est important. Cela leur permet de fabriquer de meilleurs produits, des objets plus légers. De plus, c’est un avantage compétitif par rapport à leurs concurrents. C’est un procédé de sélection naturelle. Il faudra que les entreprises utilisent ces technologies pour rester compétitives.

"Il y a une démocratisation du design et de la fabrication"

En dehors des technologies, quelles sont les tendances que vous avez identifiées et qui transforment l’industrie aujourd’hui ?
Les industriels sont confrontés à une fragmentation de la demande. Les consommateurs sont dispersés dans le monde. Ils veulent des produits uniques, connectés, et souhaitent qu'ils s’améliorent au fil du temps grâce à des mises à jour de logiciels. Nous sommes habitués à cela avec notre smartphone, maintenant cela s’applique aux autres produits. Une autre tendance à laquelle nous prêtons attention est la volatilité et l’incertitude, qu’il s’agisse de géopolitique, du cours des devises, etc. Tout est volatile et incertain. C’est très difficile de faire des projets sur le long terme et cela perturbe l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. Enfin, il y a une démocratisation du design et de la fabrication. Je dirais même de l’innovation en général. Ce qui était vrai pour le secteur du logiciel le devient pour l’industrie manufacturière. Les nouveaux moyens de production et de design sont plus accessibles, donc on commence à voir des innovations venant de petites sociétés et start-up.

Si nous nous projetons plus loin dans le futur, quelle est selon vous l’innovation qui sera au cœur de l’industrie d’après-demain ?
Nous avons une équipe qui explore les nano et biotechnologies. La raison pour laquelle ces sujets sont intéressants pour l’industrie c’est que nous allons concevoir et fabriquer des objets de plus en plus petit (nanotechnologie) et/ou en matériau organique (biotechnologie). Ces technologies ont déjà des applications en médecine. On voit apparaître des nano-robots, on peut imprimer  l’ADN… Ce n’est pas de la science-fiction. Un nouveau segment industriel est en train de naître. Les outils dont il a besoin sont complètement différents. C’est probablement la nouvelle frontière de l’industrie.

Propos recueillis par Marine Protais

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